LGBTQ

Comment célébrer la Fierté sans alcool

La préparation mentale est tout aussi importante qu’un sac à dos rempli de bouteilles d’eau pétillante.

par Molly Priddy
19 juin 2019, 7:47pm

Photo par Zackary Drucker pourThe Gender Spectrum Collection 

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L'article original a été publié sur VICE États-Unis.

Dans le monde, juin, le mois de la Fierté est synonyme de parade, d’arc-en-ciel, de paillettes et, évidemment, de partys. C’est une occasion pour la communauté LGBTQ de se rassembler, de célébrer et d’être tous nous-mêmes dans toute notre gloire queer.

Pour quelques-uns d’entre nous – moi très comprise –, la perspective de célébrer notre identité peut faire peur et nous faire sentir vulnérables. On peut se sentir comme si l’alcool et la drogue sont les seuls moyens sûrs de s’ouvrir et de nous montrer tels que nous sommes. Mais prendre ce moyen est impossible ou risqué pour celles et ceux qui sont aux prises avec un problème de dépendance.

Je ne peux pas me faire confiance avec l’alcool, une réalité que m’ont enseignée de mauvaises décisions et des conséquences encore plus mauvaises. Pour cesser de boire de l’alcool, j’ai dû éviter toutes les circonstances où il y avait de l’alcool pendant environ un an avant d’être capable de composer avec le fait que d’autres personnes peuvent boire, mais que je ne le peux pas. Dans les six dernières années, j’ai dû faire des ajustements à mes activités de lesbienne pour exclure l’alcool. Ç’a été extrêmement difficile à la plupart des festivals de la Fierté, parce qu’un très grand nombre des activités LGBTQ ont lieu là où il y a de l’alcool. Je voulais le bonheur de faire partie de la communauté, mais je me sentais comme une outsider.

Toutefois, plus le temps passait, plus je découvrais qu’il y a beaucoup de personnes LGBTQ qui naviguent dans ces eaux sans alcool. En 2017, approximativement 19,7 millions d’Américains de 12 ans ou plus étaient aux prises avec l’alcoolisme ou la toxicomanie, et on estime en général que la proportion dans la population LGBTQ est beaucoup plus élevée — mais on ne dispose pas encore de données exactes à ce sujet. Le Dr Brian Hurley, directeur de la médecine spécialisée en dépendance du comté de Los Angeles, dit qu’il est difficile d’accéder à des données à long terme sur la population LGBTQ, car l’orientation sexuelle n’a été ajoutée que récemment aux sondages gouvernementaux et « la plupart des personnes transgenres sont invisibles dans ces sondages ».

« Faire partie d’une minorité sexuelle est généralement stressant dans un monde hétéronormatif, ajoute-t-il. On voit des taux plus élevés de consommation d’alcool, de tabac et d’autres substances. »

Bien au fait de cette réalité, les organisateurs de célébrations de la Fierté tiennent compte des personnes qui ne boivent pas. Pour la WorldPride à New York cette année, elles marcheront ensemble dans la parade, accompagnées d’un DJ, et ce sera suivi d’une croisière sans alcool. À la Houston Pride, on a organisé Skate Sober, une activité de patinage dans la soirée officielle sans alcool. À San Francisco, le Castro Country Club Sober Stage réserve un espace sans alcool ni drogues où pique-niquer et écouter de la musique. Cependant, ces activités restent bien moins nombreuses que celles où il y a de l’alcool.

Mais qu’importe où vous allez célébrer cette année, il est possible de le faire sans consommer. Voici quelques conseils et trucs à considérer si vous voulez que ce soit votre célébration de la Fierté sans alcool la plus extraordinaire que vous ayez jamais eue.

AVANT DE PARTIR

Trouver un ami ou une amie

On apprend les leçons de vie les plus importantes, comme celle-ci, à la garderie. Avoir un ami ou une amie avec vous qui sait que vous ne buvez pas d’alcool, que vous y allez avec une certaine prudence et qu’il y a des signes à surveiller montrant que vous n’êtes pas à l’aise. L’un des facteurs qui déclenchent la consommation, c’est la solitude ou l’isolement, et prévoir de la compagnie, c’est le moyen d’y échapper. C’est super de savoir qu’on peut compter sur quelqu’un qui est sur la même longueur d’onde que soi et qui quittera les festivités avec vous au besoin.

Beck Gee-Cohen, le directeur de la programmation LGBTQ de Visions Adolescent Treatment en Californie, dit que des adolescents s’inscrivent à son programme et qu’il participe au festival de la Fierté avec eux pour leur montrer qu’on peut s’amuser sans consommer. « Y aller avec des personnes qui savent que vous ne buvez pas d’alcool, même si elles, elles en boivent, c’est ce qu’il y a de plus important, dit-il. Ayez cette conversation avant de partir et dites : “Hé, il se peut que ce soit trop pour moi. Est-ce qu’on peut se surveiller l’un l’autre?” »

J’ai choisi un ami et lui ai dit que j’allais lui poser des questions assez simples pour m’ancrer dans la réalité, comme : « Est-ce que tu peux me réaffirmer que je ne suis pas moins que les autres parce que je ne peux pas faire la fête autant qu’eux? » Si la personne qui vous accompagne boit de l’alcool — pour moi, c’est habituellement le cas — je lui demande de me demander durant la journée comment je vais, et surtout dans les soirées quand ça commence à devenir fou. Ça m’a aidée à me souvenir qu’il y avait quelqu’un à mes côtés qui m’encourageait et réagissait à ce qui m’arrivait.

« À ma première Fierté sans alcool, j’étais effrayé. Je n’avais aucune idée de ce que j’allais faire, se rappelle Beck Gee-Cohen. J’y suis allé avec des amis qui ne consommaient pas non plus, et depuis plus longtemps que moi. Ils ont fait les imbéciles : ils m’ont fait rire et m’ont aidé à m’en sortir. »

Apportez votre propre boisson non alcoolisée

Assurez-vous d’avoir des boissons non alcoolisées avec vous pour ne pas avoir à dépendre de l’organisation pour mettre la main sur votre saveur préférée d’eau pétillante ou de Coke Diète. Par contre, ce ne sont pas toutes les organisations qui permettent d’apporter nos propres boissons : si vous ne le pouvez pas, demandez-vous si vous voulez toujours y aller ou trouver autre chose.

Avoir déjà un verre dans la main est une bonne et simple façon d’éviter la question qui agace toujours : « Pourquoi tu ne bois pas? » Tellement de gens la posent comme s’ils vous demandaient votre couleur préférée, alors que c’est une question très personnelle. Il n’y a rien de mal à expliquer pourquoi vous ne buvez pas : ça ne concerne que vous et c’est votre décision. J’aime avoir une réponse préparée, comme : « Je ne bois pas aujourd’hui », « Je prends des antibiotiques », ou « Si je bois de l’alcool, je me change en loup-garou plus tôt dans le cycle lunaire ».

Une exception à ce conseil : payer un verre à quelqu’un est un classique pour faire connaissance avec quelqu’un. Si une jolie personne vous en offre un, demandez une boisson sans alcool ou proposez d’aller chercher des produits aux couleurs de la fierté. Ou faites les deux : restez hydraté et recevez des cadeaux de la part de beautés!

Organisez votre propre party de la Fierté

S’il n’y a pas de moyen de célébrer sans consommer aux activités de la Fierté de votre région, organisez votre propre party. C’est probablement ce qu’il y a de plus facile, surtout si vous n’envoyez pas l’invitation qu’à des personnes qui ne boivent pas. Un thème pourra faire en sorte que l’on pensera à autre chose qu’à l’alcool.

Même si vous décidez de ne pas donner de thème (je ne vois pas pourquoi…), dites préalablement aux invités que c’est une activité sans alcool. Décidez aussi si les enfants et les animaux de compagnie sont aussi bienvenus, et prévoyez une variété de boissons sans alcool.

Préparez-vous mentalement

La préparation mentale est aussi importante qu’un sac à dos rempli de bouteilles d’eau pétillante. Au début des célébrations, soyez prêt à vivre une expérience positive et ayez bien l’intention d’avoir autant de plaisir que possible avec vos amis et les autres membres de la communauté. Beck Gee-Cohen recommande de se rappeler à soi-même : « Je vais m’amuser, je serai présent et je vais en profiter. »

Ça a tout changé pour moi. Mon approche initiale, c’était la peur : j’étais convaincue qu’il n’y aurait pas de plaisir sans ivresse, et c’était une prophétie autoréalisatrice. Il m’a fallu du temps pour me rendre compte que c’était en grande partie les mêmes expériences : j’avais simplement plus de contrôle sur elles et je pouvais m’en souvenir.

Pour les personnes qui suivent des programmes comme celui des A.A., l’avant-Fierté est un bon moment pour participer à des réunions, ainsi que les jours juste après les célébrations. Ces réunions peuvent être une source de motivation et de stabilité pour les personnes qui ont un problème d’alcool, et les aider à relativiser les partys de la Fierté. Qu’est-ce que je veux dire par là? Quand je sens l’envie de boire de l’alcool, je me rappelle combien je déteste me réveiller en le regrettant le lendemain, et combien l’alcool a mis ma vie sens dessus dessous. La volonté d’éviter ces sentiments supplante aussitôt l’envie d’ivresse.

AUX CÉLÉBRATIONS

Vous êtes là! Vous êtes à jeun et queer! Et maintenant?

Trouvez d’autres personnes qui ne boivent pas

Trouvez les espaces ou kiosques sans alcool (s’il y en a) où vous pouvez faire la connaissance de personnes qui comprennent ce que vous vivez. S’il y a des kiosques de ce genre aux célébrations de la Fierté où vous vous trouvez, il y a de bonnes chances qu’il y ait aussi d’autres ressources pour les membres de la communauté LGBTQ, comme des programmes et des rassemblements pour personnes qui ne boivent pas d’alcool. Cette camaraderie fait partie de ce qui rend les célébrations de la Fierté si spéciales pour tout le monde.

La Fierté sans alcool, c’est amusant parce qu’on se rappelle tout ce qu’on voit et vit avec les personnes qu’on y rencontre. « Je n’ai pas vu grand-chose quand je consommais à la Fierté, raconte Beck Gee-Cohen. J’ai eu un coup de soleil parce que j’ai perdu conscience sur un terrain quelque part. » Regardez réellement la parade, visitez les kiosques et interagissez avec les gens qui célèbrent leur existence. Faites-vous des amis. Approfondissez les liens avec votre communauté.

Soyez actif

Dans les environnements où je suis portée à me laisser entraîner par la fête, les intermèdes de calme me donnent le temps de penser aux envies, aux déclencheurs et aux autres schémas de pensée troubles. Trouvez des moyens de faire du bénévolat aux activités de la Fierté si vous en avez la possibilité. C’est une façon gratifiante d’y participer tout en se gardant occupé.

Communiquez avec les organisateurs de la Fierté pour voir s’il y a des choses que vous pouvez faire pour les aider, que ce soit les préparatifs ou le jour même pour veiller à ce que tout se passe sans heurt. Sur le site web de la Fierté dans les grandes villes, il y a en général une section à ce sujet.

Soyez… fier!

C’est un événement appelé Fierté : ce n’est pas sans raison! Vous êtes là pour célébrer tout ce que vous êtes, même les aspects de vous dont vous avez peut-être déjà eu honte, comme votre orientation sexuelle, votre identité de genre, votre rapport à la santé mentale ou un problème de dépendance. « Il n’y a pas que de la honte et il n’y a pas que de la douleur. Nous sommes résilients, nous sommes amusants et nous pouvons nous épanouir », rappelle Beck Gee-Cohen.

Détournez l’énergie que vous auriez normalement consacrée à la consommation vers la conception de votre costume pour le rendre hyper cool ou l’essai d’une nouvelle façon de vous maquiller. C’est le moment de montrer à tout le monde qui vous êtes. L’ajout de confiance en soi aide quand on est entouré d’autant de jolies personnes. De plus, ne pas s’enivrer à la Fierté a aussi le très bon côté de permettre de ne pas vouloir mourir (ou avoir l’air sur le point de mourir) lors du brunch du lendemain.

Sachez quand partir

Savoir quand il est temps de se retirer (il n’y a rien de mal à le faire) dépend de votre capacité à juger des circonstances. Peut-être qu’après avoir eu un bon moment en matinée, vous vous sentez un peu fatigué en après-midi, et votre humeur s’en ressent. Peut-être qu’il se fait tard et que les gens autour de vous commencent à fêter plus fort. « Quand je vois quelqu’un pleurer ou vomir, c’est mon signal de départ », dit Beck Gee-Cohen.

Et il n’y a rien de mal non plus à ne pas participer à la Fierté si vous pensez qu’il vaut mieux attendre d’avoir fait plus de progrès dans votre rétablissement. Il m’a fallu un certain temps avant de me rendre compte que j’étais aussi fière de ma capacité à ne pas succomber à l’alcool, et que ma communauté l’était aussi pour moi. C’est une partie de mon identité que je ne peux séparer des autres, et en venir à la vénérer est l’objectif.