L’utilisation de papier de toilette des Américains tuerait les forêts canadiennes, selon un rapport

Le rapport américain The Issue with Tissue accuse le papier de toilette de détruire la forêt boréale. Pas si vite, dit un expert de la forêt canadienne.

|
26 février 2019, 10:05pm

Photo : Pixabay

Il y a certaines choses dont on a tous besoin et auxquelles on ne fait pas trop attention, mais lorsqu’il est question de papier toilette, on ne veut que le plus doux. Même dans les publicités télévisées, ce que vantent avant tout les compagnies de papier hygiénique, c’est la douceur de leurs produits, que ce soit avec de petits chatons tout blancs, ou des créatures fluffy.

Mais il s’avère que cette douceur a un prix.

Le Natural Resources Defense Council (NRDC), un organisme américain de protection environnementale, a publié la semaine dernière The Issue with Tissue, un rapport qui fait état des conséquences dévastatrices de l’utilisation excessive de papier toilette des Américains.

Mais selon Daniel Kneeshaw, directeur du programme de doctorat en Sciences de l'environnement au Centre d'étude de la forêt de l’UQAM, la réalité n’est peut-être pas aussi catastrophique que ce que le rapport pourrait laisser croire.

Dans le rapport, on apprend que nos voisins du Sud utilisent environ trois rouleaux de papiers de toilette par semaine chacun, et que la plupart de ces rouleaux ne sont pas fabriqués avec des produits recyclés.

Trois marques majeures, Procter & Gamble, Kimberly-Clark et Georgia-Pacific, n’emploieraient aucune matière recyclée dans leurs rouleaux de papier de toilette. À la place, elles ont recours à de la pulpe de bois vierge, plus prisée que le papier recyclé pour sa douceur et son pouvoir d’absorption. Ce bois vient des forêts boréales anciennes du Canada.

Le rapport indique également que l’on abat un demi-million d’hectares de forêt boréale chaque année, soit l’équivalent de sept patinoires de hockey par minute. Bien que le gouvernement canadien gère les forêts en zone boréale, son équilibre reste assez fragile, selon le NRDC.

Pour plus d'articles comme celui-ci, inscrivez-vous à notre infolettre.

Selon l’expert Daniel Kneeshaw, le papier de toilette n’est pas un énorme problème. Il explique entre autres que la « recette » pour la fabrication de papier de toilette comprend de jeunes arbres, souvent du bouleau à papier ou du tremble.

De porter l’attention aux coupes à blanc dans la forêt boréale est louable, croit M. Kneeshaw, mais c’est une interprétation erronée de la situation. « Le rapport semble suggérer qu’on coupe du bois dans des forêts vierges pour faire du papier de toilette, mais c’est un dommage collatéral. On va là pour couper des 2 x 4 et d’autres produits » qui sont souvent transformés dans des usines à proximité de ces forêts et qui produisent des copeaux de bois en résidus. Ce sont ces copeaux qui se retrouvent souvent dans la composition de papier hygiénique.

Le professeur rappelle aussi que d’utiliser des produits de papier recyclé dans la composition de papier hygiénique implique d’enlever l’encre du papier, ce qui est un processus très chimique, qui n’est pas forcément meilleur pour la planète.

Les forêts boréales canadiennes sont surnommées l’Amazone du Nord, car elles ont un énorme taux d’absorption de carbone, et sont donc vitales pour l’équilibre environnemental de la planète. « La plupart des Américains ne savent probablement pas que le papier de toilette qu’ils flushent vient de forêts anciennes, mais la coupe à blanc de ces forêts coûte beaucoup à la planète », dit Anthony Swift, directeur du NRDC, dans le rapport The Issue with Tissue. « L’entretien de la forêt boréale canadienne est vital pour éviter les pires conséquences des changements climatiques. »

Donc oui, il faut absolument faire ce qu’on peut pour protéger nos forêts boréales, mais de mettre la faute sur l’utilisation de papier toilette, c’est un peu excessif, selon Daniel Kneeshaw.

« Est-ce qu’il y a un enjeu avec les forêts anciennes? Il y en avait énormément dans le passé, et il y en a de moins en moins. La structure de la forêt boréale à grande échelle est en train de changer; on supervise les forêts et on les rajeunit, dit-il. Mais selon moi, on devrait tout autant s’inquiéter de l’emballage en plastique de notre papier de toilette, ou de son transport. »

Billy Eff est sur internet ici et .