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Extrême droite

Un groupe d’extrême droite européen fait du recrutement sur les campus canadiens

Génération Identitaire, qui milite pour maintenir les migrants hors de l’Europe veut accentuer sa présence canadienne.

par Brigitte Noël
13 septembre 2017, 4:02pm

Crédit photo : Marianna Reis

Des affiches et des brochures du groupe d'extrême droite Génération Identitaire sont apparues dans au moins cinq campus canadiens cette semaine, donnant lieu une fois de plus à un débat opposant le discours haineux et la liberté d'expression.

Dès le lendemain, des étudiants et des employés auraient enlevé la plupart des affiches, des messages en noir et blanc les exhortant à « défendre leurs libertés ».

« Notre campus n'est pas à l'abri des discours haineux, écrit Connor Spencer, un dirigeant de l'Association étudiante de l'Université McGill, dans un courriel à VICE. On doit rester vigilants pour s'assurer que ces affiches – qui la plupart du temps ne sont pas placardées par des étudiants – soient retirées. »

À Ottawa, les associations étudiantes de premier et deuxième cycle de l'Université de Carleton ont publié une déclaration commune dénonçant la campagne. « Le groupe derrière les affiches fait la promotion d'attitudes péjoratives envers le multiculturalisme, les immigrants, les minorités et l'immigration », écrivent-ils, en plus de remercier les étudiants qui les ont aidés à enlever les messages.

La campagne est celle d'un groupe de jeunes d'extrême droite, Génération Identitaire, qui s'est autoproclamé ethno-nationaliste. Lancé en France en 2012, il est maintenant présent dans une poignée de pays, principalement en Europe.

Bien que la faction canadienne soit passée sous le radar jusqu'à cette campagne, elle existe depuis au moins quelques années. Les membres disent qu'ils souhaitent maintenant réaffirmer leur présence avec un nouveau leadership et des efforts de recrutement actifs sur les campus canadiens.

« Nous croyons aux pays "nationalistes ethniques", aux pays pour nos peuples, à notre droit d'être fiers et à préserver notre culture et nos traditions », a déclaré à VICE le leader national du groupe, qui n'a voulu donner que son nom de famille. M. Tyler a affirmé que le but du groupe international est de rassembler des jeunes avec la même vision afin de déconstruire les torts causés par les baby-boomers, qu'il considère comme sympathisants à l'immigration.

M. Tyler, qui n'est pas lui-même étudiant, a aussi confié à VICE que plus de 100 personnes (principalement des étudiants selon lui) ont aidé à installer un millier d'affiches dans cinq provinces au pays.

« Ce n'est que le début. On veut utiliser cette campagne comme une occasion de montrer aux Canadiens qu'on est organisés, unis, qu'on se tient », ajoute-t-il.

« Nous croyons aux pays "nationalistes ethniques", aux pays pour nos peuples, à notre droit d'être fiers et à préserver notre culture et nos traditions. »

Génération Identitaire a fait les manchettes internationales en août quand quelques-uns de ses membres autrichiens ont acheté un navire pour empêcher l'arrivée de migrants en bloquant les navires de secours, une opération baptisée « Défendons l'Europe ». Leur plan a pris une tournure ridicule lorsque leur navire est tombé en panne en pleine Méditerranée et que l'équipage a dû être secouru par – vous l'aurez deviné – un bateau de secours destiné à venir en aide aux migrants.

Avant cette semaine, la division canadienne du groupe avait préféré se tenir loin de l'attention médiatique : notre première demande d'entrevue avait été refusée; en guise de réponse, nous avions reçu une caricature peu flatteuse d'un journaliste de VICE. On nous a menacés de nous poursuivre en justice si jamais nous essayions à nouveau d'obtenir des commentaires.

Cependant, dans un courriel de suivi et un appel téléphonique, Tyler a présenté ses excuses et expliqué que ces messages « enfantins et immatures » étaient une erreur et qu'ils avaient été envoyés par d'autres membres haut placés ayant accès au compte courriel du groupe.

« On est une organisation professionnelle, pas un groupe de shitposting sur internet », écrit-il.

S'il maintient qu'il n'est pas lui-même raciste et que le groupe se distancie des skinheads et des néonazis, Tyler n'a pas nié que certains membres du groupe ont des positions racistes. « Ce n'est pas un exercice de reconstitution grandeur nature du Quatrième Reich [sic], a-t-il dit. Il ya déjà plein de groupes pour ceux qui veulent se prêter à ça et ce n'est pas ce que nous sommes. »

« C'est important d'en parler en début de phénomène. Il faut les comprendre pour se sensibiliser, se protéger. »

Les actions du groupe et la réaction rapide des étudiants ravivent le débat sur la liberté d'expression, qui devient explosif dans une période où la rhétorique d'extrême droite est de plus en plus assumée. Dans leur déclaration, les représentants étudiants de l'université de Carleton ont même omis de nommer Génération Identitaire, « pour éviter d'attirer l'attention sur les messages haineux ».

Les campagnes d'affichage sur les campus universitaires sont devenues une stratégie de plus en plus populaire pour les groupes d'extrême droite dans les dernières années. L'action de Génération Identitaire n'est pas un événement isolé : la semaine précédente, plusieurs médias rapportaient que les affiches du groupe ultranationaliste Atalante avaient aussi été vues à l'Université de Laval et au Cégep Garneau.

Mais au Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence, le directeur Hermann Deparice-Okomba dit que, bien qu'il appuie le choix des étudiants d'enlever les affiches offensantes, il est important de sensibiliser les gens quant à l'existence de ces groupes.

« Ces nouveaux groupes, on n'en discute pas, mais c'est important d'en parler en début de phénomène, nous a-t-il dit. Il faut les comprendre pour se sensibiliser, se protéger. »

Son équipe est très à l'affût des actions de Génération Identitaire et considère l'organisation comme un groupe potentiellement dangereux. En France, rappelle-t-il, ce rassemblement est né des cendres du groupe ultranationaliste Unité Radicale, qui s'est dissous en 2002 après qu'un de ses membres a tenté d'assassiner le président français
Jacques Chirac.

Au Québec, il compare les opinions anti-musulmanes de Génération Identitaire aux positions d'autres groupes d'extrême droite comme Atalante et la Fédération des Québécois de souche. Le danger associé à ces groupes, selon Herman Deparice-Okomba, est surtout lié à leur propos contre l'immigration.

M. Tyler a dit à VICE qu'un avocat pro bono s'assure que les actions du groupe sont légales. « Nous jouons sur la ligne de ce qui est légal en termes de discours haineux ou de propos qui peuvent offusquer les gens. »

L'objectif de leurs efforts est d'aider le groupe à recruter de nouveaux membres, et c'est exactement ce que les leaders étudiants s'efforcent de prévenir.

« La culture de Concordia en est une de solidarité, d'appui collectif et de justice, et ces groupes n'ont pas leur place au sein de notre communauté, nous a répondu Omar Riaz, le coordonnateur général du conseil étudiant de l'université. Nous sommes prêts à fournir un soutien concret et des services à tous ceux qui sont affectés par ces discours et ces politiques racistes. »

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