Arthur Comeau, l’Acadien du futur

Dans les Maritimes, il n’y a personne qui fait de la musique comme l’ex-membre de Radio Radio.

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août 10 2018, 7:22pm

Photo par Tristan Macalpine 

Arthur Comeau incarne le touche-à-tout du courant musical moderne acadien. Il a fait les beaux jours de la scène hip-hop, d’abord en tant que beatmaker avec Radio Radio, son groupe qu’il finira par quitter pour repartir vivre en Nouvelle-Écosse et mener à bien ses projets solos, puis avec la création de son label et studio Tide School, une école à contre-courant de l’industrie.

Adolescent, il animait déjà à la radio CIFA, la seule radio francophone à Clare en Nouvelle-Écosse. « J’ai toujours été leader, making my own way. Plus jeune, ma main thing, c’était la techno. Pour mes learning years, j’étais dans un label à Montréal appelé Epsilonlab. J’ai sorti quelques releases avec eux qui sont encore disponibles online, c’était le début des netlabels », explique Arthur Comeau, que VICE a rencontré en marge de son concert aux Francos de Montréal.

Il forme son premier band, Radio Radio, avec ses acolytes Jacobus et Maleco, qui devient le groupe phare du genre. S'ensuivent avec eux des années de travail qu’il qualifie de good times : « J’ai tourné au Québec pendant sept années consécutives, sans arrêter. » Le rythme effréné de Radio Radio et le manque de temps pour peaufiner ses autres projets l’incite à quitter le groupe en 2014. Arthur retourne vivre à Meteghan, sa ville natale, où le cadre de vie est plus propice à l’inspiration.

La même année, la maison de disque québécoise P572 signe avec l’Acadien deux albums solos : ¾, au son méditatif inspiré des vagues, sur lequel collaborent quelques invités tels que Karim Ouellet, Anita Alvarez de Toledo, Georgette Leblanc, Lookens au chant et Frantz-Lee Léonard, Mamoru Kobayakawa et Renji Condoré à la musique.

En 2015, il remet ça avec Prospare , dans lequel il célèbre ses origines acadiennes. Il fonde au même moment Tide School, à la fois une maison de production, un studio et un label. « J’avais frappé un cap, c’était le temps d’ expander. Meteghan, we’re just swimming in life. Je veux développer le potentiel là-bas en gardant une perspective cosmopolite. »

Marée formatrice

Le concept de Tide School a commencé indirectement avec l’artiste Pierre Kwenders. « C’était un précédent au label, un peu l’équivalent de ce qu’on fait maintenant. Il est venu en Nouvelle-Écosse, on a fait plein de tracks, c’était l’idée de produire un artiste out of the blue, quelqu’un qui n’est pas nécessairement dans l’industrie. Pierre, c’est quelqu’un d’unique, je lui ai juste donné de la place pour laisser sa créativité aller. »

Photo par Tristan Macalpine

Il assurera d’ailleurs la réalisation (sous le pseudonyme Nom De Plume) des EP Whiskey and Tea, sur lequel se retrouve le morceau à succès Mardi Gras avec Jacobus et African Dream.

Avec Tide School, le beatmaker accueille de nouveaux talents tels que le producteur Jonah MeltWave ou Young Corleone, Denzel Subban et plusieurs autres, dans une « maison où chaque artiste est un entrepreneur individuel à qui je fournis le matériel pour travailler. »

C’est à cette même période qu’Arthur se rapproche de La Nouvelle-Orléans. Il aura l’occasion de travailler avec des artistes comme Zachary Richard, un Acadien de la culture francophone en Louisiane. « Il y a une vibe, même moi quand je joue là-bas ça sonne différent. Il y a un héritage de la musique traditionnelle acoustique qu’ils respectent. »

Bien entouré

Son dernier projet, Comté de Clare, qui fusionne électro et musique traditionnelle néo-écossaise, se produira au mois d’août en France au Festival Interceltique de Lorient. « J’ai découvert le violon celtique de chez nous, je suis DJ dans le groupe, Daniel fait du violon et Jean-Pascal joue de la basse. On est tous dans la music business depuis longtemps, c’est une renaissance pour nous. Eux ont toujours voulu faire quelque chose de plus techno et moi de plus traditionnel. » Il compte profiter de sa présence en France pour tourner le vidéoclip de sa chanson Brest, issue de son dernier album solo Lagniappe, sorti sous son label Tide School Records.

Pour son passage aux Francos, il a invité deux de ses poulains, à qui il fait profiter ses contacts dans l’industrie, à monter sur scène à ses côtés : Biff Daddy et Emerson. Au passage, ce dernier lui demande à quelle génération de rappeur Arthur s’identifie : « Je dirais que je suis dans l'évolution du temps, je me retrouve soudainement faisant partie de toutes les générations. Chaque année, j'accompagne des artistes vraiment talentueux, anciens comme nouveaux. Le passé, le présent, le futur. »

Arthur Comeau et Biff Daddy. Photo par Emerson

Cette notion d’avenir le qualifie plutôt bien : « Je suis quelqu’un qui vit dans le futur, c’est un défaut aussi parce que j’ai de la misère à tuner dans le moment [...] je ne reste pas assez longtemps pour avoir la notoriété, je suis déjà passé à autre chose. L’industrie me voit comme un broche à foin, quelque chose d’à peu près fini. Moi, je viens du monde digital, du travail en continu [...] on lance des choses, si ça prend, ça prend! Il n’y a plus ce concept de “on sort un projet que quand il est fini”. »

Reconnu ou non et toujours la tête tournée vers l’un de ses nombreux projets, Arthur Comeau est sans conteste l’artiste le plus actif de la scène acadienne.

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