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Ce site recense les allégations d’inconduites sexuelles dans l’industrie du cinéma

Étant donné le nombre de prédateurs sexuels dans l’industrie du cinéma, il est presque impossible de rester au fait de toutes les allégations. Le site Rotten Apples vient toutefois de changer la donne.
20 décembre 2017, 3:43pm

Les nombreuses allégations récentes de harcèlement et d’agressions sexuelles ont forcé les consommateurs de médias et de divertissement (c’est-à-dire tout le monde) à se demander s’ils sont capables de séparer l’œuvre de l’artiste. Une nouvelle ressource vient de simplifier la vie de ceux qui ont décidé que les deux ne pouvaient ni ne devaient être distincts (et de ceux qui sont simplement curieux de connaître les visages de leurs films préférés derrière lesquels se cachent des inconduites). Rotten Apples est une nouvelle banque de données en ligne qui permet de rechercher un film pour voir s’il a des liens avec un auteur présumé de harcèlement ou d’agressions sexuelles.

L’idée derrière le site est née suite aux allégations portées contre Harvey Weinstein lors d’un cocktail entre quatre collègues de l’agence de publicité Zambezi à Los Angeles. « On a remarqué qu’il y avait un effet boule de neige et qu’il devenait de plus en plus difficile de retenir tous les noms liés à des allégations », nous a expliqué Tal Wagman, l’un des créateurs du site. « On a pensé que ça serait génial s’il y avait un outil simple pour aider les gens à s’y retrouver parmi toutes ces informations ».

Le site, qui est en ligne depuis à peine plus d’une semaine, fonctionne comme un moteur de recherche. Les utilisateurs entrent le nom d’un film qui pique leur curiosité et peuvent savoir si le film en question ne comprend que des « pommes fraîches », ou si des « pommes pourries » ont été impliquées. Rotten Apples recense tout acteur, scénariste, producteur délégué ou réalisateur accusé d’inconduite sexuelle, à la condition que ces informations proviennent de ce que les créateurs du site définissent comme des tierces parties dignes de confiance. Les films qui comptent des « pommes pourries » affichent une liste de tous les agresseurs présumés et fournissent un lien vers les allégations. Les utilisateurs ont également la possibilité de soumettre des noms de personnes qui auraient été omises par erreur.

Depuis la mise en ligne de Rotten Apples, Justice Erolin, qui a programmé le site, affirme que la réaction a été énorme, tant en matière de données que d’émotions. Après une semaine, le site approche déjà les 3 millions de recherches.

Tandis que les commentaires Facebook et la réaction des médias se sont avérées positifs, Bekah Nutt, qui a travaillé à l’expérience utilisateur du site, affirme que la chose la plus fascinante depuis le lancement du site a été de voir les débats à propos de ce qu’il fallait faire avec toutes ces informations maintenant qu’elles sont facilement accessibles. Rotten Apples soutient que le rôle du site n’est pas de dire aux utilisateurs quoi faire avec ces informations ni de les encourager à se rallier contre certains films. « L’objectif du site est de sensibiliser les gens à l’omniprésence des inconduites sexuelles dans le domaine de la télé et du cinéma, et de faciliter une consommation éthique de contenus », peut-on lire sur le site. « Ce site n’a aucunement pour but de servir à condamner des projets dans leur entièreté. »

S’il ne manque pas de personnes ignobles dans les coulisses de certains films hollywoodiens les plus appréciés, il y a également de nombreux artistes innocents, parmi lesquels on trouve des victimes, qui se sont donnés corps et âme dans ces films. Salma Hayek exprime bien cette nuance dans son article pour le New York Times dans lequel elle raconte les agressions dont elle a été victime de la part de Harvey Weinstein en travaillant sur Frida, un film qu’elle décrit comme ayant été « sa plus grande ambition. »

« Il y a des tas de gens, y compris des victimes, à qui l’on doit des choses vraiment géniales, et on ne veut pas nuire à la carrière de gens qui ne sont pas de mauvaises personnes», dit Wagman.

Lorsque j’ai voulu utiliser le site, le premier film qui m’est venu en tête était Les Animaux fantastiques, puisque je venais d’entendre parler de la polémique autour du fait que J.K. Rowling avait choisi de garder Johnny Depp dans la distribution du deuxième film. À ma surprise, le film était classé sous « pommes fraîches ». Lorsque j’en ai parlé aux créateurs du site, j’ai appris que Rotten Apples ne visait que les inconduites sexuelles et ne tenait pas compte de la violence conjugale de nature non sexuelle. « Je ne crois pas que nous l’ayons volontairement ignorée », dit Erolin. « Bien que nous croyons que c’est inacceptable, ça n’était pas l’objectif du site. »

Wagman explique que l’objectif du site, outre de souligner à quel point le harcèlement est omniprésent dans le monde du travail, était de profiter du phénomène des discussions sur les inconduites sexuelles aux États-Unis, qui ne traitent pas encore de la violence conjugale. « Ce que nous faisons, en partie, c’est de refléter la société », dit-il. « Peu importe les raisons, et aussi inacceptable la violence conjugale soit-elle, les gens qui en sont accusés continuent de se voir offrir du travail. »

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Puisque cette idée semblerait justifier d’autant plus l’inclusion d’auteurs de violence conjugale sur le site, je leur ai demandé s’ils pouvaient entrevoir un avenir dans lequel Rotten Apples les recenserait également. « Je crois que nous sommes ouverts à en discuter, comme c’est le cas pour l’entièreté du site », explique Nutt. « Nous sommes toujours ouverts aux commentaires et à connaître l’opinion du public. Le site est en évolution constante. »

Pour l’instant, le groupe s’occupe de l’expérience utilisateur et du maintien en ligne du site. « J’ai été surpris par le nombre de gens qui ont trouvé le site intéressant », ajout Nutt. « Les gens ne veulent pas que ça devienne normalisé. Ils ne veulent pas que ça ne soit qu’un sujet d’actualité passager. »

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