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environnement

Les adolescentes sont les meilleures pour convaincre les parents que les changements climatiques sont réels

Une étude indique que les enfants de 10 à 14 ans peuvent renverser des convictions bien enracinées et l’apathie face aux changements climatiques.

par Anne Gaviola
10 mai 2019, 8:52pm

Photo : Stephanie Zollshan, The Berkshire Eagle, Associated Press

L'article original a été publié sur VICE Canada.

Beaucoup de statistiques et une longue conversation dans un café à Vancouver ont été nécessaires à Salma Rafi, 15 ans, pour convaincre son père que les changements climatiques sont la conséquence de l’activité humaine, et qu’il y a lieu de s’en préoccuper. Cette victoire est survenue après des mois à parler de cet enjeu et de l’angoisse qu’elle ressent.

« Ce n’était pas une épiphanie, c’était plus “Je te comprends”, dit-elle. Il savait ce qui se passe dans le monde, mais il ne saisissait pas vraiment pourquoi ça se passe et à quel point c’est à cause de nous. »

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Salma Rafi est passionnée par les enjeux environnementaux. Photo: Salma Rafi

Même si Salma n’a pas atteint l’âge légal pour voter, elle et d’autres adolescentes comme elle pourraient aider à changer la mentalité au sujet des changements climatiques et potentiellement influer sur une élection. Un rapport publié cette semaine dans Nature Climate Change indique que les préadolescents et adolescents, en particulier les filles, peuvent davantage convaincre de la réalité des changements climatiques que n’importe quel expert ou journaliste.

L’étude, réalisée par des chercheurs de l’Université de l’État de la Caroline du Nord, a suivi 238 enfants américains de 10 à 14 ans et leurs parents pendant deux ans. Les enfants ont consulté de l’information basée sur la science visant l’apprentissage intergénérationnel produite par des écologistes, des professeurs universitaires et des scientifiques, puis ils ont parlé de ce qu’ils ont lu avec au moins un de leurs parents. Les chercheurs ont comparé le degré de sensibilisation aux changements climatiques au début et à la fin de l’étude.

« L’effet était plus grand chez les parents qui étaient les moins préoccupés par les changements climatiques : les conservateurs et les hommes », a dit en entrevue avec VICE l’auteure principale de l’étude, Danielle Lawson. « Et la sensibilisation était plus efficace si l’enfant était une fille. »

L’auteure dit que les résultats montrent que les conversations intergénérationnelles sont efficaces parce que les adultes ont tendance à baisser leur garde quand ils parlent à leurs enfants. Les parents peuvent considérer leurs enfants comme neutres idéologiquement, et parce que la relation entre les parents et les enfants est basée sur la confiance.

« Ça se produit d’une façon très harmonieuse, mais puissante, poursuit-elle. Les enfants peuvent avoir une influence réelle qu’on n’a pas toujours avec les autres types de communication. »

Pourquoi les filles parviennent-elles davantage à convaincre leurs parents que les garçons du même âge? Danielle Lawson pense que les filles ont tout simplement de l’avance dans la communication à cet âge.

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Des membres du Club de la Terre de l’école secondaire King George. Photo: Salma Rafi

Salma est la présidente du Club de la Terre de son école secondaire, dont les postes de responsabilités sont tous occupés par des filles. En fait, ce sont des filles qui sont responsables de pratiquement tous les clubs parascolaires de son école. « Les filles que je connais sont des fonceuses. Elles savent ce qu’elles veulent et se concentrent sur leurs objectifs », dit-elle.

D’après Danielle Lawson, l’étude montre que les enfants qui sont adéquatement informés des conséquences environnementales réelles peuvent être les mieux placés pour produire un changement de mentalité. Peut-être parce qu’ils peuvent contourner les préjugés qui empêchent de nombreux adultes d’être ouverts aux faits qui ne correspondent pas à leur vision du monde ou à leur idéologie politique.

« Les adultes sont très bons pour interpréter l’information de façon à confirmer ce en quoi ils croient déjà. En réalité, on engage des conversations avec des personnes qui ont déjà une idée arrêtée au sujet des changements climatiques. Mais les enfants peuvent fournir une nouvelle perspective », explique la chercheure.

C’est une bonne nouvelle pour les jeunes militants qui sont devenus une force incontournable dans les dernières années, comme les élèves et étudiants du Québec qui manifestent les vendredis et créent des mèmes en réaction à la question d’un examen du Ministère, ou les adolescents américains qui poursuivent le gouvernement pour son inaction face à cet enjeu.

Salma a participé à des manifestations à l’échelle nationale cette année, dont une à Vancouver la semaine dernière. Elle prendra aussi part à la Grève pour le climat du 3 mai, un mouvement international pour forcer les gouvernements à faire des changements climatiques un enjeu prioritaire.

L’intérêt croissant de Salma pour les changements climatiques, ainsi qu’une « tonne de vidéos » et le documentaire de Leonardo DiCaprio Before the Flood ont fini par convaincre ses parents. Leur rappeler que les changements climatiques sont un phénomène avec lequel elle devra vivre pendant de nombreuses années a également aidé à leur faire comprendre les raisons de son engagement.

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Les jeunes comme elle n’ont pas le droit de voter, mais ils peuvent avoir un poids politique en convainquant leurs parents, qui, eux, peuvent voter et exiger que tous les partis politiques prennent des mesures comme l’élaboration de plan de lutte contre les changements climatiques.

« C’est un enjeu très important, et c’est comme si les enfants agissent comme des adultes, et les adultes agissent comme des enfants, dit-elle. C’est pas mal ça qui se passe. »

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