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Art de vivre

La fois où Dropkick Murphys a failli me péter la gueule

Je me souviens du dude en camisole avec des pantalons de travail et je ne comprenais pas trop la vibe. Il parlait de travail entre les chansons alors que la seule chose dont j’étais certain dans la vie, c’était que je ne voulais pas travailler.

par Hugo Mudie
27 juillet 2017, 1:23pm

Image via WikiCommons

Je n'ai jamais rien eu contre Dropkick Murphys. Quand j'étais au secondaire, j'avais un fanzine qui s'appelait SKABOOM ( ugh). J'y parlais de mon expérience de gars de 16 ans qui va voir des shows ska et faisait des reviews de disques que je recevais de différents labels de partout dans le monde par la poste.

Quand Tim Armstrong de Rancid a lancé Hellcat Records, il m'a envoyé un paquet avec toutes les premières releases du label et une entrevue écrite à la main signée « Stay punk, Tim ». Il y avait dans le tas le premier disque de Dropkick Murphys, Do or Die. Je ne détestais pas ça, mais il y avait quelque chose qui me gossait. Mon cerveau d'ado de Repentigny de 16 ans n'était pas attiré par les paroles de gars qui travaillent à shop à Boston et qui boivent 19 pintes de bière le soir en se battant à coup de baguettes de pool. À l'époque, j'étais plus Ramones, Dead Kennedys, Subhumans. Le côté artsy-rebelle-sexualité ambiguë-hargne sans testostérone était plus ma tasse de thé en matière de punk. Mais, vu que Tim Armstrong me l'avait envoyé directement et que j'aimais bien Rancid aussi, je l'ai gardé, je l'ai écouté, j'ai été les voir au Warped Tour cette année-là.

Je me souviens du dude en camisole avec des pantalons de travail et je ne comprenais pas trop la vibe. Il parlait de travail entre les chansons alors que la seule chose dont j'étais certain dans la vie, c'était que je ne voulais pas travailler.

En 2006, mon propre band, The Sainte Catherines était enrôlé sur Fat Wreck Chords et nous tournions dans le monde avec des bands que j'écoutais quand j'étais petit (dont Subhumans, d'ailleurs). Nous étions en tournée en Europe avec Me First & The Gimme Gimmes, un genre de band de covers avec des membres de NoFx, de Lagwagon et de Foo Fighters. Le groupe faisait un arrêt au Groezrock, un festival en Belgique. On les accompagnait même si nous n'avions pas été sélectionnés pour y jouer. On était en crisse, mais anyway, on jouait tous les jours, alors j'ai passé la journée backstage avec les acteurs de l'élite du punk moderne.

Dans ce temps-là, j'étais encore dans le peak de mon arrogance et j'avais du fun à faire chier l'ordre établi, même dans le punk. Oui, le punk est rempli de conventions, de préjugés et doté d'une hiérarchie bien précise que je me faisais un plaisir de déstabiliser.

À Groezrock, les loges des artistes étaient littéralement un camping de conteneurs à déchets vides avec des chaises, une table avec des fruits, de la vodka et d'autres victuailles protéinées d'arrière-scène. Fat Mike de NoFx a donné comme mission à mon band de trouver de la cocaïne. Il voulait en acheter pour 500 $ et nous donner un bonus de 500 $ pour la trouvaille. Nous avons fait le tour, mais le festival était littéralement au milieu d'un champ en Belgique, il n'y avait absolument rien aux alentours, tout le monde était défoncé et on ne parlait aucune langue commune. On a pu voir un couple de charmants crust punks fourrer en arrière d'une tante de marchandise. Mais ça ne valait pas 500 $.

On s'est tannés et je me suis mis à boire une bouteille de whisky directement au goulot avec Tony Sly de No Use For A Name. Après la bouteille, j'étais en mode titubant- destroy et je suis allé me promener avec Brendan Kelly de Lawrence Arms, bras dessus bras dessous, pour aller voir Bad Religion (dont je me crissais, mais lui capotait raide).

Dans cette arrière-scène American-Jesus-esque, nous sommes tombés sur un cercle de gros gars de type skinheads-portiers de bar de danseuses. Brendan me présente, et on se met à jaser. Un des gars trouve ça bien cool que je sois de Montréal et me parle du Canada. Je le coupe sec pour lui dire que je ne suis pas canadien, mais bien québécois et que je me crisse du Canada. Ça a créé un de ces super silences qui m'amusent. Avec ma vision triple, je crois reconnaître le chanteur de Dropkick Murphys. Mon cerveau est à destroy tout en étant à off. Les plaisirs de 20 onces de whisky. Je continue dans mon speech anti-Canada. L'ouvrier me pose des questions sur la séparation, l'économie, l'armée.

Bla bla bla, fuck this, bla bla, fuck that, if we separate, we'd be better off.

Il me demande ce qui se passerait si quelqu'un voulait attaquer notre nouveau pays que serait le Québec. Comment se défendrait notre armée?

Fuck the army!

Je lui raconte comment j'ai honte d'être humain quand je pense à l'armée et qu'on règle nos problèmes en tirant du gun et en garrochant des bombes. Je ne m'en rends pas immédiatement compte, mais le dude est en tabarnak. Il lève la manche de son t-shirt pour me révéler un tattoo de l'armée canadienne. Je suis surpris, mais mon cerveau destroy-off s'en crisse et je lui demande c'est quoi son problème. Il m'explique qu'il joue de la cornemuse (!?) dans Dropkick, qu'il est canadien et qu'il vient d'une famille militaire ou de quoi de même. La tension était probablement très évidente, mais je ne m'en rends pas compte. Le dude part, notre gérant de tournée, Hugues, arrive, je jase avec d'autres. Tony Sly revient, Fat Mike n'a pas trouvé de poudre, mais il croque dans une pilule et me donne l'autre moitié. La vie est fucking belle sur Pluton.

Mon chum Caporal revient très souriant avec d'autres prolétaires du band. Ils sont tous très souriants et gentils, et m'invitent à venir finir la soirée dans leur autobus pour boire du whisky irlandais. Je continue à jaser à 200 mètres dans le ciel (l'effet de la pilule a embarqué) et je m'apprête à les suivre. Je vois le bus au loin et eux qui se font presque des high five en gambadant devant moi. Je les trouve ben smattes. Juste avant de pénétrer dans le bus, Hugues arrive en courant et me pogne par le bras pour me dire qu'il faut absolument que j'aille au conteneur parce qu'il y a un fuck. Un des gars de Dropkick que je connais moins lui dit que c'est cool, juste un verre ou deux et il me laisse aller. Hugues insiste. C'est une urgence. Je le suis, en volant sur un surf d'argent. Il m'explique qu'il vient de me sauver la vie. Il a entendu une rumeur : les gars de Dropkick allaient péter la yeule d'un french drunk dude qui faisait chier tout le monde backstage. Cet épais, c'était moi. Hugues m'a sauvé la vie. En tout cas, sauvé une couple de dents.

Je suis retourné au conteneur, mes amis étaient là. J'ai perdu conscience. Gelé (de froid), je me suis réveillé au milieu de la nuit avec le petit mal de gorge de camping, parce qu'un de nous (pas moi) était en train de vomir à quatre pattes à côté du conteneur avec un autre membre du band qui lui flattait le dos. Il y avait deux vaches qui regardaient la scène de très près. J'avais toutes mes dents dans la yeule, pis je n'étais toujours pas canadien.

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