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Santé

Ces réserves autochtones n’ont aucun service ambulancier

À Manawan, les ambulances doivent faire une heure de route avant de rejoindre la réserve. En période de dégel, le trajet peut prendre plus de deux heures.

par Simon Coutu
29 mars 2018, 7:41pm

Photo : Flickr

MISE À JOUR (29 mars 2018) : Le gouvernement du Québec a annoncé jeudi qu'un service ambulancier sera bientôt mis en service à Manawan.

Les Atikamekw ne demandent pas la lune, juste une ambulance. Des trois réserves de la nation, aucune n’a accès à ce service essentiel qui sauve des vies. Un manque qui expose les communautés à de grands dangers et qui complique le quotidien de milliers d’autochtones.

Je me suis rendu à Manawan et Obedjiwan pour couvrir la dernière tournée du rappeur Souldia. Je ne me doutais pas que la tenue d’un simple concert de rap puisse être remise en question par l’absence d’ambulances dans ces communautés. Un service de première ligne que l’on tient pour acquis partout ailleurs dans la province.

Le spectacle à l’école primaire de Manawan a d’ailleurs bien failli être annulé. Une partie du conseil de bande craignait les conséquences d’une telle fête.

« Un concert est un stress de plus pour tout le monde, dit le chef Jean-Roch Ottawa. C’est une grosse pression pour nos policiers. Les gens prennent un coup. Il y a parfois de la violence et ça peut dégénérer en de graves blessures. Le fait de ne pas avoir d’ambulance, c’est un risque supplémentaire qui nous fait hésiter avant d’approuver des spectacles. »

Le concert s’est finalement déroulé dans le calme devant quelque 200 amateurs de rap qui connaissaient les paroles de l’artiste par cœur.

Cette anecdote souligne à quel point l’absence de premiers répondants peut compliquer le quotidien d’une petite communauté.

Mais il s’agit ici bel et bien d’une anecdote, si on la compare aux drames qui ont eu lieu dans la réserve de quelque 1600 âmes depuis 20 ans.

Au mois de septembre 2016, des résidents ont retrouvé la petite Saky-Anne Petiquay, huit ans, inanimée dans le lac Métabeskéga, qui borde la communauté de Lanaudière. Elle est décédée avant de pouvoir rejoindre l’hôpital.

Cette triste mort avait un arrière-goût de déjà-vu. Sept ans plus tôt, Jaylia Jacob, deux ans, était repêchée par son père dans le même plan d’eau. Il aura fallu plus de six heures avant que Jacob arrive à l’hôpital Sainte-Justine de Montréal, à environ 250 kilomètres de Manawan.

Actuellement, le service ambulancier du village de Saint-Michel-des-Saints dessert la réserve atikamekw. Il est situé à environ une heure de route sur un chemin de terre, lorsque les conditions sont idéales. En période de dégel, le trajet peut prendre plus de deux heures.

Selon Jean-Roch Ottawa, les deux enfants seraient peut-être toujours des nôtres si le village avait son propre service d’ambulance, ce qu’il demande depuis deux décennies.

Dans le cas de la petite Jaylia Jacob, le coroner a recommandé au gouvernement du Québec « d’examiner la pertinence d’implanter des services d’évacuation médicale par hélicoptère ». Neuf ans après sa mort, toujours rien.

Jean-Roch Ottawa cite aussi le cas de David Flamand, mort d’une insuffisance cardiaque en 1998. À l’époque, le coroner pathologiste avait conclu que, si Manawan « était mieux équipé en médication et en transport ambulancier et si le personnel était formé au standard suggéré par la régie régionale, il est probable que monsieur Flamand serait encore vivant aujourd’hui ».

Au Québec, la loi garantit que toutes les parties du territoire municipalisé doivent « être rejointes par une ambulance dans un délai maximal de 30 minutes à compter du moment de l’appel ».

Toutefois, les réserves autochtones sont régies par la Loi fédérale sur les Indiens et ne sont pas considérées comme des municipalités au sens de la loi. Au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, on nous confirme cependant que « les services préhospitaliers d'urgence pour les gens qui résident sur des réserves autochtones sont de juridiction provinciale ».

« Il n’y a aucune municipalité non autochtone au Québec avec une population comparable à la nôtre qui vit la même chose, dit le chef de Manawan. Je ne comprends tout simplement pas. C’est le système qui est raciste et tout à fait discriminatoire. »

Au mois de novembre 2017, le ministre Gaétan Barrette annonçait un investissement de près de 30 millions de dollars pour mettre 22 ambulances de plus sur les routes du Québec. Aucune pour les réserves atikamekw.

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Jean-Roch Ottawa affirme avoir contacté M. Barrette à l’automne 2016. « Il nous avait dit qu’il nous revenait avant les Fêtes, mais on n’a toujours pas de nouvelles. C’est vraiment frustrant. »

En réponse aux questions de VICE, la porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux, Marie-Claude Lacasse, avance que le « dossier est toujours en analyse au MSSS et qu’une décision sera rendue en temps et lieu ».

Simon Coutu est sur Twitter .

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