Cannabis

Les conservateurs capotent avec la légalisation du weed

Retour sur une semaine de discours pour le moins alarmiste.

par Justine de l'Église
24 novembre 2017, 9:53pm

Le député Jacques Gourde. Photos : Facebook/Pixabay

On dirait bien que c’est la panique chez les conservateurs. Un vote sur la troisième lecture de la loi sur le cannabis aura lieu lundi prochain à Ottawa, et, ces derniers jours, l’opposition officielle a redoublé de créativité pour nous faire peur avec le cannabis.

À les écouter, le pays se dirige à toute vitesse vers la déchéance totale. VICE propose de faire un retour sur les choses les plus farfelues entendues cette semaine.

Crise des opioïdes et cannabis, même combat

Le député conservateur et ancien ministre de l’Environnement, Peter Kent, a largué une sacrée bombe lundi dernier en faisant un parallèle entre un plant de cannabis et une surdose d’opioïdes. Il s’insurgeait alors contre la permission de faire pousser quatre plants de cannabis dans son salon.

« Ce que nous faisons revient pratiquement à mettre du fentanyl sur une tablette, à la portée des enfants. Avoir des plants à domicile est tout aussi insensé, inacceptable et dangereux », a-t-il soutenu.

Si le cannabis était responsable de centaines de décès par surdoses par année, comme c’est le cas pour le fentanyl, le rapprochement serait peut-être valide. Mais les décès par surdose de cannabis sont tout à fait improbables.

En entrevue avec nos collègues de VICE Canada, M. Kent a justifié son argumentaire en précisant qu’un enfant intoxiqué mettrait sa vie en danger. « Ils perdraient leur jugement, ils pourraient traverser une rue alors que le feu est rouge, ils pourraient se blesser avec des outils ou de l’équipement à la maison, ils pourraient subir beaucoup d’accidents sous l’influence de la drogue. »

Il a ensuite admis en avoir beurré épais. « Ma rhétorique était exagérée dans le but de dire qu’un enfant sous l’influence du cannabis victime d’un accident fatal serait aussi mort que si on leur donnait par négligence accès à du fentanyl ou un autre opioïde. »

L’apocalypse est à nos portes

Ça aura pris des années, mais quelqu’un aura finalement réussi à être plus alarmiste que la finale du Temps des cathédrales.

Et cette personne, c’est le député conservateur québécois Jacques Gourde.

M. Gourde nous prévient que « la situation est catastrophique partout où le cannabis a été légalisé », que cette drogue est « l’objet de hantise et de tourment de tant de gens en détresse en ce moment », qu’elle mène « des enfants dans des centres de jeunesse ou des familles d’accueil», « tant de gens à l’hôpital, en prison ou à l’itinérance ».

En légalisant le cannabis – ce que le député n’aurait jamais cru possible même dans ses « cauchemars les plus sombres » – les libéraux donnent la preuve qu’ils sont des « psychopathes » parce qu’ils sont « capables de mener d’autres à leur perte sans aucun remords de conscience, sans émotion, avec froideur et détachement », ajoute M. Gourde. Rien de moins.

Il a aussi insisté sur le fait que le cannabis serait une porte d’entrée aux drogues dures – ce qui, on le rappelle, est loin d’être prouvé. « Ces gens finissent trop souvent à la morgue. J’ai bien dit “à la morgue”. Les gens qui consomment ont trop souvent comme point commun d’avoir commencé avec la consommation de marijuana. »

En résumé, à cause des libéraux, c’est « toute une génération qui se retrouvera désorganisée par l’insouciance libérale. C’est une génération qui est déjà endettée jusqu’au cou et qui sera hypothéquée mentalement en plus. C’est honteux », s’insurge le député.

VICE suggère aux profs de philo de la province de se servir du discours de M. Jacques Gourde comme exemple flagrant du sophisme de la pente glissante.

Une lettre truffée d’arguments invalides

Au Québec, les députés conservateurs ont publié aujourd’hui une lettre ouverte dans laquelle ils expliquent pourquoi ils vont voter contre le projet de loi lundi.

Quoique moins flamboyants que ceux relevés précédemment, certains de leurs arguments sont tout de même douteux : par exemple, ils avancent que jamais un gouvernement n’aura légalisé aussi rapidement le cannabis.

Or, entre le vote sur la légalisation du cannabis et le début de la vente de weed, au Colorado, il s’est écoulé environ 13 mois, et à Washington, 20 mois. Si le cannabis devient légal au Canada le 1er juillet 2018, il se sera écoulé 32 mois entre le vote et la vente légale de cannabis. Le Canada ne serait donc pas le gouvernement le plus « rapide ».

Même si on ne compte que le délai entre le dépôt du projet de loi canadien (fin avril 2017) et la légalisation (juillet 2018), on arrive à 14 mois, ce qui est toujours plus que le Colorado. L’argument ne tient pas la route.

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On dit aussi que jamais « un gouvernement n’avait non plus imposé aussi peu de restrictions, permettant la possession de plants à domicile et n’imposant aucune exigence précise quant à la sécurité publique ». Pourtant, le Colorado, l’Oregon et la Californie ont choisi de permettre la culture de plants à domicile.

C’est correct, de s’opposer au projet de loi. On est une démocratie. Mais on pourrait tout de même s’en tenir aux arguments véridiques.

Je vous laisse sur le top 3 des citations les plus croustillantes de lundi dernier à la Chambre des communes.

Sur l’inévitable marché noir parallèle orchestré par les ados :

« Que fait-on si on a des plants à la maison? Les jeunes peuvent prendre du pot dans le plant et se faire des joints. Ils vont partir avec les joints pour aller voir leurs chums. Ils vont les vendre à leurs amis qui vont les revendre. Il va se créer un réseau criminel à partir de plants légaux qui poussent à la maison. »

Le député conservateur Pierre Paul-Hus (Québec)

Sur la ruine possible de l’économie canadienne :

« Nous sommes sur le point de conclure un accord de libre-échange pour résoudre le problème de productivité du Canada et pour améliorer sa capacité à soutenir la concurrence au niveau international. Or, nous proposons une mesure législative qui nuira à la productivité du Canada et qui minera sa capacité à attirer des investissements. »

Le député conservateur Kevin Sorenson (Alberta)

Mention pour créativité :

« Pour que tous les yeux soient tournés vers lui, le 1er juillet, le premier ministre lèvera le bas de ses pantalons afin de faire voir ses chaussettes imprimées à motifs de feuilles de marijuana. Il allumera officiellement le premier joint sur la colline du Parlement et il se prendra en photo avec tous ceux qui feront comme lui. L'habile machine promotionnelle du Parti libéral dira sans doute que le premier ministre est bien parti, et qu'il se promène, probablement torse nu, au milieu de la foule, fumant des joints. »

Le député conservateur (et poète) Kelly McCauley (Alberta)

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