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Extrême droite

La tension monte entre les antifas et l’extrême droite à Montréal

Le doxxing récent de Zeiger aurait mis le feu aux poudres.

par Simon Coutu
13 mai 2018, 1:11am

Photo: Simon Coutu

Ils étaient quelques dizaines samedi après-midi au métro Beaubien pour manifester contre Gabriel Sohier-Chaput, un Montréalais qui se fait appeler Zeiger dans les cercles de l’alt-right et est l’un des rédacteurs les plus prolifiques du site internet suprémaciste blanc américain Daily Stormer.

Depuis la publication la semaine dernière d’un article dans The Gazette qui révélait l’identité de Sohier-Chaput, des affiches avec son nom, sa photo et son adresse ont été placardées partout dans la ville. Le reportage de The Gazette est le fruit de recherches sur plusieurs mois de groupes antifascistes de la métropole. Ceux-ci ont d’ailleurs publié les détails de leur traque sur le site Montréal Contre-information , depuis que Zeiger a été aperçu pour une première fois dans un documentaire de VICE sur la manifestation suprématiste blanche de Charlottesville.

Les organisateurs de l’événement de samedi souhaitaient que le tout se déroule de façon festive et familiale. Les policiers étaient d’ailleurs plus nombreux que les protestataires. Et une fois devant l’appartement de Zeiger, les manifestants ont bloqué la rue calme et résidentielle où il habite. « On veut que les gens comprennent que ce genre de personne n’est pas le bienvenu dans notre quartier, dit l’organisatrice de la marche, Billie Indigo. On s’est rendus devant chez lui parce que c’est un lieu symbolique. Et de toute façon, j’ose croire qu’il n’habite plus là. »

Un des militants antifascistes qui a contribué à identifier Zeiger a expliqué à VICE les raisons pour lesquelles ils ont publié son adresse personnelle. « On ne pouvait pas accepter qu'il se cache ici dans notre ville. Le but était de lui faire peur et le faire fuir, ce qui a fonctionné. Le but est aussi d’envoyer un message clair aux autres comme lui : vous ne pourrez pas vous cacher encore longtemps. L’idée est de leur faire comprendre qu’on est prêts à aller très loin pour éliminer la menace. »

Il ajoute que son groupe continue aujourd’hui à le traquer. « Les antifascistes qui se chargent de collecter des informations sur les militants d'extrême droite n'arrêtent jamais et ce n'est pas parce qu'un d'entre eux est en fuite qu'on va le lâcher. En fait, depuis une semaine, les tuyaux anonymes rentrent par douzaines. »

Samedi, les militants antifascistes ont aussi rendu publiques les informations personnelles d’un autre individu : Philippe Gendron, un des leaders du chapitre québécois des Soldats d’Odin, une formation ultranationaliste née en Finlande qui s’oppose à l’islam et à l’immigration. Sur le prospectus distribué durant la manifestation et affiché dans les rues, on y lit son adresse et le nom de son employeur.

Celui-ci a lui-même été attaqué par un groupe antifasciste, il y a quelques semaines. Gendron ne connaissait pas personnellement Zeiger, mais il avance qu’il n’est pas totalement fermé à son discours. « Les alt-right sont un peu plus radicaux que nous, dit-il. Ses idées m’interpellent, mais je ne connais pas complètement sa plateforme. »

Des contre-manifestants venus appuyer Philippe Gendron, un des leaders du chapitre québécois des Soldats d’Odin. (Photo: Simon Coutu)

Il s’inquiète aujourd’hui que les antifas publient des adresses personnelles. « Ce sont des groupes qui font leur propre justice, dit-il. Je me suis fait battre récemment. Maintenant, je reçois des menaces de mort. C’est clair que je ne me sens pas en sécurité dans mon quartier. Je ne sais pas encore si je vais déménager, mais c’est clair que je ne me laisserai pas intimider. »

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Questionnée à savoir pourquoi la présence policière était aussi importante aujourd’hui, l’agente Andrée-Anne Picard affirme que le Service de police de la Ville de Montréal ne « laisse rien au hasard compte tenu des incidents qui ont opposé les groupes antifascistes et des groupes comme les Soldats d’Odin au courant des derniers mois ».
Photo : Simon Coutu

Après s’être arrêtée devant la résidence de Gabriel Sohier-Chaput, la manifestation s’est ensuite déplacée vers le domicile de Philippe Gendron, à quelques centaines de mètres de là. Ils étaient une quinzaine de fier-à-bras des Soldats d’Odin sur place à faire le pied de grue. Robert Proulx, l’ancien responsable de la sécurité du groupe La Meute était des leurs. Certains portaient des vestes par balle.

Mais les protestataires n’ont pas pu se rendre jusqu’au domicile de Philippe Gendron puisqu’un barrage policier leur bloquait le passage. Deux heures à peine après le début de la manifestation, la foule s’est dispersée dans le quartier Rosemont.

Simon Coutu est sur Twitter .