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Santé

Désolé, mais les « superaliments » n’existent pas vraiment

Ces soi-disant produits miracles ne seraient qu’un effet de mode.

par K. Aleisha Fetters; traduit par Sandra Proutry-Skrzypek
26 février 2019, 9:34pm

Vice Media

Cet article a été traduit par VICE France.

En dépit de ce que beaucoup de livres et de sites vous diront, il n’existe pas de superaliments. Des bons aliments, d'accord. Mais des superaliments ? C’est-à-dire des aliments capables de réduire les risques de cancer, prévenir la maladie d’Alzheimer, vous aider à perdre du poids, vous rendre en meilleure santé et vous aider à vivre plus longtemps ? Non. Désolé les framboises, amandes, avocats, quinoa et saumon : nous vous aimons, mais vous ne nous rendrez pas immortels.

Les experts et les chercheurs montrent de plus en plus les superaliments pour ce qu’ils sont vraiment, entre douce illusion et marketing vraiment efficace. Dans l’article « Reality check : no such thing as a miracle food », publié dans Nutrition and Cancer, les chercheurs écrivent que « les articles sur les aliments miracles font vendre les magazines et les espaces publicitaires. Les industries alimentaires sponsorisent souvent des recherches pour montrer que leurs produits sont supérieurs et ainsi augmenter leurs ventes. »

Selon les recherches de Mintel, l’année 2015 a été marquée par une augmentation de 36 % du nombre d'aliments et de boissons vendus dans le monde avec les étiquettes « superaliment », « superfruit » ou « supergraine » – et les États-Unis sont en tête. Les gens se disent prêts à payer beaucoup plus cher pour ces produits, selon une enquête Nielsen réalisée auprès de 30 000 consommateurs dans le monde.

L'écart de prix explique en partie pourquoi, selon une étude menée en 2017 dans l’International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, la consommation de « superaliments » est la plus élevée parmi les personnes ayant un revenu plus important. Mais l'étude suggère également que le lien entre la position socio-économique et la consommation de soi-disant superaliments est au moins en partie dicté par un processus de distinction sociale. En gros, les gens choisissent de manger ces aliments car c’est, selon eux, ce que mangent les gens de la haute société.

Derrière la science des « superaliments »

La plupart du temps, les 17 informations nutritionnelles inscrites sur l'étiquette de votre barre protéinée à base de plantes et de votre jus pressé à froid sont fondées sur des recherches. C’est juste que la recherche, ses conclusions et ses implications pour votre santé prennent souvent une importance disproportionnée.

« Si vous regardez les études qui ont été faites sur les superaliments, parfois les conclusions qui en sont tirées sont excessives au point qu’elles ne sont pas réalistes », déclare Jessica Crandall Snyder, diététicienne diplômée du Colorado.

Par exemple, après la publication d'une étude sur la consommation de noix parmi environ 120 000 hommes et femmes dans le prestigieux New England Journal of Medicine, tout le monde était ravi de constater que la consommation de noix pouvait réduire de 20 % le risque de décès (!!!). Mais ce que l’étude a révélé, c’est que les personnes qui mangeaient des noix au moins sept fois par semaine étaient 20 % moins susceptibles de mourir de quelque cause que ce soit (cancer et maladies cardiaques) au cours de la période de suivi de l’étude, qui était d’environ 30 ans, par rapport à ceux qui ont mangé zéro noix par semaine pendant cette période. L’étude n’a pas prouvé que les noix en étaient la raison. Elle ne pouvait pas le prouver parce que les gens n’étaient pas assignés au hasard à manger des noix ou à ne pas en manger ; l'étude était basée sur les données de deux précédentes études à long terme. Les noix peuvent donc très bien être un indice de substitution pour quelque chose d'autre (souvent, les personnes qui mangent beaucoup de noix font aussi de l'exercice régulièrement).

« Je recommande toujours de revenir à l'étude initiale, dit Crandall Snyder. L’étude était-elle basée sur les animaux ou les humains ? A-t-on utilisé des extraits ou des aliments entiers ? Quelles étaient la posologie et la fréquence ? L’étude a-t-elle mis en évidence une corrélation ou une relation de cause à effet ? » Ces détails importants permettent de mettre les choses en perspective avant de se ruer sur tout le stock de nouilles à la betterave de l’épicerie du quartier. Cela dit, même si vous êtes en mesure de déchiffrer des résumés d’études, sachez qu’il est courant que des articles d’actualité ne soient même pas liés à l’étude qu’ils couvrent. Il peut donc être difficile de retrouver l’étude résumée dans des gros titres à couper le souffle. Et ne pensez même pas à essayer de retrouver les études qui corroborent les informations nutritionnelles inscrites sur les emballages d’aliments.

« En tirant des conclusions basées sur une ou plusieurs études du même schéma, on ne tient pas compte de l'importance des limitations inhérentes à chaque schéma d'étude », explique Maki Inoue-Choi, responsable scientifique du département de l'épidémiologie nutritionnelle au National Cancer Institute et auteur principal de l’article « Reality Check ». Elle précise que la majorité des études sur la nutrition chez l'homme ont pour but d'établir des liens entre les habitudes et les résultats pour la santé, et non de préciser que si vous faites X, alors Y se produit.

« Il est important de se rappeler qu’il n’existe pas de plan d’étude parfait, dans aucun domaine scientifique », explique Kim Robien, directrice du programme de nutrition en santé publique à l’université George-Washington. « Pour découvrir la "vérité" scientifique, il faut savoir dans quelle mesure les résultats de la recherche sont reproductibles et cohérents sur différents types d’études et de populations. Aucune étude ne devrait être considérée seule – les études ne devraient être envisagées que dans le contexte de l'ensemble des recherches portant sur la question scientifique. »

La tâche de cette analyse globale incombe à des comités directeurs, comme l'Institut mondial de recherche sur le cancer, selon Inoue-Choi. « Ils recherchent des résultats reproductibles, à savoir des résultats reproduits dans différentes populations et qui résistent dans les méta-analyses de plusieurs études », explique-t-elle. Et ces groupes de recherche s’intéressent beaucoup plus à l’alimentation générale des gens que, par exemple, la fréquence à laquelle ils mangent des avocats.

Votre régime alimentaire global compte plus que n'importe quel aliment

« Nous savons que les habitudes alimentaires à long terme, plutôt que les choix alimentaires occasionnels, sont ce qui compte pour la santé en général », ajoute Robien. La consommation de tous les fruits et légumes, de viande et de protéines animales, de céréales complètes et d’aliments transformés, est bien plus pertinente pour la santé. Pour information, de grandes institutions comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommandent des régimes à base de plantes avec beaucoup de céréales complètes, des protéines animales modérées et le minimum d’aliments transformés.

Robien explique que chaque aliment (et le soi-disant « superaliment », en l'occurrence) contient des combinaisons et des quantités uniques de vitamines, de minéraux et d'antioxydants. « Les aliments sont des mélanges complexes de milliers de composés chimiques, que nous n’avons pas encore identifiés pour la plupart, dit-elle. Il est probable que ces composés jouent un rôle important dans notre santé globale et travaillent probablement ensemble pour obtenir ces résultats pour la santé. Il est donc toujours préférable de manger une grande variété de fruits et de légumes. Les régimes qui se concentrent trop sur un aliment sont plus susceptibles de manquer de nutriments essentiels. »

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Pour Crandall Snyder, le concept de « superaliments » nuit beaucoup à la réputation de la banane parmi les férus de noix. Beaucoup de gens ne consomment plus que des baies, le plus populaire des « superfruits » et rejettent des fruits comme la banane sous prétexte qu’ils contiennent moins d’antioxydants. (Et non, ce n’est pas parce que les bananes sont riches en glucides qu’elles font grossir.) Les bananes sont une bonne source de potassium et l’humain moyen ne consomme que la moitié de la quantité de potassium recommandée.

Nous ne mangeons pas les aliments de manière isolée et nous ne devrions donc pas évaluer leurs mérites en matière de santé comme nous le faisons, dit Inoue-Choi. Elle explique que lorsque différents éléments nutritifs sont consommés ensemble, ils peuvent travailler ensemble ou l'un contre l'autre. Par exemple, des recherches suggèrent que le corps absorbe plus efficacement le fer lorsque la vitamine C est également présente dans un repas donné, et moins efficacement lorsque le calcium est présent.

N'oubliez pas que votre régime alimentaire n'est qu'un facteur de votre santé

« Le public a besoin d'informations plus détaillées sur les effets de l’alimentation dans son ensemble sur le risque de cancer, ainsi que sur l’importance d’atteindre et de maintenir un poids idéal, d’avoir une activité physique régulière et d’éviter un mode de vie sédentaire », estime Inoue-Choi.

Le fait est que nous ne devrions pas nous concentrer uniquement sur notre alimentation lorsque les autres aspects de notre mode de vie sont incontrôlables. Si vous voulez être en meilleure santé, perdre du poids ou réduire vos risques de maladie, ne vous contentez pas de faire attention à votre alimentation – et ne vous fiez surtout pas à un seul aliment.