Chilly Gonzales nous parle du Gonzervatoire et d’humanisme musical

Le pianiste montréalais veut vous payer un voyage à Paris pour que vous appreniez à ses côtés.

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nov. 4 2017, 1:24am

La réputation de Chilly Gonzales n'est plus à faire. Le Montréalais d'origine a reçu plusieurs prix, dont un Grammy, a collaboré avec tout le monde, de Daft Punk à Drake, et a brisé le record du monde de la plus longue performance au piano. Diplômé de l'école de musique de l'Université McGill, il a mis à profit ses connaissances techniques afin de démocratiser la musique classique, en la mêlant à la pop et au hip-hop.

Après avoir longtemps publié des vidéos dans lesquels il décortique les tubes pop du moment et en explique les différentes théories musicales, il passe à la prochaine étape de sa carrière de professeur-vulgarisateur et propose sa propre académie.

Avec le Gonzervatoire, il invite six participants de partout dans le monde à venir partager son univers dans un but précis : leur enseigner ce qu'il aurait aimé à apprendre à leur âge. Qu'ils soient musiciens, auteurs-compositeurs ou producteurs de tous les horizons, les participants auront la chance incroyable de suivre des ateliers intimes qui feront d'eux de meilleurs performeurs.

Du 26 avril au 4 mai 2018, six personnes seront invitées à Paris afin de mettre à profit leur savoir-faire, et apprendre aux côtés d'experts comme Peaches et Jarvis Cocker, et le tout se clôturera au fameux Trianon avec un concert d'adieu au cours duquel ils auront la chance de présenter au public ce qu'ils auront appris.

Jaloux de ne pas pouvoir y participer, j'ai appelé Chilly pour qu'il m'explique exactement ce qui attend ses académiciens.

VICE : Explique-moi un peu ce qu'est le Gonzervatoire.
Chilly Gonzales : Eh bien, on essaie encore de trouver exactement de quoi il s'agira. L'idée, c'est de bâtir sur ce que j'avais pu faire l'an passé à la Red Bull Music Academy, à Montréal. J'avais pris cinq étudiants des 30, et nous avons fait des ateliers de performance. Pendant quatre jours, j'ai travaillé avec eux, et après nous avons monté un concert avec leur propre musique.

Je veux faire la même chose, mais de manière plus immersive, avec une série de collaborateurs, pour que ce ne soit pas seulement à propos de moi. Pendant une semaine, nous serons à Paris. Les étudiants arriveront, et il y aura un concert de convocation. Il ressemblera un peu à un concert de Chilly Gonzales, mais je montrerai les vidéos d'audition des participants. Avec un livestream, le public pourra découvrir les participants et, avec un peu de chance, développer un attachement émotionnel pour eux.

Et après, ce sera une semaine d'ateliers. On les fera manger de la bonne bouffe française, ils travailleront avec SoCalled, un autre Montréalais qui sera en quelque sorte mon doyen adjoint. Il y aura Peaches, Jarvis Cocker. Et Teki Latex les amènera sortir un soir, ce sera leur excursion scolaire nocturne. Donc beaucoup plus intime que l'académie de Red Bull.

Le but avant tout sera donc de transformer ces musiciens en performeurs?
Exactement. Je veux qu'ils réfléchissent à la performance, à la psychologie de la foule. Je veux qu'ils sortent de leur zone de confort. Ça m'a pris près de douze ans après l'école pour apprendre tout ça sur le tas. J'aurais aimé qu'à l'école on m'enseigne comment monter un spectacle, connecter avec le public, me mettre en danger. Je crois que c'est en faisant ça qu'on arrive non seulement à gagner de nouveaux fans, mais aussi à créer des moments honnêtes; un spectacle sans danger est ruiné d'avance. La performance, c'est l'origine de la musique, et c'est un peu comme ça qu'elle se termine; c'est le vestige de ce qui restera quand l'industrie du disque mourra.

Avez-vous des commanditaires? Ça doit être très coûteux comme projet, non?
Pour l'instant, nous n'avons que Sonos, la compagnie de son, qui s'est jointe au projet. Le reste sera payé de ma poche, et les spectacles devraient aussi couvrir une bonne partie des dépenses. Je ne crois pas vraiment en la notion de commandite corporative. Je n'aime pas demander de l'argent aux autres et je suis dans une situation incroyable, car je peux me permettre de faire ce genre de chose. De plus, je veux que cette initiative en engendre d'autres. J'ai gagné une bonne partie de mon argent en étant un performeur de talent, en ayant une relation privilégiée avec mon public, et c'est ça le but ultime du Gonzervatoire.

Qui serait le candidat idéal pour le Gonzervatoire?
Beaucoup de gens ont jusqu'ici eu peur de s'inscrire. Je crois que c'est parce qu'ils pensent que je cherche des pianistes, mais je n'ai aucune envie de former d'autres pianistes! Je veux des musiciens, des beatmakers, des rappeurs, des chanteurs, peu importe. Avec ou sans formation musicale. Pour moi, l'important, c'est qu'ils aient en eux cette volonté d'aller plus loin, d'en apprendre plus. Ils devront apprendre à se voir eux-mêmes de la manière la plus objective possible et de se mettre à la place du public, de manière à raconter sur scène une histoire.

Il faut donc des gens qui ont un bel esprit, une touche spéciale qui leur est unique. Je préfère quelqu'un qui a passé son enfance ou son adolescence à apprendre lui-même et qui est capable de créer quelque chose de très personnel, plutôt qu'un étudiant qui sortirait de l'université avec une formation classique, et qui n'aurait pas cette faim d'en apprendre plus.

D'où t'est venue cette idée de créer ta propre « académie », pour ainsi dire?
Ça faisait un moment que j'y pensais. Ça fait longtemps que je fais des vidéos dans lesquels je déconstruis la musique, et même lors de mes concerts, j'essaie d'expliquer aux gens comment j'en suis arrivé là. J'ai écrit des livres, mais maintenant, je suis enfin au point dans ma vie où je suis satisfait. Quand je reçois un courriel d'un admirateur qui me dit : « Je me suis consacré à la musique, et c'est grâce à toi! » ça me satisfait beaucoup plus qu'une critique de cinq étoiles pour un de mes albums.

J'ai enfin rassasié mon ego, et maintenant, plutôt que de simplement me plaindre de l'état actuel de la musique, j'ai décidé d'aller plus loin et de faire partie du changement. J'ai navigué toute ma vie avec un pied dans la musique classique et l'autre là où la musique se passe vraiment, en collaborant autant avec des artistes de musique électronique que des rappeurs, ou peu importe. Je veux donc partager toute cette nourriture intellectuelle avec les participants, plutôt que de m'empiffrer seul.

En terminant, aurais-tu des conseils pour ceux qui souhaitent soumettre leur candidature?
Ne pensez pas que votre vidéo d'audition doit être incroyablement bien filmée ou que vos connaissances musicales doivent être exceptionnelles; si vous aviez cela, vous n'auriez pas vraiment besoin de participer. Allez sur YouTube et regardez les autres vidéos avec le mot-clic #Gonzervatory; vous pouvez sûrement faire mieux! Ce qui m'intéresse, c'est votre amour de la musique, pas votre maîtrise de la musique. Les gens ont l'air intimidé de participer, peut-être que je n'aurai pas dû me présenter comme génie musical solitaire et imposant! [rires]

Je veux que les gens voient que je suis un gars comme les autres, qu'on puisse parler. Cette idée-là m'est en ce moment beaucoup plus chère que la création d'un nouvel album. Je ne sais pas ce que je fais ni exactement comment je vais le faire, mais j'apprends et c'est excitant. Je veux qu'on puisse avoir sur la même scène un rappeur, une violoncelliste et un beatmaker, et que tout le monde comprenne où je veux en venir : toute la musique est pareille. Comme les humains et les chimpanzés, tous les styles musicaux partagent 99 % de leur ADN, c'est simplement qu'on choisit de se concentrer sur les différences. Avec tout ce qui se passe dans le monde présentement, le Gonzervatoire, c'est ma manière d'enseigner l'humanisme musical, et d'éradiquer le nationalisme musical.

Si vous pensez que vous seriez un bon candidat, pouvez soumettre votre candidature au Gonzervatoire en cliquant ici.

Billy Eff est sur internet ici et .

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