musique

Plusieurs artistes nous ont parlé du culte qu'ils vouent à leur musicien préféré

Morrissey, Eurythmics ou Madonna: pourquoi je donnerais ma vie pour eux.

par VICE Staff
29 décembre 2016, 12:00pm

MADONNA
par Signe Pierce

Aux yeux des gens, Madonna est l'artiste pop par excellence, et c'est à peu près tout. C'est faux. Madonna incarne à la perfection ce qu'est une performance punk. Quand ses photos d'elle à poil ont leaké en 1985, elle a simplement déclaré : « Et alors! » En 1990, après les critiques du pape à l'encontre de son Blond Ambition Tour et de ses concerts au cours desquels elle faisait semblant de se masturber, elle a répondu en radicalisant son discours et en s'intéressant au sadomasochisme. Elle n'a pas manqué non plus d'embrasser Britney Spears ou un Jésus-Christ noir.

Le truc, c'est qu'elle a continué à faire ça après être devenue mère de famille. Elle a choqué d'autres mères de famille. À la différence des punks, Madonna s'est constamment mise en avant à la télévision, pour que le monde en soit témoin. Elle a assumé sa sexualité, a perverti l'industrie musicale de l'intérieur et a poussé des millions de gens à interroger les notions de genre et la religion. Je l'adorerai jusqu'à la fin de mes jours.


KAREN CARPENTER
par Lauren Poor

Ceci est une ode à la mémoire de Karen Carpenter, afin de célébrer tout ce qu'elle a créé, elle et son frère. La première fois que je suis tombée sur un morceau des Carpenters, c'était gamine, lors d'une pièce de théâtre pourrie dans laquelle je jouais. « Close to You », sans doute le plus connu des titres des Carpenters, passait en fond. La voix de Karen, magnifique, m'a accompagnée toute ma vie. Un jour, je suis tombée sur un documentaire sur elle, qui révélait ses aspects les plus sombres. J'ai compris qui elle avait vraiment été.

Aujourd'hui, j'adore regarder des vidéos dans lesquelles elle sourit et chante de manière enjouée. Je ne peux pas m'empêcher d'imaginer à quel point ça a été dur pour elle de mener cette vie-là, avec des millions d'yeux braqués sur ses moindres faits et gestes.


H.O.T.
par Aileen Son

Je me souviens avoir passé de nombreuses soirées chez mes amies Sora et Sohee à mater des cassettes louées par leurs parents au supermarché coréen du coin. On les regardait des dizaines de fois, notamment les émissions musicales. On écoutait à n'en plus finir « Candy » et « We Are the Future » de H.O.T. – pour Hive-Five of Teenagers – un boys band sud-coréen énorme dans les années 1990. C'était de la K-pop avant l'heure. On les comparait parfois aux Backstreet Boys. J'adorais tout ce qui touchait de près ou de loin à la culture coréenne, sans doute parce que je suis moi-même d'origine coréenne. J'étais fascinée par ces mecs en costumes bizarres destinés à plaire aux adolescentes. J'aimais particulièrement Kangta, l'un des membres du groupe.

Sa couleur préférée était le vert.









EURYTHMICS
par Paul Mpagi Sepuya

« Sweet Dreams » restera la toute première chanson que j'ai connue par cœur. Je me souviens d'Annie Lennox, de son androgynie. C'était totalement inédit à l'époque. J'avais un an quand la chanson est sortie, en 1983. À l'époque, il était tout à fait classique qu'un tube soit diffusé plusieurs années de suite à la radio ou sur MTV. En 1992, Lennox a sorti son album solo, Diva. J'étais obsédé par elle, mais je ne le disais à personne. J'attendais avec impatience que ses clips passent à la télé. En 1995, j'ai été stupéfait quand j'ai entendu pour la première fois « No More I Love You's ». Je ne saisissais pas vraiment les concepts liés à la sexualité, mais j'étais captivé par l'image qu'elle véhiculait, celle d'une femme ne désirant pas être cataloguée comme telle. Mon travail de photographe est fortement influencé par ses clips, notamment celui de 1992 pour « Money Can't Buy It ». Aujourd'hui, je désire lui rendre hommage.


KANYE WEST, D'ANGELO, & GARY CLARK JR.
par Xaviera Simmons

Dans mon studio photo, je passe pas mal de temps à écouter Kanye West, Gary Clark Jr et D'Angelo. Je m'inspire de leur travail pour créer des images. En fait, j'étais incapable d'en choisir un seul, car ces trois-là forment une sorte d'ensemble cohérent. J'ai délibérément cité trois mecs célèbres pour ne pas être taxée d'élitisme. Je suis persuadée que ça ne sert à rien de rejeter ce qui est apprécié par le plus grand nombre. Ces mecs sont tout aussi underground que mainstream, c'est ce qui les rend uniques d'ailleurs.

Lorsqu'on prend le temps d'écouter l'ensemble de leurs œuvres, on comprend qu'il s'agit d'un pan hyper important de la musique populaire d'aujourd'hui, mais aussi de la culture noire en général. D'une manière différente, West, D'Angelo et Clark Jr. influencent la culture américaine en modifiant l'idée qu'on se fait de l'homme noir. En maîtrisant parfaitement les codes artistiques et sociétaux actuels, ces trois-là s'adressent à notre masculinité et à notre créativité.


KOUROSH YAGHMAEI
par Sheida Soleimani

Kourosh Yaghmaei est membre de mon Panthéon musical personnel. Cet artiste iranien a subi le contrecoup immédiat de la révolution de 1979 : on lui a interdit la pratique de sa musique. Dès l'annonce de la mise en place de la République islamique, on a cru que ses enregistrements seraient perdus à jamais, détruits par un gouvernement rejetant la musique psychédélique, d'influence « occidentale ». Quand j'étais gamine, mes parents me faisaient écouter ses morceaux. Ma connaissance de la musique occidentale a été plus tardive. Les premiers mots anglais que j'ai appris, je les dois à « Zombie » des Cranberries. Après cela, lors de mon apprentissage de la musique, j'ai constamment pensé à Kourosh Yaghmaei.

CHUMBAWAMBA
par Elizabeth Renstrom

Si vous aviez le bonheur d'écouter la radio à la fin de l'année 1997, il vous était impossible de passer à côté de « Tubthumping » de Chumbawamba. Je me souviens de ma première rencontre avec cette chanson – un remix britannique de la « Macarena » de Los del Río venait de s'arrêter et là, d'un seul coup, l'apparition d'un nouveau tube. Je me souviens aussi que je n'avais pas autant été marquée par le « MMMBop » des Hanson.

Après avoir écouté « Tubthumping », je me sentais plongée dans ce grand mystère qu'est la musique britannique. J'avais l'impression d'être tombée sur un truc un peu indé, et je m'étais empressée de noter le nom du groupe dans un carnet pour m'en souvenir. Mon père m'a accompagnée au magasin de disques d'occasion. Avant cette chanson, je ne savais jamais quoi acheter. D'un seul coup, j'appréciais un truc, je me sentais dotée d'un goût musical précis. Mon frère, qui nous accompagnait, a foncé dans les bacs remplis de disques de nu metal, et moi, je me suis ruée vers le plus grand album de l'histoire. Je me souviens parfaitement de la cover : un bébé violet flippant devant un fond vert. Vingt ans plus tard, j'ai compris qu'il n'était plus du tout « cool » d'aimer cet album. Mais je m'en fous.


GARBAGE
par Trey Wright

Garbage – de Garbage, évidemment – est le premier album que j'ai acheté de ma vie. Je l'avais trouvé chez un disquaire situé dans la partie hippie de ma ville de naissance. Les rues puaient la pizza. Mon regard avait été capté par la lettre G devant un fond rose, avec des plumes tout autour.

Je m'étais dépêché de rejoindre ma voiture pour pouvoir l'écouter. La musique était étrange, un peu « sale ». Les paroles déclamées par Shirley Manson me touchaient profondément. Elle était géniale, elle n'avait pas peur d'évoquer des thèmes hyper lugubres avec une voix hyper nonchalante. Je voulais être aussi courageux qu'elle.

Grâce à Garbage, j'ai compris que face à l'adversité, il fallait créer, créer et encore créer. Tout allait bien se passer si l'on respectait cette ligne de conduite.