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Les vieilles personnes partagent plus de fausses nouvelles sur Facebook

Grand-maman, lâche le iPad. Lâche. J’ai dit LÂCHE LE IPAD.

par Justine de l'Église
10 janvier 2019, 10:46pm

Crédit photo : Westend61 via Gettyimages

Si vous voulez vraiment savoir qui partage des fausses nouvelles sur Facebook, il ne faut pas regarder du côté du niveau d’éducation ou du revenu. Plus que tout autre facteur, c’est l’âge qui semble lié au partage d’articles trompeurs. D’après une étude publiée mercredi dans Science Advance, ce sont les personnes âgées qui tombent le plus souvent dans le piège.

Les experts en sont encore à se questionner sur le rôle qu’ont joué les fake news dans l’élection de Trump; certains chercheurs pensent que les fausses nouvelles pourraient avoir grandement influencé l’élection, tandis que d’autres ont des réserves quant à un impact très déterminant.

Si la question fait toujours débat, des chercheurs de l’Université de New York et de Princeton remarquent qu’on en sait encore moins sur la manière dont les fausses informations sont relayées en ligne. C’est pourquoi ils ont tenté de brosser le portrait de ceux qui les partagent sur Facebook. Pour ce faire, dans les mois qui ont précédé et suivi l’élection présidentielle américaine de 2016, ils ont sondé 3500 personnes, et 1300 d’entre elles ont consenti à partager leurs données d'utilisation du réseau social.

Il en ressort d’abord que, bien qu’on en parle énormément, le partage de fausses nouvelles semble assez rare. Les chercheurs ont relevé que seulement 8,5 % des participants avaient partagé des fake news à leurs amis.

Les fakes news ont un âge, et il est avancé

Les 65 ans sont ceux qui partagent le plus de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux : 11 % d’entre eux l’avaient fait. On estime qu’ils en ont partagé sept fois plus que les jeunes de 18 à 29 ans.

L’âge est le facteur le plus déterminant, d’après les analyses. Le sexe, l’origine, l’éducation et le revenu n’avaient aucune incidence sur le fait de partager des fausses nouvelles.

Les chercheurs avancent deux hypothèses pour expliquer cette tendance chez les personnes âgées. D’abord, il est possible que, passé la soixantaine, les Américains manquent de connaissances numériques pour déterminer la fiabilité d’une source d’information, et qu’ils se fient plutôt à leur entourage.

Ensuite, il se pourrait qu’il s’agisse d’un effet du déclin de la mémoire chez les personnes âgées, qui les rendrait plus influençables aux « illusions de vérité », plus enclines à croire ce qui conforte leurs convictions ou leurs préjugés. Des recherches supplémentaires seraient nécessaires pour mieux comprendre le phénomène.

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On note aussi une certaine corrélation entre le partage de fake news et l’idéologie et les allégeances politiques. Les fausses nouvelles ont été partagées plus souvent par les républicains (18 %) que les démocrates (4 %). C’était plus souvent les personnes qui se disent « conservatrices » et surtout les « très conservatrices » qui ont partagé des fausses nouvelles.

Mais les chercheurs restent nuancés. Ils soulignent que, durant l’élection, le bassin de fausses nouvelles pro-Trump était énorme, et qu’en conséquence, on pourrait s’attendre à ce que les plus conservateurs partagent de tels articles. Les données ne reflètent donc pas forcément une tendance propre aux républicains ou aux conservateurs.

Bref, si vous avez acheté un iPad à votre grand-mère pour Noël, songez à lui enseigner les rudiments de l’information en ligne. Ou à changer discrètement ses réglages de publication Facebook pour « only me ».