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Les conséquences d’une grande consommation d’alcool dans la vingtaine

Deux ou trois cuites par semaine peuvent-elles vraiment avoir des conséquences à long terme? J’ai mené une enquête de fond pour le savoir.

par Hannah Ewens
14 juillet 2017, 5:38pm

J'aimerais si possible ne pas souffrir. En revanche, comme bon nombre de personnes de mon âge, j'aime boire. C'est peut-être un problème.

Quelles conséquences peuvent avoir deux à trois brosses par semaine dans la vingtaine? Y a-t-il de graves effets à court et long terme que j'ignore? Dois-je dire non au vin gratuit qu'on me propose dans les événements mondains, prétextant que « je travaille demain »? Dois-je commencer à noter le nombre de verres sur ce bracelet Fitbit que j'ai acheté parce que je suis une idiote? Dois-je faire preuve de maturité et de discipline?

J'ai demandé à trois experts de répondre à mes questions, dans l'espoir d'être rassurée.

VICE : Est-ce qu'il y a vraiment des conséquences si je bois, disons, deux fois par semaine?
James Morris, Alcohol Policy : Évidemment, il y a un risque d'obésité à cause de l'apport calorique. Mais les jeunes risquent surtout d'avoir des problèmes sociaux : accidents, blessures, disputes, incapacité à faire ce qu'on attend d'eux ou ce qu'ils ont prévu de faire, au travail comme dans leurs relations personnelles. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de sérieuses conséquences sur la santé : c'est seulement qu'elles risquent de se manifester plus tard dans la vie. Il arrive toutefois que des personnes dans la vingtaine souffrent de lésions au foie de stade peu avancé ou intermédiaire. L'alcool détruit des cellules cérébrales, affecte la mémoire ainsi que le développement du cerveau.

Andrew Misell, Alcohol Concern : Le mieux est de ne pas dépasser 14 verres d'alcool par semaine, ce qui correspond à une bouteille et demie de vin. Boire une bouteille entière en une soirée, c'est déjà trop. C'est marrant de voir comment les mentalités ont changé, parce qu'il y a 20 ou 30 ans, il aurait été improbable qu'une personne boive une bouteille de vin à elle seule pendant un dîner, alors que c'est plutôt commun aujourd'hui.

Dr Sarah Jarvis, conseillère médicale pour Drinkaware : L'alcool peut agir comme un antidépresseur — il rend euphorique, car il alimente la partie du cerveau qui fait perdre les inhibitions. En revanche, une grande consommation d'alcool et la dépression sont liées. De plus, la vaste majorité des tentatives de suicide impliquent de l'alcool. L'alcool augmente donc énormément les risques de blessures accidentelles ou volontaires.

Et si je continue de boire autant après trente ans, quel va être l'effet?
James Morris : Il est assez rare de diagnostiquer des maladies du foie chez des vingtenaires; elles sont plus fréquentes à l'approche de la quarantaine. Ça dépend de beaucoup de facteurs, mais si vous êtes un gros buveur, c'est-à-dire que vous buvez le double de la quantité hebdomadaire recommandée, soit 30 verres ou plus par semaine, alors vous avez 13 fois plus de chances d'avoir une maladie du foie causée par l'alcool qu'une personne qui respecte ces recommandations.

Andrew Misell : De nos jours, il arrive que des quarantenaires souffrent de lésions cérébrales liées à l'alcool, alors qu'avant, c'était une maladie dont souffraient surtout les personnes de 60 ou 70 ans. Je ne dis pas que tous ceux qui prennent une brosse tous les week-ends vont souffrir de lésions cérébrales, mais il arrive que des personnes au début de l'âge adulte présentent des symptômes similaires à ceux de la démence à cause d'une consommation d'alcool élevée.

Qu'en est-il du cancer?
Dr Jarvis : Si vous buvez beaucoup à 20 ans, vous aurez plus de chances d'avoir un cancer à 40 ou 50 ans.

Andrew Misell : Il existe de nombreux liens entre la consommation d'alcool et certaines formes de cancer, mais ça ne veut pas dire que tous les gros buveurs vont avoir le cancer. Ces liens ne sont pas aussi forts que ceux entre le tabac et le cancer du poumon, par exemple, mais il y en a. C'est difficile parce qu'au début de l'âge adulte, nous sous-estimons les risques. Il y a certaines choses que nous ne faisons pas parce que nous les jugeons trop dangereuses, mais combien d'entre nous pensent vraiment, avant de boire un verre de vin ou une bière, au risque potentiel d'avoir un cancer dans dix ans? La vie est pleine de dangers; si vous ne voulez prendre aucun risque, ne sortez plus de chez vous. Mais même ça, ce serait dangereux pour votre santé mentale.

Vaut-il mieux étaler sa consommation d'alcool sur plusieurs soirs de la semaine plutôt que de boire une grosse quantité le week-end?
James Morris : Pas vraiment, en fait. Si vous buvez une quantité très modérée d'alcool régulièrement, vous augmentez tout de même vos chances de développer une dépendance. Plus votre tolérance augmente, moins vous ressentez les effets d'une même quantité d'alcool, ce qui vous pousse à boire plus. Si vous buvez un verre de vin chaque soir pour vous détendre, ce verre de vin va rapidement perdre de son effet initial. C'est comme ça qu'on se met à boire deux verres de vin et que la dépendance devient un problème réel.

Andrew Misell : Des preuves montrent qu'une consommation intermittente permet au foie de se rétablir. D'un autre côté, si vous buvez une grosse dose d'alcool — ne serait-ce qu'une ou deux fois par semaine — vos organes, en particulier votre foie, vont en pâtir.

Conseilleriez-vous aux jeunes qui boivent beaucoup le week-end de ne pas boire pendant la semaine?
James Morris : Après avoir beaucoup bu, il vaut mieux offrir une petite pause à son corps. J'encourage aussi les gens à être plus attentifs à ce qu'ils boivent quand ils sortent. Si vous buvez dix verres, réduisez-vous significativement les risques en en buvant deux de moins? Avant, quand je sortais, les derniers verres étaient toujours ceux que je regrettais, car je n'en tirais aucun bénéfice. Essayez donc de vous fixer une limite, plutôt que de vous contenter de dire que vous ne boirez pas beaucoup ce soir.

Pensez-vous que les risques à long terme sur la santé seront plus graves pour les gens de ma génération, et que nous allons le découvrir quand il sera déjà trop tard?
Nous ne savons pas vraiment. Le Royaume-Uni est le pays des brosses — bien plus que la plupart des autres pays européens. C'est dans les années 90 que tous ces cocktails en bouteille sont sortis parce que l'industrie voulait cibler une nouvelle génération de jeunes buveurs. Ceux qui étaient adolescents dans les années 90 et au début des années 2000 sont sans doute de gros buveurs. La consommation d'alcool a connu un pic en 2004 et a chuté depuis.

Dr Jarvis : Ces problèmes de santé prennent des années à se développer, mais les jeunes ne pensent pas à la cirrhose pendant la vingtaine et risquent donc d'avoir de mauvaises surprises plus tard.

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