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musique

Des menaces forcent l’annulation du spectacle du groupe Whores.

« Ces groupes se cachent derrière leur image punk et controversée. Mais quand tu fais ça à l’encontre de la sécurité des autres, ce n’est pas punk, c’est violent. »

par Simon Coutu
15 mai 2017, 6:18pm

Photo : Montecruz Foto

Le groupe noise rock Whores., originaire d'Atlanta, devait se produire au Turbo Haüs, le 22 mai, dans le cadre du deuxième anniversaire de la salle de spectacle située à Saint-Henri. Le spectacle a toutefois été annulé suite à la controverse causée par le nom de la formation, jugé sexiste et violent par des membres de la communauté artistique montréalaise.

Le musicien Owen Pallett a lancé le bal sur Twitter quand il a appris que Whores. et Slaves seraient de passage à Montréal. Slaves, un duo punk anglais, s'est produit au Rialto le 8 mars.

« J'espère que vous les avez programmés pour les emmener à l'hôpital et vendre leur équipement », a-t-il gazouillé, le 4 mars dernier.

Lorsque nous l'avons contacté pour lui annoncer que le concert de Whores. avait finalement été annulé, Owen Pallett a réitéré sa colère contre ces groupes.

« Encore aujourd'hui, s'ils se pointaient chez moi, je les enverrais à l'hôpital, dit-il. Je suis très heureux que le show de Whores. soit annulé. Je suis certain qu'ils font de la bonne musique, mais j'espère qu'ils changent de nom. »

Questionné sur la violence de son propre tweet, le violoniste, compositeur et arrangeur avance que c'est une mauvaise interprétation de son message. « Me traiter de violent, c'est une façon de changer de sujet pour éviter la question en parlant de futilités grammaticales. Ou, plus précisément, c'est une façon d'appuyer un système de violence patriarcale et de violence raciale en s'acharnant sur la véhémence de la rhétorique du monde qui dénonce cette appropriation et cette suppression. »

Pour Owen Pallett, les promoteurs et les propriétaires de salles de spectacles doivent faire preuve de plus d'éthique. « Ils doivent simplement prendre de bonnes décisions, ajoute-t-il. Ces deux formations sont des groupes formés d'hommes blancs qui utilisent des groupes marginalisés pour s'identifier. C'est de la violence. Ils ont la tête dans le cul s'ils ne veulent pas changer de nom. »

Le programmateur du Turbo Haüs, Sergio da Silva nous a confirmé qu'il a annulé le spectacle de Whores.. Il a toutefois refusé de nous accorder une entrevue. « Je ne veux pas faire un cas de cette histoire. Je crois que ça va causer plus de problèmes qu'aider qui que ce soit. »

Du côté des membres de Whores., ils ont aussi été avares de commentaires. « Les organisateurs du spectacle ont dû annuler puisqu'ils avaient reçu des menaces, m'ont-ils répondu par le biais de leur page Facebook. On a hâte de revenir à Montréal. C'est une belle ville et nous avons déjà eu du plaisir à y jouer. »

Dans une entrevue publiée vendredi dernier par le site Never Nervous, le chanteur de Whores., Christian Lembach, a été plus volubile quant au nom de son groupe, qui servirait d'assurance contre la récupération de son oeuvre par les « gentrificateurs » de l'underground. « Cette musique n'est pas pour eux et on s'en fiche si on les dérange parce qu'ils ne comprennent juste pas. »

L'agente d'artistes Marilis Cardinal, qui représente notamment Owen Pallett, a elle aussi pris position sur les réseaux sociaux contre la venue de Whores.. « Pour moi, leur nom est un mot violent, dit-elle. C'est de l'incitation à la haine envers les femmes. Ces groupes se cachent derrière leur image punk et controversée. Mais quand tu fais ça à l'encontre de la sécurité des autres, ce n'est pas punk, c'est violent. Je ne souhaite même pas écouter le contenu de leurs chansons. Je ne veux pas consacrer une minute de plus à un groupe qui ne veut pas changer de nom. »

Elle est d'ailleurs elle aussi heureuse de l'annulation du concert de Whores. « Pas parce que je suis une féministe fâchée. Mais parce que ça risque de faire réfléchir des gens. »

Très active dans la scène indépendante montréalaise, Marilis Cardinal veut lancer une conversation plus large sur le choix des noms des groupes pour éviter d'offusquer des communautés.

C'est ce qui est arrivé à la formation albertaine Preoccupations, qui s'appelait autrefois Viet Cong. En 2016, ses membres ont décidé de changer après l'annulations de plusieurs spectacles. Leur dénomination faisait écho au terme vietnamien qui désignait les communistes pendant la Guerre du Vietnam, de façon péjorative.

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