corée du nord

Une cryptomonnaie a envoyé Dennis Rodman au sommet sur la Corée du Nord

On a demandé à Potcoin de nous expliquer pourquoi.

Simon Coutu

Simon Coutu

Photo : Tom White/EPA

Coup d’éclat marketing ou mission de paix? Quoi qu’il en soit, les sorties publiques de l’ancien joueur de basketball Dennis Rodman portant les couleurs de la cryptomonnaie Potcoin ont eu l’effet de gonfler le cours de la devise, du moins pour quelques heures.

L’image a fait le tour du monde. En marge de la rencontre de mardi à Singapour entre Donald Trump et Kim Jong-un, Rodman était en larmes, en direct à CNN, affublé de la casquette « Make America Great Again » et d’un gaminet Potcoin. « Je le savais que les choses allaient changer, a-t-il dit. Mais personne ne m’a jamais écouté. »

Le voyage à Singapour de l’ancien joueur de la NBA a été payé par la monnaie virtuelle montréalaise, qui se définit comme une « solution bancaire pour l’industrie d’une valeur de 100 milliards de dollars du cannabis légal ». Rodman a annoncé son déplacement sur Twitter, pour « soutenir ses amis Donald Trump et le maréchal Kim Jong-un.

Après ce « stunt », le volume d’échanges de Potcoin a grimpé jusqu’à 1,1 million de dollars américains dans les 24 heures suivantes, pour redescendre à 197 000, jeudi, au moment d’écrire ses lignes.

La cryptomonnaie a été fondée en 2014 à Montréal par Joel Yaffe et Nick Iversen. C’est la deuxième fois qu’elle finance les voyages « diplomatiques » de Dennis Rodman. Au mois de juin 2017, il s’est déplacé en Corée du Nord pour rencontrer Kim Jong-un, aux frais de Potcoin. À l’époque, l’attention médiatique avait dopé la valeur de la monnaie de 60 %.

VICE a discuté avec son porte-parole, Shawn Perez dans un Tim Hortons de Montréal. Il se définit comme un investisseur et un membre de la communauté Potcoin. Il refuse de divulguer l’entente avec Dennis Rodman ni de dire si celui-ci a été payé en monnaie virtuelle.

Il avance que Potcoin n’est pas une compagnie, mais, justement, une communauté. Pourtant, selon le Registraire des entreprises du Québec, deux compagnies à numéros aux noms de Potcoin Trade et Opération Potcoin sont enregistrées, rue Bonin dans l’arrondissement de Saint-Laurent à Montréal. Les deux sociétés par actions œuvrent dans le secteur de la vente et développement de logiciels et de cryptomonnaies.

Pour Perez, le voyage de Rodman n’a rien à voir avec un coup de publicité. « On offre une alternative à la guerre entre ces deux pays, dit-il, le plus sérieusement du monde. La première fois qu’on l’a envoyé en Corée du Nord, les deux pays étaient sur le pied de guerre, à un bouton près. Je ne veux pas dire que Potcoin a sauvé la planète, mais nous avons cru à cette mission depuis le début. »

Pour le professeur en finance à l’Université McGill et président d’une compagnie de gestion d’actifs, Ken Lester, il s’agit bel et bien d’un coup d’éclat médiatique, ni plus ni moins. « C’est un coup de génie, affirme-t-il. C’est brillant. Regardez la publicité qu’ils ont reçue en payant un simple voyage. C’est du marketing “guérilla”. Toute la planète a vu ça et j’aurais aimé y penser. »

Il existe aujourd’hui des centaines de cryptomonnaies alternatives à Bitcoin. D’ailleurs, Potcoin n’est pas la seule consacrée à l’industrie du cannabis : on retrouve aussi sur le marché des titres comme Dopecoin, Hempcoin ou Cannabiscoin.

Shawn Perez soutient que sa monnaie est un refuge pour les gens de l’industrie qui ne réussissent pas à avoir la confiance des banques. Aux États-Unis, même si le cannabis est légal dans certains États, ces institutions sont de juridiction fédérale et n'acceptent pas l’argent des dispensaires et des producteurs. « Aujourd’hui, les gens peuvent mieux dormir puisqu’ils savent que leur argent n’est pas sous leur lit, il est virtuel », dit-il.

En réalité, Potcoin est une goutte d’eau dans l’univers des monnaies virtuelles. Jeudi, la valeur totale de son marché était d’environ 17 millions de dollars américains. De son côté, Bitcoin en valait 113 milliards.

« Il n’y a pas grand monde qui utilise cette cryptomonnaie pour acheter des biens, observe le fondateur de l’Académie Bitcoin et investisseur centré sur la technologie Bitcoin-blockchain Jonathan Hamel. Ces monnaies alternatives sont plus souvent utilisées à des fins spéculatives et elles n’apportent aucune espèce d’avancée technologique. Ce sont la plupart du temps des clones du code d’autres technologies. »

De plus, acheter des titres de ce type de monnaies n’est pas sans risque, puisqu’elles ne sont pas reconnues par les autorités financières, ajoute M. Hamel. « La seule qui est réellement immunisée, c’est le Bitcoin, puisqu’il n’y a pas d’émetteur connu. Sa croissance s’est faite organiquement, un peu comme l’or. Toutes les autres ont été créées avec des prix de lancement. Ça pourrait éventuellement être considéré comme une levée de capitaux qui, normalement, devrait se faire dans un cadre. Si l'entreprise est basée au Canada, elle pourrait effectivement s'exposer à des poursuites en matière de valeurs mobilières ou de taxation. »

Ceci dit, il est vrai que Dennis Rodman, malgré son caractère extravagant, a réussi où bien des chefs d’État ont échoué. Sachant que Kim Jong-un est un grand amateur de basketball, il s’est rendu, accompagné des Harlem Globetrotters, dans le royaume ermite. La mission a été immortalisée dans un documentaire de VICE.

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Pour Shawn Perez, il n’y rien de mal à ce que la vedette du basketball devienne l’ami d’un des présidents les plus controversés de l’histoire des États-Unis ou du dictateur nord-coréen. « Tout le monde déteste Donald Trump, observe-t-il. Mais il a fait quelque chose qu’aucun président n’a été capable de faire. Et personne ne veut le reconnaître. Exactement comme ce qui est arrivé à Dennis Rodman. »

Simon Coutu est sur Twitter .

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