La théorie du chaos selon Jesus Horse

Le meilleur EP de l’année dans le punk québécois dure moins de 10 minutes.

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sept. 14 2018, 7:09pm

Crédit photo: Grace Turnbull

Si je vous dis que Jesus Horse, ce n’est pas très sérieux, ce ne sont pas mes mots, mais ceux du groupe lui-même. Formé en 2012 par quatre gars de l’ouest de Montréal, le groupe s’est bâti un auditoire dévoué et varié, avec leur hardcore chaotique, polyrythmique et percutant.

En 2016, le groupe sortait de l’ombre en faisant paraître Arguably More Productive Than Being Dead, un premier EP qui mettra la table pour la suite. Enregistré en 48 heures à Boston par Kurt Ballou, de Converge, le EP de seulement 5 minutes a beaucoup fait jaser. Très différent du son typé du hardcore montréalais, Jesus Horse ne faisait pas de la musique qui vous préparait à un mosh pit; le EP donnait plutôt l’impression de foncer dans le tas dans une émeute, en faisant l’hélicoptère avec vos bras pendant que l’escouade tactique vous asperge de poivre de cayenne. Personne ne savait qu’ils avaient besoin de Jesus Horse dans sa vie, et tout le monde a été très content de l’apprendre.

Heureusement, le succès du groupe ne s’est pas limité au Québec et à l’Ontario, comme c’est tristement le cas pour beaucoup de groupes locaux pourtant très talentueux. Grâce à une fuite sur un réseau de distribution de fichiers torrents russe, le groupe s’est du jour au lendemain retrouvé avec une horde de fans, curieux d’entendre ce qu’il avait à proposer.

Pourtant, les gars de Jesus Horse n’ont pas décidé de tirer profit de leur succès. Le projet n’avait été, jusque-là, qu’un prétexte pour se retrouver entre copains et jaser de culture pop. Ils n’avaient même pas, d’après les dires de certains de ses membres, jusqu’au dernier moment, l’ambition réelle de se rendre à Boston pour enregistrer avec Ballou, malgré le fait qu’ils avaient gagné un concours grâce à la seule chanson qu’ils avaient enregistrée jusque-là. Après une courte tournée, les gars sont revenus à la maison, et ç’a été le silence radio.

Cette semaine, sans tambour ni trompette, le groupe a fait paraître It Was the Blurst of Times, dans lequel il a bonifié la formule qui a fait le succès du premier EP. En un peu moins de 10 minutes, les gars livrent ce qui pourrait très bien être la meilleure sortie de l’année dans le hardcore-punk québ jusqu’à maintenant. On a ici affaire à un mélange de Dillinger Escape Plan, Every Time I Die et Knocked Loose sous amphétamines. Dix minutes de pur chaos magnifiquement contrôlé, aux paroles à la fois vitrioliques et loufoques, truffées de références culturelles populaires. It Was the Blurst of Times est, en somme, tout ce qui nous aura attirés à ce genre de musique en premier lieu : la vitesse, le désordre et les amplis montés jusqu’à 11.

Aujourd’hui, les gars se disent plus ouverts à prendre sérieusement leur carrière musicale, mais toujours selon leurs règles. « S’il y a une opportunité viable de quitter nos jobs et de faire ça à temps plein, bien sûr qu’on la prendra », dit Alex Levi, chanteur du groupe. « Mais avant tout, on veut pouvoir tourner avec des groupes de notre calibre, des gens qui recherchent quelque chose de nouveau et qui font ça par plaisir. » Et pour preuve : aucun spectacle de lancement pour ce nouvel EP n’était prévu, jusqu’à ce que le groupe soit contacté pour jouer avec Octopoulpe, la semaine prochaine. « C’est un gars franco-coréen qui joue de la batterie avec un backing track et qui porte un masque de pieuvre sur son visage. On doute que plus de 20 personnes se pointent, mais on voulait le faire par respect, pour faire comprendre au gars qu’on catche ce qu’il essaie de faire. »

Jesus Horse sera en concert avec Octopoulpe à La Sottereana, le 26 septembre prochain.

Billy Eff est sur internet ici et .

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