Toutes les photos sont une courtoisie du groupe, sauf mention contraire.

Pour Men I Trust, le succès instantané est un mythe

Malgré son rayonnement à l’international, Men I Trust n’a pas encore les faveurs du grand public québécois. Un mal pour un bien pour ce groupe qui veut avant tout garder la tête sur les épaules.

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nov. 21 2017, 8:00pm

Toutes les photos sont une courtoisie du groupe, sauf mention contraire.

Le trio électro-pop de Québec dont les chansons dépassent les millions d’écoutes sur les plateformes de streaming se distingue par son approche DIY de la création à la mise en marché de sa musique. Alors que le groupe a fait une tournée en Chine et joué à Osheaga, portrait d’un band qui ne veut pas brûler les étapes dans son chemin vers le succès.

Pour se rendre compte de la hype qu’il y a autour de Men I Trust (MIT), il suffit de lire les commentaires sur chacune de leurs vidéos YouTube. Mélange d’amour, de passion et parfois même d’hystérie, l’engouement autour de leur musique fait l’unanimité. « C’est assez fou quand même quand tu y penses : on reçoit des messages de fans du monde entier. Il y a même certaines personnes qui nous proposent de nous héberger chez eux pour qu’on vienne jouer dans leur ville! Parfois, il y a des messages un peu glauque comme ceux qui se prennent d’une admiration intense pour les personnages féminins de nos clips, mais ça reste tout de même très rare », raconte Dragos Chiriac, cofondateur du band.

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Men I Trust a été fondé en 2014 par le bassiste Jessy Caron et le touche-à-tout Dragos Chiriac, amis depuis le secondaire. Ils ont été rejoints par la suite par la chanteuse et guitariste Emmanuelle Proulx. « On fait de la musique électronique plutôt chill avec des influences disco et funk. Il y a également un côté french touch et italo-disco. Avec Jessy, on écoutait beaucoup de Giorgio Moroder, on adore sa trame sonore pour le film Cat People. On est influencés par tous les groupes satellites à Daft Punk et au label Ed Banger : Sebastien Tellier, Breakbot, Justice. La musique de Jamiroquai est aussi une grande source d’inspiration pour nous. La plupart de leurs chansons sont très dansantes, alors que c’est très tough à faire comme style. J’imagine que c’est pour ça qu’on a quelques chansons groovy comme Morse Code qu’on a fait avec Geoffroy. »

Un style hybride qui brouille les frontières de différents genres musicaux. Ce qui est clair, c’est que leur musique fait parler non pas parce qu’elle est polémique, mais en raison des bonnes vibrations qu’elle dégage. « Il y a toujours des valeurs positives dans nos paroles, c’est pour ça que ça rejoint le monde, j’ai l’impression », explique Dragos. « On a tous écouté de la musique autodestructrice lorsqu’on était adolescents, mais on est fiers d’être adultes et de faire de la musique très émotive qu’on trouve belle et qui nous émeut sans qu’elle soit liée à des pulsions négatives », ajoute Emmanuelle.

Une énergie positive contagieuse qui les a conduit à faire une première tournée en Chine il y a un an presque jour pour jour : « C’était notre première tournée à l’étranger, et elle a eu lieu parce qu’on a tapé dans l’œil de la directrice du Festival d’art du Québec en Chine. Grâce à elle, on a fait cinq shows entre Shenzhen, Beijing et Shanghai. C’était un peu irréel, cette tournée, le monde connaissait nos paroles par cœur. Il y a un spectacle où il y a des gens qui ont fait une heure de file pour avoir des autographes! On s’est même fait voler notre set list comme si c’était un artefact », raconte Dragos. « Tout le monde savait ce qui se passait sauf nous! Les gens étaient extrêmement enthousiastes, on aurait dit des concerts de Michael Jackson dans les années 90. C’est clairement un de nos meilleurs souvenirs de band », complète Emmanuelle.

Une tournée qui leur a donné un avant-goût de ce à quoi pourrait ressembler leur succès dans un futur proche. En effet, la prochaine étape pour Men I Trust, c’est une tournée aux États-Unis en 2018. « On n’est jamais allés jouer là-bas et, franchement, il était temps parce que c’est là où se trouve la grande majorité de nos écoutes, c’est vraiment de loin le pays numéro un toutes plateformes confondues. On est écoutés énormément à New York et en Californie. On commence le tour dès cet hiver, et dire qu’on a hâte est un euphémisme. L’année prochaine, nous allons beaucoup voyager grâce à notre musique », indique Dragos.

Crédit photo: Olivia Lagacé

Malgré tout, MIT ne semble pas pressé que son succès éclate aux yeux de tous. « Le succès instantané n’existe pas, affirme Dragos. Si tu prends l’exemple du pianiste Glenn Gould, il a été découvert à 18 ans par Columbia et tout le monde croit que c’est un succès instantané, alors qu’il a eu une énorme carrière de 8 à 18 ans. C’est juste une question de temps et de travail. Dans un certain sens, je trouve ça bien que le succès vienne tard, ça te permet d’avoir davantage la tête sur les épaules. Pour la santé mentale, c’est vraiment mieux. Chaque chose en son temps. »

Puis viendra le temps de l’album qu’ils vont autoproduire de A à Z parce que Men I Trust, c’est aussi l’école du DIY. « On fait tout de manière indépendante : le mixage, le mastering et les vidéoclips, c’est une grande fierté pour nous. On a un contrôle total sur notre musique ainsi que notre image et ça donne un côté beaucoup plus intime », raconte Emma. Après avoir sorti deux albums en 2014 et 2015 (Men I Trust et Headroom), leur prochain long format est prévu pour mai 2018.

Un nouvel album qui devrait être synonyme de consécration grand public. « On sent qu’on y est presque en termes de renommée internationale, mais il faut encore être patients. Ce qu’on souhaite surtout, c’est de pouvoir vivre complètement de notre musique. On ne cherche pas la popularité, mais plutôt le succès, c’est différent. Une des choses les plus importantes à nos yeux est d’avoir l’approbation de nos pairs. De toute façon, tant qu’Elon Musk n’aura pas partagé notre musique, on n’aura jamais vraiment réussi! »

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