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Le racisme sur Twitter et Facebook nuirait à l’intégration des réfugiés

Une nouvelle étude analyse comment «les réfugiés ont pris l'étiquette de terroristes sur les réseaux sociaux».

Simon Coutu

Simon Coutu

Photo : Flickr/UNHCR/S. Rich

Après les attentats de Paris, de Bruxelles, ou plus récemment ceux de New York, il s'est dit un paquet de conneries sur les réseaux sociaux. Une chercheuse de Concordia croit que ces discours d'intolérance ont un impact sur leur intégration.

«Lorsque Justin Trudeau a promis que nous allions recevoir 25 000 Syriens, dit Nadia Naffi, les réfugiés ont pris l'étiquette de terroristes sur les réseaux sociaux.» Les gens ont notamment réagi avec des pétitions en ligne, pour ou contre. «Ils ont non seulement signé, mais ils ont aussi commenté sur les réseaux», remarque Mme Naffi.

Elle a donc demandé à une quarantaine de jeunes de 16 à 24 ans du Canada, où plus de 30 000 réfugiés syriens ont élu domicile depuis novembre 2015, mais aussi d'Europe et du Moyen-Orient de réagir aux interactions sur les réseaux sociaux après les attentats de Paris, de Bruxelles et les agressions sexuelles de Cologne.

«Je voulais voir quelle image ils se faisaient des réfugiés syriens, dit-elle. Je voulais savoir comment ils voyaient leurs interactions avec eux.»

Curieusement, Mme Naffi observe que la réaction face aux réfugiés est aussi violente, voire pire au Canada qu'en Europe, où ont eu lieu les derniers attentats terroristes. «C'est comme si ça s'était passé dans notre cour. La réaction a été très forte. J'ai lu plein de commentaires tels que "Canadiens en premiers, musulmans, jamais!". On comparait les Syriens à la peste.»

Pire encore, la doctorante croit que les discours et les commentaires haineux sur les réseaux peuvent être un facteur de radicalisation. «Si un groupe se sent exclu et qu'il ressent de la haine dans sa société d'accueil, il va naturellement chercher ailleurs. Et là, il y a risque de radicalisation. C'est dangereux.»

Cette étude a une tournure très personnelle pour Mme Naffi, d'origine libanaise, qui a fui la guerre civile. « Il y a deux millions de réfugiés syriens qui souffrent au Liban. Petite, j'ai vécu le traumatisme du régime syrien. Je comprends d'où ils viennent, et que parfois, on n'a pas le choix de s'enfuir. »

Dans sa recherche, elle remarque que sur le lot, au Québec, beaucoup de commentaires et d'initiatives étaient positifs, comme l'idée de tricoter 25 000 tuques pour les Syriens. «Mais malheureusement, ce dont l'on se souvient, ce qui marque, ce sont les discours racistes et intolérants, même s'ils sont en minorité.»

Nadia Naffi observe aussi une différence entre les milieux urbains et ruraux quant à l'interprétation du discours des réseaux sociaux. «Souvent, les gens ne comprennent pas pourquoi on ne règle pas nos problèmes avant de s'attarder à ceux des autres. On se demande pourquoi on risque de mettre en péril notre sécurité. Il y a aussi la peur de perdre notre identité. Mais lorsque les jeunes ont déjà eu des contacts avec des réfugiés, la peur diminue. Ce qui m'inquiète, c'est que les médias sociaux freinent éventuellement ce premier contact.»

Pour Mme Naffi, cette étude n'est qu'une première étape pour éventuellement combattre la peur et l'ignorance sur les réseaux. Avec ces résultats, elle veut fournir des outils aux éducateurs, aux travailleurs sociaux et aussi au gouvernement. «Je veux comprendre comment les jeunes pensent pour trouver des solutions.»

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