musique

Morthouse veut nous rappeler que la mort existe, même en été

Le duo nous confie aussi pourquoi c’est plus facile de faire de la musique avec son frère qu’avec un étranger.

par Dominic Berthiaume
07 juillet 2017, 6:00pm

Thomas Mazerolles

Avoir un frère est une chose, mais faire partie d'un band avec lui en est une autre, spécialement s'il s'agit d'un duo. Avec le projet Morthouse, les frères Thomas et Philippe L'Allier font le pari risqué qu'est d'écrire, enregistrer et jouer de la musique en famille. D'abord née pour créer une trame sonore incongrue d'un défilé de mode de la designer Brit Wacher en 2014, la formation s'est ensuite greffé un nouveau membre (le batteur Samuel Gemme) pour la création de son premier EP homonyme. Trois ans et plusieurs remaniements de personnel plus tard, les frères L'Allier reviennent à la charge en mode duo pour nous présenter leur premier long-jeu, Dystonia, paru il y a quelques semaines de façon indépendante.

Sans toutefois délaisser cet univers sombre qui lui est propre dans les textes et les ambiances, avec Dystonia, Morthouse livre un album beaucoup plus synthétique, minimaliste et à la fois accrocheur. Pour les frères L'Allier, il s'agit d'un album transitoire où ils ont pu explorer de nouvelles avenues et sortir de leur zone de confort. « Dystonia est la synthèse de toutes les formes qu'a eues Morthouse. C'est transitoire dans la mesure où on est en train d'expérimenter avec l'électronique; on découvre les synthétiseurs et les boîtes à rythmes, mais on ne les maîtrise pas encore. On est dans le mystère et l'inconnu, c'est motivant », nous explique Thomas.

En pleine possession de ses moyens ou pas, le duo démontre tout de même avec Dystonia qu'il est capable de renouveler sa proposition musicale en plus de présenter un effort cohérent tant au point de vue des compositions que des thématiques. Au final, qu'est-ce que ça donne? Une sorte d' électro-goth-punk-darkwave-rock inclassable comme bon nombre de groupes actuels, mais qui se fait tout de même apposer l'étiquette générique post-punk par la presse.

VICE a rencontré les frères L'Allier autour d'un demi-litre de vodka à la mythique Caverne du quartier Côte-des-Neiges pour essayer de démystifier l'étiquetage musical et pour parler de la relation fraternelle au sein du groupe.

VICE : Vous vous êtes rapidement fait coller l'étiquette de band post-punk, est-ce que vous vous reconnaissez là-dedans?
Thomas L'Allier : Plus ou moins. J'ai lâché prise quant à la classification de notre band. Moi, j'aime mieux dire que c'est crooner-punk, ça veut autant rien dire que faire du post-punk en 2017, mais au moins c'est inédit. Je comprends que c'est nécessaire lorsque vient le temps de faire un communiqué de presse, mais en même temps… Fuck les étiquettes! [rires]

Philippe L'Allier : C'est vrai que maintenant la moitié des bands reçoivent cette étiquette désormais générique. Je pense pas qu'on est dans le calque de ce genre. Il y a quelque chose de plus moderne dans notre son. On peut y retrouver des caractéristiques du post-punk, mais je pense qu'on va au-delà de ça.

Vous avez eu l'audace de sortir un album aux sonorités et thématiques sombres (la mort, la nuit, l'obscurité) en plein de mois de juin. C'est quoi la stratégie derrière ça?
TL : Je sais pas… Créer un contraste peut-être? Non, pour vrai, on a tellement plein de nouvelles idées, on voulait en quelque sorte se « débarrasser » de cet album-là pour préparer ce qui est à venir. On ne voulait plus attendre pour montrer notre son actuel. On était un peu tannés que ce soit un EP sorti il y a trois ans qui définisse ce que l'on est.

PL : Déjà que ç'a été enregistré à un moment plutôt sombre de l'année, je ne sais pas si le sortir au même moment l'année suivante aurait changé grand-chose. On n'est pas goths non plus. Je ne pense pas qu'on voulait se débarrasser de l'album, comme Thomas dit. Je pense plutôt qu'on était prêts à le sortir maintenant et pas cet automne, par exemple.

TL : En même temps… juin, pourquoi pas? Thématiques ou pas, il fait nuit et les gens meurent aussi durant la saison estivale. [rires]

Faire un groupe juste entre frères, c'est pas un peu suicidaire?
TL : En fait, oui. Dans notre cas, c'est comme un suicide quotidien. On s'assassine et on renaît à chaque jour.

PL : C'est une relation complexe, mais ça a son lot de bonnes surprises. Je pense qu'il y a plus de positif que de négatif qui ressort de ça.

TL : Tu peux te taper sur la gueule et repartir à zéro le lendemain, tandis qu'avec un ami, il y a plus d'orgueil et de non-dits qui peuvent t'exploser dans la face quelque temps après. Entre frères, ça explose à tous les jours. Ça fait presque partie du processus. Je peux pas te dire que c'est l'fun, mais ça passe.

Qu'est-ce qui est plus facile de travailler entre frères?
TL : Je pense que ça revient à ça… Le fait que les insultes te passent par-dessus la tête, c'est facile d'oublier et de perdre son ego dans tout ça. Tu sais, même si un jour le groupe n'existe plus, on va quand même se voir à Noël. Au final, on sait qu'on a à s'endurer pour le reste de nos jours.

PL : Les insultes et les chicanes sont rendues banales. Je ne pense pas que ça pourrait fonctionner à long terme avec quelqu'un qui n'est pas ton frère.

Et le plus difficile?

TL : La même chose! [rires]

Êtes-vous plus comme les frères de Hanson ou ceux des Jonas Brothers?
TL : Oh god… Hanson, sans doute.

PL : Hanson, il a écouté ça! [rires]

TL : Quand j'avais 9, 10 ans, on est partis en famille vers l'Île-du-Prince-Édouard en genre de camper et la seule cassette qu'on avait, c'était celle de Hanson. On l'a écoutée en boucle. C'est atroce quand j'y pense. Je me souviens aussi que deux mois plus tard j'écoutais du Puff Daddy et du Notorious B.I.G et que j'avais pawné ma cassette des Hanson.

Dystonia, premier album de Morthouse, est en vente ici .