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radicalisation

Le fédéral dépense 360 000 $ pour étudier l’extrême droite

Un chercheur a dit à VICE qu’il y a eu 19 homicides commis par l’extrême droite au Canada depuis 2014.

par Mack Lamoureux
08 mars 2019, 6:17pm

Un membre des Soldats d’Odin, à gauche, et Alexandre Bissonnette, à droite. Photo : VICE Média et Facebook.

L’article original a été publié sur VICE Canada.

Le gouvernement du Canada financera une équipe de recherche qui aura pour mandat d’étudier l’extrême droite au pays.

Dans un communiqué diffusé mercredi, Sécurité publique Canada annonce qu’il donne 366 985 $ sur trois ans à des chercheurs de l’Institut universitaire de technologie de l’Ontario pour se pencher sur ce mouvement. Barbara Perry et Ryan Scrivens de l’Université du Michigan et David Hoffman de l’Université du Nouveau-Brunswick dirigeront les recherches. Ils sont depuis des années aux avant-postes de la recherche sur l’extrême droite au Canada.

En 2015, Barbara Perry et Ryan Scrivens ont mené une étude souvent citée décrivant l’écosystème de l’extrême droite au Canada, un projet qui prendra de l’ampleur grâce à ce financement. L’équipe de recherche fera des « entrevues avec des organismes d’application de la loi, des militants contre la haine locaux et des extrémistes anciens et actuels » afin de mieux comprendre le mouvement et sa croissance au Canada. Les chercheurs s’associeront également avec l’Institute for Strategic Dialogue (ISD) basé à Londres pour faire « une analyse novatrice du contenu en ligne et de la couverture médiatique, ce qui éclairera les interventions locales concernant les discours et les crimes haineux ».

L’extrême droite a considérablement changé depuis l’étude menée en 2015, selon Barbara Perry, interviewée par VICE. Elle estime que les groupes sont aujourd'hui à la fois plus nombreux et plus téméraires.

Depuis l’étude initiale, on a observé la croissance rapide de groupes comme les III %, les Soldats d’Odin, La Meute et des groupuscules qu’ils ont engendrés; l’émergence de suprémacistes blancs assumés; et la création de cellules terroristes d’extrême droite en sol canadien, comme Atomwaffen. Au total, Babara Perry dit que, des 150 groupes recensés au cours de l’étude initiale, on est passé à près de 300 aujourd’hui. Elle qualifie cette hausse de « tendance inquiétante qui crée un climat hostile, effrayant dans certaines villes ».

Aux États-Unis, depuis le 11-Septembre, les groupes d’extrême droite ont fait plus de morts que n’importe quel autre groupe terroriste intérieur : l’organisme ADL rapporte qu’ils sont responsables de 71 % des décès liés à l’extrémisme. Depuis le milieu de la décennie, leur nombre a radicalement augmenté.

Barbara Perry a relevé des indices de cette tendance au Canada aussi. Dans l’étude de 2015, son équipe a trouvé « plus de 120 occurrences de violence liée à l’extrême droite », comparativement à huit occurrences liées à la « violence inspirée par l’islamisme » au cours de la même période.

« Dans les quatre ou cinq dernières années, il y a eu 19 homicides liés à l’extrême droite, dit-elle. Justin Bourque a tué trois policiers de la GRC en 2014, Alexandre Bissonnette a tué six musulmans qui priaient à la grande mosquée de Québec en 2017 et, plus récemment, Alek Minassian a tué 10 personnes dans une attaque au camion-bélier à Toronto. Toute cette violence était animée par un courant de l’extrême droite. »

L’équipe de recherche préparera plusieurs rapports au fur et à mesure que progresseront leurs travaux. Alors que l’ISD produira une analyse annuelle de la situation de l’extrême droite canadienne sur internet, l'équipe de chercheurs produira sa contrepartie sur la situation en dehors d’internet. Avec un budget environ sept fois plus important que celui consacré à l’étude de 2015, les chercheurs espèrent présenter un portrait beaucoup plus complet de l’extrême droite que ce qui avait été possible auparavant. L’objectif est d’examiner la taille, l’organisation et les convictions des groupes, mais plus encore.

À terme, le gouvernement et les chercheurs veulent être en mesure d’exposer « les croyances, les motivations, les activités et les liens qui caractérisent l’extrémisme de droite au Canada » dans le but de trouver des vulnérabilités qui pourront servir à affaiblir le mouvement, selon Barbara Perry.

« Il y avait un certain nombre de caractéristiques des groupes qui les exposent à la dissolution et éphémères, dit-elle. Ce sont des choses comme le manque de cohérence idéologique et les problèmes de leadership — des combats de coqs, si on veut — à l’intérieur des groupes. Les fissures qui affaiblissent les groupes les rendent vulnérables aux interventions pour les déstabiliser. »

Dans le passé, le Canada a plus ou moins ignoré la montée de l’extrême droite, se concentrant presque uniquement sur le terrorisme islamiste au pays ou à l’étranger. Karen McCrimmon, secrétaire parlementaire du ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile, a affirmé par voie de communiqué que ce n’était plus le cas.

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« La tâche la plus importante d’un gouvernement est d’assurer la sécurité de ses citoyens. Daech et Al-Qaïda ne sont pas les seules sources de violence extrémiste dangereuse. On s’inquiète de plus en plus de l’extrême droite, par exemple les suprémacistes blancs et les néonazis qui alimentent l’antisémitisme violent.

« Il est essentiel de comprendre les facteurs qui mènent à la haine et à l’intolérance, y compris la façon dont l’extrême droite peut inspirer le meurtre de six citoyens canadiens près de Québec et la façon dont elle peut alimenter la violence misogyne, comme l’attaque brutale de fourgonnette sur la rue Yonge à Toronto. »

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