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Les meilleurs albums de 2019 à ce jour (dont on vous a pas encore parlé)

Des titres à glisser dans votre playlist estivale.

par Billy Eff
07 juin 2019, 8:12pm

Si mes calculs sont exacts, il y a environ 1,2 million d’albums qui sont sortis depuis le début de l’année (bon, on spécule), et on en est seulement rendu à la moitié. Même s’ils ne sont pas tous bons, ou ne valent pas tous la peine d’être couverts (désolé), il y en qui mérite notre attention, mais dont, pour une raison ou une autre, on n’a pas encore parlé.

En fait, il y en a beaucoup, des comme ça, tellement que ç’a été compliqué d’en compiler seulement 10. La compétition a été féroce, mais voici une liste non exhaustive des meilleurs albums sortis à ce jour cette année. Tendez l’oreille.

Father of the Bride, de Vampire Weekend

Ça m’a pris un peu de temps avant de vraiment tomber en amour avec cet album. Je suis un fan de la première heure de Vampire Weekend, entre autres à cause de leurs influences afros. C’était comme réentendre Graceland pour la première fois.

Pour chaque nouvel album, le groupe a trouvé une manière de se réinventer de façon spectaculaire, surtout grâce au génie de Rostam Batmanglij, ancien compositeur, guitariste et claviériste du groupe. Lorsqu’il l’a quitté peu après la parution de l’album précédent, Modern Vampires of the City, j’ai eu peur que le groupe prenne une direction musicale trop différente de ce à quoi j’étais habitué, et c’est exactement ce qui s’est produit.

Father of the Bride est sans doute l’album le plus pop de Vampire Weekend à ce jour. On est en terrain beaucoup plus mainstream, toujours aventureux, mais un peu plus accessible. Ça pourrait très certainement être attribué au fait qu’Ezra Koenig a passé les dernières années à travailler avec Kanye West et à écrire pour Beyoncé.

Si la touche afro a presque complètement disparu de la musique du groupe, on retrouve tout de même des éléments variés sur l’album, qui culmine avec une chanson carrément inspirée du flamenco, Sympathy. Point de vue paroles, je crois bien qu’on a ici droit à certaines des meilleures chansons du groupe, avec Bambina et Jerusalem, New York, Berlin qui se démarquent particulièrement.

DNT STP MY LV, de India Jordan

La DJ et productrice londonienne India Jordan est cofondatrice, avec Deadboy, du label New Atlantis, en plus d’animer des émissions de radio. Son style où se confondent ambient, techno et hi-NRG house est son arme secrète.

Le mois dernier, elle a fait paraître chez Local Action DNT STP MY LV, un excellent premier EP rempli de bombes qui remplissent un dancefloor le temps de le dire.

Sur la pièce-titre de l’EP, Jordan réalise une combinaison parfaite de disco et de house de haut voltage, qui rappelle le nouveau son de Manchester construit par Finn et ANZ, deux amis d’India qui ont aussi au cours des derniers mois sorti d’excellents projets qui méritent de l’attention.

Love Keeps Kicking, de Martha

Peu de groupes sont capables de rendre amusante la musique politique et revendicatrice. Le groupe indie-punk anglais Martha y arrive sans trop d’efforts. Sur Love Keeps Kicking, le troisième album du groupe, on sent que les musiciens ont atteint le niveau de confort qui leur convient. Les paroles humoristiques, profondes et engagées rappelleront certains moments de la carrière de Billy Bragg, alors que les compositions instrumentales inspirent la bonne humeur, malgré la lourdeur des paroles.

Le groupe traite de santé mentale, de fierté queer, du Brexit, mais toujours avec une pointe d’espoir ou de nihilisme, selon la chanson. Cet album est probablement celui qui réussira à faire connaître Martha d’un plus grand public de ce côté-ci de l’Atlantique, reconnaissance qui sera méritée, car c’est probablement le projet le plus excitant de cette liste déjà truffée de petits trésors.

La Barquetterie, de Benny Adam

La communauté hip-hop montréalaise a connu Benny Adam dans les dernières années grâce à ses productions, notamment sur Soufflette d’Obia le Chef ou pour les rappeurs français Niro et SCH. Mais il s’avère que le jeune montréalais est aussi un excellent rappeur, comme il le prouve sur La Barquetterie, un impressionnant premier album paru chez Coyote fin avril.

Ce projet consiste en sept chansons toutes très différentes, mais extrêmement captivantes, voyageant à travers les styles et les arrangements qui forment un beau tableau de l’étendue du talent d’Adam. Si l’ordre des chansons sur un projet peut parfois être aléatoire et changeable, Benny change ici les choses en mettant sa seule chanson sans collaborateurs à la toute fin de l’EP, comme un coup final qui lui fera gagner le match. Une chose est sûre, on n’a pas fini d’entendre parler de Benny Adam.

Morbid Stuff, de PUP

C’est toujours excitant de voir un groupe qu’on admire depuis longtemps gagner en popularité, et peu de groupes au Canada le méritent plus que PUP. Les gars cumulent plusieurs centaines de shows par année, partout dans le monde, dans un style DIY inspirant. Avec Morbid Stuff, le groupe torontois a bien fait comprendre au monde de la musique qu’on ne pouvait plus les ignorer, car ils sont au sommet de leur art.

Sur The Dream is Over, leur album précédent, les gars ont choisi d’adopter une approche humoristique pour aborder le problème très sérieux qu’avait le chanteur Stefan, une lésion au niveau de ses cordes vocales qui aurait très bien pu mettre fin à sa carrière musicale, d’où le titre de l’album. Ici, le groupe s’attaque plutôt aux problèmes de santé mentale qui peuvent être exacerbés par une vie passée sur la route à faire des shows chaque soir. Si ce n’est pas leur album le plus agressif, c’est sans doute leur projet le plus abouti, avec une production bien léchée et une cohésion irréprochable, qui s’écoute aussi bien en buvant des bières avec des amis qu’en road trip avec sa famille.

Cuz I Love You, de Lizzo

Nous étions plusieurs à attendre avec impatience ce troisième album de la chanteuse texane Lizzo. Avec le single Truth Hurts, paru en 2017, le grand public a appris à connaître cette talentueuse artiste qui passe sans problème du chant au rap et à la flûte traversière.

Sur Cuz I Love You, on retrouve Lizzo en pleine forme, maîtrisant parfaitement son art. Écouter cet album en marchant, c’est un peu comme avoir une parade qui vous suit, avec des cheerleaders qui vous encouragent. Ça fait monter votre adrénaline et vous donne la confiance dont vous avez besoin pour la journée. C’est exactement le genre de pop qui manquait sur la scène actuelle : un bonbon pour le cœur et les oreilles.

Tout ça pour ça, de Loud

Je veux tout d’abord dire que le show de Loud au Centre Bell était époustouflant. J’étais ravi, étonné, impressionné, et plein d’autres adjectifs. C’était un moment important pour l’industrie musicale québécoise, et ça se sentait très bien dans la fébrilité qui régnait dans la salle.

Si certains doutaient que Loud soit le prince du rap québ, leurs doutes ont été vite effacés par Tout ça pour ça, un deuxième album méthodiquement bien pensé et réalisé, prouvant que Loud et son équipe sont de fins stratèges. On a bien sûr droit au brag rap coloré auquel le rappeur nous a habitués avec ses projets précédents, mais aussi à des chansons plus introspectives et profondes, comme Sometimes, All the Time, une collaboration avec Charlotte Cardin, ou GG, dernière pièce de l’album, une lettre ouverte à ses détracteurs.

Nothing Great About Britain, de Slowthai

Slowthai est d’après moi un des artistes les plus innovateurs et intéressants de notre génération. À seulement 24 ans, le « Brexit Bandit » chamboule toute la scène musicale anglaise avec ses beats qui n’ont souvent aucun sens, qui repousseraient même des puristes du rythme tant ils sont saccadés. Mais le plus étonnant, c’est que le jeune rappeur des Midlands réussit coup sur coup à rattraper les instrus, d’une manière qui fascine et encourage l’auditeur à rester attentif.

Il y a deux ans, il arrive comme un coup de pied dans la fourmilière de la scène britannique où le grime et l’afro-bashment se partageaient la vedette, avec un style abrasif de rap qui se rapproche plutôt du punk, agressif et vitriolique, craché à toute allure. Provocateur, il décide de nommer ce premier album Nothing Great About Britain, un doigt d’honneur aux nationalistes blancs qui tentent de diviser son pays. Issu d’un milieu défavorisé de Northampton, le jeune rappeur estimait qu’avant lui, personne n’avait vraiment réussi à donner aux jeunes dans sa situation une voix, dont il se fait fièrement le porte-étendard. Cet album n’est pas le plus accessible de cette liste, mais vaut vraiment toute votre attention, car le phénomène Slowthai n’est pas près de mourir.

Better Oblivion Community Center , de Better Oblivion Community Center

Je doute que qui ce soit se serait douté qu’un jour on aurait droit à une collaboration entre Conor Oberst et Phoebe Bridgers, mais je suis très content que ce soit arrivé. On connaît Oberst pour son importante contribution à la scène indie-emo, avec son groupe Bright Eyes, ou au punk pour son travail avec Desaparecidos. En 2017, le vétéran de la scène découvre sur internet Bridgers, alors âgée de 24 ans, qui venait de sortir son premier album, Stranger in the Alps.

Pour la jeune chanteuse, c’est évidemment un rêve qui se réalise, et très vite, les deux se mettent à collaborer. Le résultat : Better Oblivion Community Center, un duo indie-folk et un envoûtant album éponyme. Des arrangements éthérés et apaisants typiques de Bridgers aux paroles percutantes et crues de Conor Oberst, on a une formule gagnante. C’est un album qui saura autant ravir les fans les plus emos que les folkheads les plus convaincus.

Maison ouverte , de Simon Kearney

J’ai découvert cet album très tard. Beaucoup trop tard, en fait, et je m’en mords les doigts.

Simon Kearney est un jeune artiste de Québec qui roule sa bosse depuis quelques années, étant musicien accompagnateur pour d’autres artistes, comme Pascale Picard et Vincent Vallières. Il fait paraître l’an dernier le single C’pas les raisons qui manquent, et Maison ouverte en janvier dernier.

C’est un album qui évoque beaucoup les années 90, tout en gardant un côté très actuel qui se ressent surtout dans les paroles. Merveilleusement arrangé, des guitares au banjo aux grosses lignes de synthés flottant aux dessus des mélodies, c’est un premier accomplissement très prometteur de Simon Kearney. Si vous avez aimé La nuit est une panthère de Les Louanges, c’est l’album pour vous.

Billy Eff est sur internet ici et .