Photo: Dominic Berthiaume

Homeshake s’en fout si vous n’aimez pas ses interludes

On a un peu forcé un Homeshake épuisé à aller prendre une bière avec nous pour parler de son nouvel album « Helium ».

|
22 février 2019, 9:08pm

Photo: Dominic Berthiaume

Après quatre albums en cinq ans, des concerts affichant complet pratiquement partout où il va, incluant son dernier au théâtre Rialto durant Pop Montréal, je ne sais pas s’il faut encore le présenter, mais le voici. Homeshake, c’est le projet solo de Peter Sagar, Montréalais d’adoption, qui s’est d’abord fait connaître comme étant le guitariste de Mac Demarco à ses premières années de gloire.

Musicalement, au départ, il exécutait une sorte de slacker rock aux accents soul pour tranquillement muter vers de la R&B plutôt unique en son genre. Peter Sagar la décrit comme de la « musique relaxante ». Un terme justifié puisqu’il n’y a rien de dérangeant ou d’agressif à la musique de Homeshake.

J’ai eu l’occasion de discuter avec un Peter un peu « au bout du rouleau » à peine deux jours avant son départ pour une tournée européenne au chic Notre-Dame des Quilles.

VICE : Ça va bien?
Peter Sagar : Ouais, je t’avoue que je suis un peu débordé en ce moment. Mon nouveau disque est sorti hier et je m’apprête à partir en tournée pour trois semaines dans deux jours. Je dois répéter avec mes musiciens, préparer mes bagages et accorder des entrevues. J’ai déjà été moins occupé disons-le.

Malgré le départ de quelques bons amis et collaborateurs et la fermeture du Drones Club [ancien espace de pratique, de diffusion et d’enregistrement qu’il a cogéré de 2013 à 2017], tu demeures toujours à Montréal. Qu’est-ce qui te garde ici?
Je ne sais pas trop. J’ai l’impression que les hivers sont de pires en pires en plus. Quand ils arrivent, je me dis qu’il faut que je crisse mon camp, mais au moment où l’été revient, je me dis qu’il faut que je reste parce qu’ils sont tellement beaux et l’fun. Montréal n’est pas un mauvais endroit où vivre, c’est moins pire qu’Edmonton [d’où il vient]. Je n’ai pas le plan d’aller m’établir ailleurs pour l’instant.

Ton nouveau disque, Helium , est le premier que tu enregistres complètement seul à la maison. Comment était l’expérience?
J’ai toujours composé seul et joué tous les instruments sur mes albums. Cette fois-ci, j’étais encore plus isolé que les autres, car il n’y avait pas d’ingénieur de son avec moi. Je dois t’avouer que c’était assez confortable; je travaillais dessus au moment où je voulais sans avoir à booker une session au Drones et devoir synchroniser un horaire avec les personnes avec qui je travaillais.

Tu as toujours composé et joué seul, mais j’ai l’impression que plus ça va, plus les chansons sonnent comme un effort solo, on ne sent plus qu’il y a la présence d’un band avec toi.
C’est sans doute dû au fait qu’il n’y a plus de batterie et de guitares. Quand j’avais accès à un studio, je pouvais enregistrer une batterie, maintenant que je n’en ai plus il faut que je fasse autrement. Pour une raison que j’ignore, la guitare n’est plus mon go to pour composer de la musique. J’ai maintenant plus de facilité à créer avec un synthétiseur. À part ça, rien n’a changé, c’est toujours moi qui a tout fait.

S’il y a bien une constante dans tous tes albums, c’est la présence d’interludes.
Les gens ne les aiment pas. Il y a un de mes amis qui suit le subreddit de Homeshake et il m’envoie parfois en textos des commentaires de gens qui les détestent et qui disent que ce sont des fillers inutiles. C’est dommage, parce que c’est définitivement la partie la plus amusante de faire un disque pour moi [rire]. J’aime que mes albums forment une pièce, qu’il y ait un fil conducteur, un souffle. C’est sûr que l’écoute en streaming n’aide pas ma cause. Les gens écoutent de moins en moins les albums et sont plus portés d’écouter les singles ou des playlists Spotify. J’aime ça quand les chansons sont courtes, concises et bizarres. Je considère que la meilleure chanson que j’ai jamais écrite est Signing Off; une pièce de 9 secondes qui clôt mon avant-dernier album Fresh Air. J’aime mes interludes et je vais continuer d’en faire, même si certains de mes fans ne les aiment pas.

Est-ce que l’ordre des chansons et les interludes sont déjà établis avant même que tu commences le processus d’enregistrement?
Non, de la manière je que fonctionne. Je compose jusqu’à ce qu’il y ait un nombre de chansons que je juge suffisant. Ensuite, je garde celles que j’aime vraiment pour les inclure à l’album. Une fois que c’est fait, je réalise qu’elles ne se suivent pas toujours bien et c’est là où je commence à composer les interludes. Elles sont là pour régler des problèmes liés à la continuité de l’album.

Tu ne conserves pas tout le matériel que tu as composé pour tes albums?
Avant c’était comme ça oui, il y avait cette chose bizarre dans ma tête qui me disait de tout conserver. Ça m’a pris beaucoup de temps de m’en départir. J’arrivais à un moment où je me disais “ça y est, j’ai toutes les chansons pour faire un disque” et à partir de là, je n’avais plus d’idées. Il n’y avait plus rien qui sortait de ma tête. Maintenant, j’en fais plus qu’il faut et je coupe beaucoup. Helium aurait pu être très long, mais je ne l’aurais pas assumé à 100%, donc vaut mieux couper à ce moment-là.


C’est vrai qu’il est assez rare qu’un long album soit bon du début à la fin.
Ouais, encore une fois, spécialement dans l’ère de streaming dans laquelle on se trouve, il est difficile de retenir l’attention des gens avec quelque chose qui est long. C’est un peu la même chose pour les performances live. Je ne suis pas capable de regarder un show de plus de 30 minutes, mais en même temps, je suis assez impatient. J’suis épuisé de tout ce qui entoure la musique live en ce moment, mais ça, c’est moi… Il faut qu’on allonge notre set pour la prochaine tournée parce que les gens veulent qu’on joue plus longtemps. Je suis vraiment étonné qu’il y ait des gens qui veulent nous voir jouer plus d’une heure de show. “Vous n’avez pas mal aux pieds?”

La dernière fois que j’ai vu un show de Homeshake, c’était au lancement de Fresh Air au théâtre Fairmount. Je dois t’avouer que de ma perspective, c’était plutôt l’enfer. L’assistance parlait à un niveau sonore plus élevé que la performance du groupe. Est-ce que c’est un truc spécifique à Montréal ou ça arrive ailleurs aussi?
On ne joue pas très fort sur la scène. Ça arrive souvent, ce n’est pas spécifique à Montréal. L’inverse est très malaisant aussi; quand il n’y a aucun bruit dans la salle entre les chansons...

1550869375639-HOMESHAKE2
Photo: Dominic Berthiaume

Est-ce que tu entends la foule? Comment tu te sens?
Oui, je l’entends c’est sûr. Je ne sais pas trop comment me sentir… Les gens ont payé, ils peuvent bien faire ce qu’ils veulent après tout. Ça arrive parfois que des spectateurs viennent s’excuser de la foule après un show, mais je leur réponds que je suis désolé pour eux, parce que pour moi, ça ne change pas grand-chose. Je n’ai jamais joué de shows parfaits et c’est bien ainsi. Si les gens parlent fort, je ne le prendrai pas mal tant que les gens du public soient confortables.

Tu as maintes fois dit dans de précédentes entrevues que tu n’aimais pas particulièrement être en tournée. Est-ce qu’il y a au moins une chose qui te plaît dans tout ça?
J’aime être sur la scène et performer. Je travaille vraiment fort sur la musique que je fais, alors c’est l’fun d’être là pour les gens pour qui ça compte au final. Ce sont tous les autres moments que celui-ci que je n’aime pas; être assis dans la van, grossir, ne pas bouger, se sentir comme de la marde, avoir la gueule de bois, etc. Ça peut devenir sombre si t’es en tournée trop longtemps.

C’est quoi être en tournée trop longtemps selon toi?
Pour la sortie de Helium, on fait des tournées de trois semaines ici et là, c’est une bonne durée. Lorsqu’on tourne dans des endroits cool, Salina [sa copine] peut parfois me suivre et ça rend la tâche beaucoup plus facile; être loin d’elle pendant les tournées est l’une des choses les plus difficiles. En même temps, lorsqu’elle nous suit, ce n’est pas un truc hyper le fun pour elle. Elle nous a accompagnés lors de notre première tournée en Europe, c’était plutôt misérable, on n’avait pas d’argent et on devait parfois dormir dans la van.

Ta copine s’occupe exclusivement de faire tes pochettes d’albums, le design de ta marchandise promotionnelle et tes photos de presse. Est-ce que Homeshake pourrait tout de même exister sans elle?
Absolument pas. Beaucoup des paroles sont à propos d’elle aussi. Je ne peux pas penser à ce que serait le projet sans elle, c’est impossible.

Tu as déjà pensé à l’inclure “musicalement” dans le projet?
Elle collabore de temps en temps, lorsqu’il y a un “hey” ou “hello” à chanter dans une chanson, c’est elle qui le fait. C’est une artiste visuelle, pas une musicienne, mais elle m’a déjà accompagné à la batterie pour le plaisir quand je répétais au Drones. Si elle le voulait, elle pourrait devenir une batteuse vraiment sick!

Tu as cité dans le passé R. Kelly comme une inspiration dans ton travail. As-tu eu la chance d’écouter la série Surviving R. Kelly récemment? Qu’est-ce que tu en as pensé?
Oui je l’ai regardé. Sérieusement, fuck lui. Mettez-le en prison. Sa musique, c’est lui, et lui, c’est un prédateur. Je ne veux plus le supporter et écouter sa musique. Ça m’écoeure.

Pour plus d'articles comme celui-ci, inscrivez-vous à notre infolettre.

C’est fou quand on pense à quel point des artistes comme R. Kelly, Michael Jackson ou John Lennon sont considérés comme des génies, mais qu’au fond, ils se comportaient comme des tas de marde. À ton avis, devrait-on différencier l’artiste et son art?
C’est probablement la mégalomanie qui provoque ça. Je ne suis pas expert en la question, mais je ne pense pas qu’on devrait séparer l’art de son artiste. On n’a pas besoin de ces gens. On n’a pas besoin de la musique de R. Kelly. Ce genre de trucs arrivent souvent par surprise, par exemple, je ne sais pas trop ce qui sera révélé dans Leaving Neverland [minisérie documentaire à paraître qui allègue que Michael Jackson aurait abusé de deux enfants], mais je suis terrifié d’apprendre ce qui sera révélé. Après, on l’aura tous vu, et on n’aura plus besoin de la musique de Michael Jackson j’imagine. Ce dont on a besoin, c’est que les gens soient en sécurité et que les prédateurs soient enlevés de nos vies.

Homeshake sera en spectacle au MTELUS le 21 mars 2019 avec Yves Jarvis (FKA Un Blonde) en première partie. Vous pouvez vous procurer des billets ici.

Helium, le nouvel album de Homeshake est disponible sur toutes les plateformes numériques et en formats physiques chez Sinderlyn Records