La plus vaste étude jamais réalisée sur l’orgasme nous en apprend beaucoup

Le monde en a besoin maintenant.

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14 septembre 2017, 3:19pm

Dans une étude publiée le mois dernier dans le Journal of Sex and Marital Therapy, on apprend entre autres que près de 37 % des femmes américaines ont besoin d'une stimulation clitoridienne pour atteindre l'orgasme, alors que, pour 18 % des femmes, une pénétration vaginale suffit.

Debby Herbenick, chercheuse au Center for Sexual Health Promotion à l'Université de l'Indiana, estime que les résultats de cette étude montrent la diversité des préférences chez les femmes en ce qui a trait à la façon de les toucher au cours d'une relation sexuelle.

Pour l'étude, menée en partenariat avec OMGYes, une entreprise qui se penche sur la « science du plaisir chez les femmes », plus de 1000 femmes de 18 à 94 ans ont été interrogées. Juste avant, OMGYes avait interviewé 1000 femmes à propos de leurs préférences sexuelles, ce qui porte le nombre total de participantes à 2000 et en fait la plus vaste étude sur le plaisir féminin.

Les participantes ont répondu à un sondage composé de trente questions à plusieurs parties sur leurs habitudes sexuelles, leurs perceptions et leurs expériences relativement au toucher des organes génitaux. On apprend ainsi que près de 37 % des femmes ont besoin d'une stimulation clitoridienne pour atteindre l'orgasme; que 36 % n'ont pas besoin de stimulation clitoridienne, mais ça accroît tout de même leur plaisir; que, chez 18 %, il suffit d'une pénétration vaginale pour atteindre l'orgasme; que 9 % n'ont pas d'orgasme au cours de la relation sexuelle ou y parviennent d'autres façons, comme par le sexe oral.

Par ailleurs, une majorité de femmes ont mentionné « faire monter le plaisir avec des préliminaires », « avoir un partenaire qui sait ce que j'aime » et « avoir une intimité émotionnelle » comme moyens d'améliorer leurs orgasmes. Pour ce qui est de la façon de toucher, 66,6 % des femmes ont dit préférer être touchée directement au clitoris dans un mouvement vertical avec une pression moyenne.

L'étude fournit des données plus que nécessaires pour étoffer la science du plaisir féminin et mieux comprendre la nature de l'orgasme, qui a longtemps été hanté par des assertions freudiennes en grande partie sans fondement.

« Freud prétendait que l'orgasme clitoridien était adolescent et qu'après la puberté, quand les femmes ont des relations sexuelles avec des hommes, elles devraient transférer le centre de l'orgasme au vagin », a écrit la féministe Anne Koedt dans un célèbre essai publié en 1970, Le mythe de l'orgasme vaginal. « Le vagin, assumait-on, pouvait produire un orgasme parallèle au clitoris, mais plus mature. Beaucoup de travail a été réalisé pour élaborer cette théorie, mais peu pour vérifier la véracité des suppositions qui la sous-tendent. »

Debby Herbenick ajoute que « l'idée qu'une sorte d'orgasme soit plus mature qu'une autre est ridicule. Je n'aime pas non plus l'opposition binaire de l'orgasme clitoridien ou vaginal parce qu'anatomiquement, toutes les parties sont vraiment minuscules et proches les unes des autres. Je ne pense pas qu'il soit instructif de se battre pour déterminer quelle terminaison nerveuse conduit à l'orgasme. »

Selon elle, la réalité de l'orgasme féminin se compose de plusieurs nuances, mais il y a longtemps eu un grand vide dans les connaissances sur l'orgasme. C'est pourquoi l'étude qu'elle et ses collègues ont menée auprès d'un échantillon représentatif de femmes est à son avis un pas important dans la compréhension de la sexualité féminine.

« La première étude nationale sur les habitudes sexuelles a été réalisée aux États-Unis au début des années 90, et notre équipe de recherche avait mené la deuxième en 2009, poursuit Debby Herbenick. Un fossé de 20 ans les sépare. La raison pour laquelle les études sur les habitudes sexuelles sont si peu fréquentes, c'est qu'elles sont coûteuses et que le gouvernement fédéral n'a jamais accordé de fonds pour en mener une. »

De plus, les précédentes études sur le plaisir sexuel féminin ont été menées auprès d'un nombre limité de femmes et ne portaient pas sur des détails précis du toucher sexuel. De l'avis de la chercheuse, ce manque de données subjectives à propos de la sensibilité génitale rend plus difficiles les travaux scientifiques empiriques portant sur les réseaux neuronaux des organes génitaux et peut aussi empêcher les professeurs de sexualité et les professionnels de la santé de répondre aux inquiétudes des femmes relativement à la santé et au plaisir sexuels.

Néanmoins, bien que l'étude soit l'une des plus vastes jamais réalisées sur le sujet du plaisir sexuel des femmes, Debby Herbenick estime que plusieurs questions demeurent sans réponse.

« J'étais intriguée par les 41 % de femmes qui s'en tiennent à un toucher qu'elles aiment, dit-elle. Dans une prochaine étude, je pense que ce serait fascinant de les encourager à essayer d'autres façons pour voir si elle n'en aime vraiment qu'une ou s'il y a une autre façon qu'elles pourraient aimer. »

De plus, l'étude souligne l'importance de la communication et de l'ouverture dans la chambre à coucher, selon la chercheuse. « Si autant de personnes ne préfèrent qu'une chose, il faut vraiment que les couples échangent pour trouver tout ce qui plaît, sinon c'est un jeu de devinettes, dit-elle. Quand j'enseigne la sexualité, j'encourage toujours les gens à essayer de ne pas se limiter simplement parce qu'ils ont trouvé une chose qui leur plaît. Je dois admettre que j'ai un grand parti pris pour l'exploration. »