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La première fois que j’ai vendu une culotte souillée de pipi

Combien de gouttes de pipi pour donner une érection à un Allemand?

par Mélodie Nelson
13 janvier 2017, 8:54pm

Photo : Jerzy Durczak/Flickr

J'avais dépensé mes derniers dollars pour un cheeseburger et des rondelles d'oignons du Miami Deli. Je les avais mangés devant un épisode de Nip/Tuck, déprimée parce que j'étais chez mon amant depuis une semaine, à arroser ses plantes et à nourrir ses perruches pendant qu'il était en France, à parler de moi et à le regretter après.

Le restaurant Miami Deli dans toute sa splendeur

Photo : Miami Deli

Un sugar daddy la veille de mon anniversaire

Survolant la section pour adultes de Craigslist (ça existait avant que tout le monde accuse faussement Craigslist d'encourager le trafic humain), j'avais sélectionné un mec qui souhaitait photographier des chattes, chez lui, près du Château Entrepôt.

Il m'avait donné un savon pour que je me nettoie. Je m'étais assise dans un fauteuil en cuir, alors qu'il m'expliquait qu'il avait une petite queue et une mère indienne, en visite, qui dormait à l'étage. Il avait pris une photo et je n'avais même pas senti son souffle contre mon sexe. Il m'avait ramenée au métro Namur et remis 100 $ en billet de 20. Il avait aussi proposé de me payer un appartement et je m'en veux par moments de ne pas avoir accepté qu'il devienne mon sugar daddy.

Une petite culotte à offrir en cadeau

Le lendemain, c'était mon anniversaire. J'avais prévu dépenser tout l'argent du photographe amateur de chattes en livres, au Chapters devenu par la suite une immense boutique de Victoria's Secret. J'avais aussi pris rendez-vous avec un Allemand en voyage d'affaires à Montréal. Il voulait une petite culotte souillée d'urine.

J'avais regardé chacune des petites culottes que j'avais apportées chez mon amant, sans savoir laquelle plairait le plus à mon client. J'avais choisi une rouge, parce que c'était cliché, tout le monde trouve ça cochon ou vulgaire, les petites culottes rouges. Je l'avais commandée sur un site de magasinage en ligne que j'avais connu grâce à une publicité dans une revue à potins américaine. Elle m'avait coûté 4 $. Je demandais 60 $ pour l'échange. Je réussissais à me trouver très femme d'affaires et à m'imaginer bientôt tous les jours dans une tenue à la Cher dans les Collégiennes de Beverly Hills : un tailleur de couleur pour avoir l'air d'une jeune femme occupée et presque digne.

Combien de gouttes de pipi pour donner une érection à un Allemand?

Un détail me stressait : je donnerais ma petite culotte à mon acheteur au centre-ville, au coin du Chapters, et je ne savais pas dans quoi cacher ma lingerie. Je ne pouvais pas la mettre dans une enveloppe. Dans une boîte à motifs de fleurs du Dollorama? Finalement, j'étais fière de ma trouvaille. J'avais gardé un sac satiné dans lequel se trouvaient des pasties (en forme d'étoiles – je m'imaginais autant femme d'affaires que future star du burlesque à l'époque) et c'était parfait pour contenir une petite culotte.

Dans la salle de bains de mon amant, j'avais tenté de faire pipi juste un peu, juste assez pour que ma culotte sente l'urine et la chatte. Je m'étais plaqué le visage contre ma culotte, espérant que ce n'était pas trop mouillé, ou pas assez cochon pour mon acheteur. Combien de gouttes de pipi étaient nécessaires pour donner une érection à un Allemand en voyage d'affaires?

Un échange touristique cochon

Au Chapters, j'avais répondu à l'appel de ma maman qui me souhaitait un joyeux anniversaire et à celui d'un journaliste qui m'avait interrogé sur l'échangisme (je lui ai parlé des pistes de danse de certains clubs échangistes). Après avoir acheté des livres sur un chien mourant et un livre d'épanouissement personnel ( Kiss My Tiara: How to Rule the World as a SmartMouth Goddess), je me suis retrouvée assise sur le trottoir, à attendre que mon client se manifeste. Je regardais mon flip phone rose à tout moment, puis il m'a téléphoné et m'a annoncé qu'il approchait. J'ai dit que j'avais un manteau rouge et il m'a saluée.

Devant lui je ne savais plus trop quoi faire. L'embrasser sur les joues et lui répéter mon prénom? Je lui ai simplement tendu le sac, en balbutiant un truc très touristique sur Montréal à la « I hope you tasted la poutine! » Il m'a remis l'argent et est parti.

Chez mon amant, je suis allée voir mes courriels, pour savoir si l'acheteur m'avait déjà écrit pour me dire que ma petite culotte était parfaite ou qu'elle était trop mouillée pour ne pas être dégoûtante. Je n'avais rien. Je me suis changée et je suis allée rejoindre l'homme que je trompais avec mon amant, pour un souper d'anniversaire dans un restaurant portugais.

J'avais laissé l'évier sale, avec des traces de tisane à la queue de cerise et les papiers graisseux qui avaient recouvert mon cheeseburger et mes rondelles d'oignons du Miami Deli, sans savoir que mon amant reviendrait plus rapidement que prévu, devinant que je n'avais plus envie d'être sage et enfermée chez lui.

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