vie privée

Supprimez toutes vos applications

Ce n’est pas que Facebook : les boutiques Android et iOS ont favorisé un marché dans lequel on fait de l’argent avec des applications gratuites en vendant vos données personnelles et votre historique de localisation aux annonceurs.
14 décembre 2018, 5:44pm
Supprimez Facebook
Image: Shutterstock

L'article original a été publié sur Motherboard.

Le New York Times a publié cette semaine un article horrifiant : le quotidien a analysé une immense base de données de localisation « anonymisées » d’un vendeur, a « déanonymisées » les données et a ainsi pu suivre à la trace des gens dans leur vie quotidienne, voyant entre autres leurs arrêts à des endroits comme leur maison, leur bureau ou la clinique de santé reproductive.

L’article révèle que ce que des personnes inquiètes pour leur vie privée soupçonnent depuis des années est réel : les applications mobiles enregistrent vos déplacements. Il a été dit et répété que les données ne sont recueillies que collectivement, mais nos habitudes restent si uniques que l’anonymisation des données n’est pas irréversible. On peut s’en servir pour suivre individuellement chaque personne.

En plus des résultats de l’enquête, le New York Times a publié un guide pour restreindre l’accès aux données de localisation des applications. C’est plus facile sur iOS que sur Android, mais tout le monde devrait le faire. La leçon principale, je pense, ce n’est toutefois pas juste que l’on doit être plus attentifs à nos paramètres touchant à la localisation, mais que l’on doit être beaucoup plus restrictif en ce qui a trait aux applications que l’on installe sur notre téléphone.

Partout où l’on va, on a sur soi un appareil qui est équipé non seulement d’une puce GPS conçue pour enregistrer nos déplacements, mais aussi d’une connexion à internet et au réseau LTE de façon à pouvoir transmettre ces données à des tierces parties, dont beaucoup les monétisent. Il est possible d’obtenir les données de localisation à partir des tours du réseau cellulaire auxquelles se connecte un téléphone intelligent, et la meilleure façon de garantir la confidentialité de nos déplacements est d’avoir un téléphone cellulaire sans fonction GPS, un iPod Touch, ou de n’en avoir aucun. Comme, pour la plupart des gens, le téléphone intelligent est trop pratique, je pense qu’il vaut la peine de prendre le temps se pencher sur les applications que nous avons installées sur notre téléphone et leur valeur — autant pour nous que pour les compagnies qui les développent.

Une bonne question à se poser serait celle-ci : pourquoi cette application existe-t-elle?

Les décisions d’Apple, de Google et des développeurs prises à l’avènement du téléphone intelligent continuent de nous hanter une décennie plus tard. En bref, nous avons été amenés à dépenser des centaines de dollars pour un téléphone, mais nous refusons de payer 0,99 $ pour une application. Notre refus de payer pour des applications a entraîné un immense coût social. Le développement des applications même les plus idiotes a un prix, et l’immense majorité des applications gratuites n’ont pas des visées altruistes : elles sont développées pour rapporter de l’argent, en général en recueillant et en vendant des données personnelles.

Une bonne question à se poser serait celle-ci : pourquoi cette application existe-t-elle? Si elle existe parce que le développeur a prévu d’en tirer profit si nous l’achetons ou en s’abonnant à un service que nous payons, il est plus probable qu’il ne soit pas nécessaire pour le développeur de recueillir et vendre nos données personnelles. Si une application est gratuite dans l’unique but d’avoir le plus grand nombre possible d’utilisateurs, il y a fort à parier que les revenus de son développeur proviennent de la vente de vos données à des annonceurs.

Le New York Times a précisé que beaucoup des données utilisées dans son enquête ont été obtenues au moyen d’applications gratuites de météo et de résultats sportifs dont les développeurs vendent les données recueillies. Des centaines d’autres applications et jeux gratuits demandent la permission d’accéder à nos données personnelles non pas pour leur fonctionnement, mais seulement pour les monétiser.

La monétisation de l’utilisateur est devenue le modèle d’affaires dominant sur les téléphones intelligents.

Facebook (avec son application principale, mais aussi Messenger ou Instagram) recueille une multitude de données sur vous à partir de votre utilisation de l’application, mais également à partir de ce que vous faites avec votre téléphone. Facebook a fait des pieds et des mains pour cacher le fait que son application sur Android enregistrait votre historique d’appels. Et Android lui-même est un écosystème servant à recueillir des données d’utilisateurs pour Google. À moins d’aimer lire la politique de confidentialité de plusieurs dizaines de pages de toutes les applications que vous téléchargez, qui sait quelles données les applications de nouvelles, de podcasts, de compagnie aérienne, d’achat de billets, de voyage ou de réseau social recueillent et vendent?

Et le problème s’aggrave. Facebook a rendu gratuite WhatsApp, une application qui était rentable en exigeant seulement un dollar par année aux utilisateurs, parce que la compagnie croyait pouvoir faire plus d’argent avec son modèle d’affaires basé sur les revenus publicitaires.

La monétisation de l’utilisateur est devenue le modèle d’affaires dominant sur les téléphones intelligents, et c’est seulement en accordant une attention obsessive aux accès accordés aux applications et en privilégiant des applications payantes que l’on peut partiellement s’en soustraire. Si ce n’est pas suffisant, votre seule option consiste à vous débarrasser carrément de votre téléphone intelligent ou à passer en revue les applications que vous avez installées et à prendre les décisions qui s’imposent.

Il est peut-être temps de supprimer toutes celles dont on ne se sert plus ou qui ne sont à peu près rien de plus qu’un site web formaté. En général, bien que ce soit moins pratique, il est plus sécuritaire d’accéder à ce que vous voulez avec un navigateur. En fait, il est peut-être même temps de supprimer toutes les applications et de recommencer à neuf, en ne téléchargeant que les applications de développeurs qui respectent la vie privée et dont le modèle d’affaires ne consiste pas à monétiser vos données.

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