environnement

Les étudiants déçus de leur rencontre avec le ministre de l'Environnement

« Le ratio de parole entre lui et nous, ç'a été du 70-30. »

par Marie Boule
23 mars 2019, 4:03pm

Louis Couillard, Léa Ilardo et Andréane Moreau. Photo par Marie Boule

Alignés sous la pluie derrière les vitres du Pavillon Kennedy de la Faculté des sciences de l’UQAM, les élèves du secondaire crient des slogans et brandissent leurs pancartes. L'Université a refusé qu’ils entrent au point de presse, mais ils sont restés pour soutenir les cinq étudiants du collectif La Planète s’invite à l’université qui sortent de leur rencontre avec le ministre de l’Environnement, Benoit Charette.

Les demandes des étudiants sont claires depuis le début de leur mouvement : établir un programme d’éducation et de sensibilisation à la crise climatique; réduire de 50 % les émissions mondiales de CO2 d’ici 2030, et agir en transparence en retirant les investissements dans les énergies fossiles.

Léa Ilardo et Louis Couillard, les co-porte-parole du collectif, Andréane Moreau de l’Université Laval à Québec, Simon Dubois, représentant de l’Université de Sherbrooke, et William Desmarais du Cégep du Vieux-Montréal arrivent devant les micros. La rencontre a duré près de deux heures. Et ils sont déçus.

« On nous dit que les plans vont venir dans le futur, on nous dit que les projets à venir sont verts, on nous dit qu’on aura l’accord des nations autochtones. Bref, on nous dit la même chose désuète qu’on nous répète depuis des années », dit Louis Couillard. « Nous, en tant que Québécois, méritons mieux, méritons plus. Il n’y aura pas de compromis quand on parle de nos vies, quand on parle de notre futur et de notre avenir collectif. »

« Le ministre s’est-il engagé de façon précise? » demande un journaliste.

« On sait seulement qu’un plan est en développement pour 2020-2030 qui compte respecter l'Accord de Paris, mais aujourd’hui, nos revendications sont urgentes. Le GIEC demande une réduction de 50 % des émissions en 2030 et non 37,5 %! dit Léa Ilardo. C’est très flou, y a rien de concret. C’est “en développement” et c’est pour ça qu’on n’est pas satisfaits. »

« Nous, le budget, on l’a décortiqué toute la nuit, poursuit-elle. Il est vide au niveau de l’environnement, vide au niveau de la lutte aux changements climatiques. Le dialogue est ouvert, le ministre propose de nous revoir, de consulter la population, mais voilà, ça reste très flou. »

C’est à ce moment précis que le ministre arrive, « juste pour prendre une photo » précise son équipe. Les caméras et les micros se tournent vers lui. Les étudiants se placent à ses côtés. Le malaise est palpable. Ils n’échangent pas un mot et sourient à peine.

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De gauche à droite : William Desmarais, Benoit Charette, Louis Couillard, Léa Ilardo, Andréane Moreau et Simon Dubois. Photo : Marie Boule

« On a passé près de deux heures ensemble. On s’est partagé des propositions, et le but c’est de convenir d’actions qui vont reposer effectivement sur la science, donc très belle rencontre », conclut Benoit Charette avant de quitter rapidement la salle.

« Qu’est-ce que vous pensez du fait de prendre une photo, après ce que vous avez dit ? » demande-t-on aux représentants. « C’est quand même un peu paradoxal de voir qu’on prend une photo devant les manifestants, comme ça, dehors », répond Simon Dubois.

« Ça montre qu’on n’est pas fermés au dialogue, dit Léa Ilardo. On veut que des mesures soient prises, mais la pression sera toujours là, et elle est là, on la voit sur la photo. On ne peut pas dire que tout est noir. C’est lui qui nous a proposé de nous rencontrer. Le canal est ouvert, mais, pour nous, on ne se laissera pas amadouer par une première rencontre. C’est de réels engagements qu’on attend. Je pense qu’on est tous prêts ici, toute la société québécoise est prête. On attend bien plus, et je pense qu’il le sait. »

« Oui, on a un canal de communication, mais est-ce qu’il y a une écoute ? C’est ce qu’on va voir dans les prochains mois », dit William Desmarais.

« Est-ce que vous avez l’impression qu’il y a eu une écoute aujourd’hui ? » demande VICE. « Non. Pas à la hauteur de nos attentes », répond Simon Dubois.

« Je pense que le ratio de parole entre lui et nous, ç'a été du 70-30 peut-être, souligne Léa Ilardo. Il nous a emmenés sur des sujets très complexes qui montraient que la CAQ agissait énormément pour l’environnement. C’était parfois long, on n’avait pas le temps d’apporter nous nos points. »

« On lui a parlé de nos angoisses, mais il n’avait pas une sensibilité nécessairement si développée, dit William Desmarais. On lui disait par exemple que les 150 000 personnes dans les rues, ça démontre cette anxiété-là. On lui a même montré une photo, mais il a pas été particulièrement ébranlé. »

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« On nous dit que l’environnement est un sujet parmi d’autres, mais non, en fait, si on n’a pas de planète, on n’a pas de sujets, conclut Léa Ilardo. En fait, on a un sens des priorités qui n’est peut-être pas le même chez nous que chez le ministre de l’Environnement et le premier ministre. »

Après la rencontre avec le ministre, le collectif La Planète s'invite à l'université a annoncé que les étudiants se joindront désormais aux élèves du secondaire du collectif Pour le futur Montréal. « Les étudiants ne veulent plus laisser les jeunes, qui marchent chaque vendredi pour le climat, porter seuls le poids de l’urgence », explique le collectif. Ils appellent à la grève, et manifesteront tous les vendredis aux côtés des élèves du secondaire.

Marie Boule est sur Twitter.

Correction : Une première version de ce texte avait attribué une citation de Simon Dubois à William Desmarais, et vice versa.