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Marc Emery, le « prince du pot », réagit à des allégations d’agression sexuelle

Il admet « aimer toucher » et avoir fait des massages à des femmes ou à des hommes adultes à la boutique Cannabis Culture, mais rejette les accusations.

par Manisha Krishnan
17 janvier 2019, 9:27pm

Marc Emery s’adressant aux médias dans le cadre de Cannabis Culture à Montréal en 2016. Photo : Graham Hughes, La Presse canadienne

Le fondateur de Cannabis Culture, Marc Emery, a rédigé un message sur Facebook mercredi soir, en réponse aux accusations de harcèlement et d’agression sexuelle contre lui.

Dans une série de messages publiés sur Twitter la semaine dernière, Deidre Olsen, qui avait refusé un emploi chez Cannabis Culture, l’accuse d'avoir harcelé, agressé et exploité « des adolescentes et des jeunes femmes vulnérables ».

L’homme d’affaires de 60 ans a assuré qu'il n'avait jamais blessé ou agressé sexuellement qui que ce soit, et qu’il n’avait jamais eu de relation sexuelle avec une personne de moins de 19 ans. Par contre, il admet « aimer toucher » et avoir fait des massages à des femmes ou à des hommes adultes à la boutique Cannabis Culture et au Vapor Lounge à Vancouver.

Deidre Olsen, aujourd’hui journaliste indépendante (ayant déjà collaboré avec VICE, NDLR), affirme qu'Emery avait créé un « environnement de travail toxique » dans les années 2000 en contraignant des adolescentes qu’il avait embauchées à « endurer son harcèlement sexuel non désiré ».

Dans ses allégations, elle ajoute qu'il tenait des propos de nature sexuelle devant le personnel et organisait des soirées au cours desquelles des adolescentes et des jeunes femmes étaient encouragées à consommer de la drogue. Elle a également mis en ligne des captures d'écran montrant des messages de femmes qui seraient d'anciennes employées de Cannabis Culture – leur identité n’est pas révélée – parlant de conversations sur le sexe anal et d’attouchements.

Dans une enquête publiée aujourd'hui, le HuffPost Canada affirme avoir parlé à sept personnes qui ont soit été témoins ou ont subi des attouchements non désirés et des commentaires de nature sexuelle entre les années 2005 et 2017.

Marc Emery a expliqué qu'il lui arrivait en effet de parler de sexe et qu’il a aussi déjà écrit sur le sexe. Il se dit à l'aise de fumer du cannabis avec des personnes de 17 ans, mais assure n’avoir jamais fourni de drogue à quiconque.

Il dit que sa femme, Jodie Emery, 34 ans, était embarrassée par ses remarques, ses sous-entendus et ses histoires obscènes à voix haute, qu’elle lui avait demandé de quitter Cannabis Culture en raison de son comportement, et qu’ils sont séparés depuis plus d’un an.

Il donne aussi son point de vue sur les remarques sur le sexe anal qu’il a faites dans un forum de Cannabis Culture en 2005. Il avait notamment écrit : « C’est rien si une femme est pas à l’aise, nerveuse ou hésitante quand vous voulez la pénétrer par son joli petit trou de balle. Une fois que vous êtes passé à l’action, il est trop tard pour les hésitations. » Dans la foulée, il a recommandé aux lecteurs de ne pas laisser les plaintes d’une femme les dissuader. « Toutes les femmes se plaignent et hurlent et crient ou manifestent une sorte de résistance psychique, mais ce sera vaincu. »

Selon lui, il s’agissait de commentaires « pince-sans-rire ». « Je suppose que je parle à des personnes en couple, donc le consentement est présumé, se justifie-t-il. Ce n'est pas comme ça qu’on pourrait l’interpréter aujourd'hui, peut-être. »

Dans son message d’hier soir sur Facebook, il fait également référence à une photo d’un groupe de filles, de dos, qu’il avait publiée sur Instagram en 2014 avec la légende : « Un groupe d'adolescentes avec leurs belles jambes ». Dans un commentaire à propos de la photo, il parle de « l’indéniable attractivité de la beauté des adolescentes ».

Il ajoute que sa femme lui avait demandé de la retirer, mais qu’il avait refusé de le faire, par entêtement.

« Je me sens très, très minable à l'intérieur. Ma merveilleuse meilleure amie a le cœur brisé parce que je lui fais subir cette terrible épreuve, et elle est tellement innocente », poursuit Emery sur Facebook. « Il est possible que d’autres histoires choquantes au sujet de mes comportements surgissent. »

Marc Emery a fondé le magazine Cannabis Culture en 1995 et plus tard une chaîne de dispensaires du même nom. Beaucoup le surnomment le « prince de pot » en raison de son activisme en faveur du cannabis – il a passé cinq ans dans une prison fédérale américaine pour vente de semences – mais il n’a plus le statut qu’il avait depuis que Jodie Emery est devenue le visage de la compagnie.

Le couple a été reconnu coupable de trafic de drogue en 2017 pour avoir exploité des dispensaires illégaux. Les trois derniers dispensaires de Cannabis Culture encore ouvert à Vancouver seront dans les prochaines semaines fermés par la Ville.

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Jodie Emery n’avait pas répondu à notre demande d’entrevue au moment de la publication de cet article. Mardi, elle avait écrit sur Twitter que les employés de Cannabis Culture avaient suivi une formation en soins en santé mentale. « Des centaines de personnes se tournent vers CC [Cannabis Culture] pour faire partie d’une communauté et obtenir du soutien. »

Des photos récentes sur Instagram montrent qu’Emery est actuellement en Argentine. Il doit prendre la parole dans le cadre d'une conférence sur le cannabis à Buenos Aires au début du mois de février.

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