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Culture

L’Esco, le triangle des Bermudes de Montréal

L’Esco, qui a fermé en janvier, s’apprête à rouvrir pimpé et agrandi. Notre collaborateur Hugo Mudie s’est fait sentimental pour souligner l’événement et nous livre un témoignage nostalgique. La nouvelle formule sera-t-elle à la hauteur de ses attentes?

par Hugo Mudie
12 avril 2017, 8:15pm

Photo prise sur la page Facebook de l'Escogriffe

Rester jeune pour toujours. Rester pogné dans la vingtaine, l'âge où tout est possible. Tout est open. Tu penses que t'es l'élu qui ressent pas la fatigue, le junk food, la cigarette, les 19 shooters et les 14 pintes. Tu te fais dire par les « vieux » qu'un jour tu comprendras c'est quoi une peine d'amour, des responsabilités, un lendemain de brosse.

Ces vieux là, sont assis au bar de l'Esco, Rue St-Denis, coin Mont-Royal. Le triangle des Bermudes de Montréal. Le « evil coin de rue » de son surnom. Ils sont là pour revenir en arrière l'instant d'un Ricard. Même à 36 ans, ils repognent le 23 de temps en temps. La fontaine de jouvence pluggé direct dans les lignes de fût. Juste à regarder longuement dans les yeux de la barmaid qui est là depuis 12 ans mais qui a encore l'air d'avoir 24 et la magie opère.

Tu replonges. De la vaisselle empilée partout dans la cuisine. Manger presque uniquement des nachos. La plaque mal lavée fait que les nachos du bas goûtent un peu le savon à vaisselle. Avoir tellement d'amis que tu remplis la place à ta fête. Chiâler dans les bras des filles que tu connais pas trop quand tu débuzz. Sauter dans les bras d'une autre quand tu recommences à tripper. Frencher en bas, traverser l'autre bord, frencher encore. En fin de soirée tu montes en haut, pis tu frenches dans le coat check direct. En arrière d'un jacket en cuir. C'est juste des jackets en cuir. À 20 ans, ça te va encore bien un jacket de cuire.

Pas avoir une criss de cenne mais toujours un drink dans main. Un bar tab qui se déchire tout seul. Avec un sourire. Avoir le temps de parler des heures et des heures à des dudes que tu écoutes à moitié et que tu t'en criss profondément, mais avoir rien d'autre à faire vraiment. Entendre la plus belle musique du monde. Les plus belles chansons qui dans certains cas marchent autant que de se faire changer le sang au complet comme Keith Richards. Comme disait Jean-Pierre Ferland sur les chansons: « les plus belles sont les moins connues. » Ça marche pour les chansons, ça marche pour les filles, ça marche pour les bars.

Il n'y pas de meilleur endroit à Montréal pour vivre une vraie soirée de magie. D'allées et venues rapides dans les toilettes. De potions magiques dissimulées dans une cigarette dont seul les maîtres des clés connaissent la formule. Trop de monde dans un endroit trop petit. Voir la soirée passer dans ses yeux comme le clip de Like A Rolling Stone des Stones, avec Patricia Arquette, pognée à 20 ans elle avec. Toute engourdie. Par le bonheur et les sourires et la noirceur et les rires. Les guits trop fortes et les cheveux trop longs. La vie s'arrête pour un instant. La nuit dure 24 heures. De 29 à 30 ans. Tu enlèves les panneaux noirs sur les fenêtres et la lumière tue l'espoir. L'espoir que la vie ça sert juste à se faire du fun.

J'y crois encore. J'y vais encore. Tous les meilleurs bands de Montréal ont voulu jouer à L'Esco. Quand ils étaient trop gros pour fitter sur le stage. Quand ils avaient trop de fans pour fitter dans place. Quand ils avaient pu assez de fun dans les grosses salles. C'est pas mal ça pour moi aussi L'Esco. L'exemple parfait d'une petite salle. Qui n'a pas besoin de plus. Prendre un petit joueur rapide et intelligent dans ton équipe de hockey au lieu d'un gros jambon slow avec du potentiel. Après une couple d'année. Le p'tit reste. Le gros décriss. Mats Naslund ou Turner Stevenson ?

En janvier, L'Esco, dans toute sa splendeur, telle qu'on la connaît est morte. Elle rouvrira ses portes en avril, plus grande, plus équipée, pimpée. Avec une cuisine et un plus grand bar. Certaines personnes réussissent bien la transition entre l'enfant et l'adulte. Le truc est de se rappeler qu'on a déjà été un enfant. Même truc à appliquer pour la transition entre la vingtaine et la trentaine pour ne pas la scrapper. Je pense que L'Esco réussira sa transition. Elle saura se rappeler pourquoi elle était cool dans son jeune âge. Je le souhaite de tout mon cœur en tout cas, parce que j'ai encore le goût d'avoir 23 de temps en temps.

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