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Planet Giza, les prochains Québécois à exploser à l’international

ParMaxime AlborsphotosWilliam Gignac

Et tout ça grâce à internet.

Ce trio de producteurs, dont la musique dépasse les frontières depuis près de quatre ans vient de sortir un nouvel EP très attendu. Rami.B(izzle), Dumix et Tony $tone, tous dans la jeune vingtaine, sont maintenant prêts à exploser aux yeux du grand public et obtenir la reconnaissance qu'ils désirent ici et ailleurs.

« On est connecté partout sur la planète tout cela en utilisant seulement l'internet. » Cette phrase du rapper Rowjay, proche du groupe, décrit bien la situation de Planet Giza. Leur nouvel EP Détour: Zayad City vient de sortir et il est bien plus attendu à l'international qu'au Québec. « Ce n'est pas à Montréal que notre musique est la mieux reçue. J'ai l'impression que, quand tu chantes en anglais, tu pars déjà avec un handicap ici. C'est vraiment dommage, on a l'impression que c'est juste un problème de langue parfois. On a très peu de soutien de la part des médias locaux alors qu'on est écoutés massivement au Canada anglais, aux États-Unis et en France. On reçoit plein de messages de gens qui aimeraient nous voir performer dans leurs villes », raconte Rami.

Un engouement qui s'explique par le fait que Planet Giza est une parfaite illustration de la génération SoundCloud, la plateforme de streaming qui a vu l'éclosion de producteurs depuis leur sous-sol comme les Montréalais Kaytranada, High Klassified ou Da-P. « SoundCloud est une très bonne plateforme pour mettre des beats, avoir le feedback de gens complètement différents et créer des connexions avec des artistes. Même si aujourd'hui la plateforme est saturée et connaît certains problèmes, c'est elle qui nous a permis d'être écoutés ailleurs qu'au Québec », poursuit-il. C'est d'ailleurs grâce à SoundCloud que leur musique est arrivée dans les oreilles de nombreux DJ internationaux. « Le premier à avoir joué notre musique, c'est le producteur australien Ta-Ku en 2013. On était vraiment contents, ça donne toujours un coup de pouce, ce genre de choses. Aujourd'hui, ça arrive souvent, il y a Lefto et Gaslamp Killer qui ont joué certaines de nos tracks dans leurs mix récemment. »

Si leur musique séduit autant de monde, c'est parce que c'est un fin mélange de house et de trap, le tout agrémenter d'une grande variété de samples. « C'est autant extrait de chansons funk que de musique brésilienne ou de kompa. On est allés vraiment chercher des tracks de partout dans le monde, relate Dumix. On a tous des backgrounds musicaux différents, c'est pour ça que notre son est si unique. Chacun sait faire au moins un truc que les autres ne savent pas. Rami, c'est le côté plus house, moi un peu plus trap alors que Tony peut tout faire : il produit, il rappe et il chante. »

En réalité, internet et Planet Giza, c'est une grande et longue histoire d'amour. Les trois producteurs, vivant respectivement dans les villes de Laval, de Montréal (plus précisément dans l'arrondissement de Saint-Léonard) et de Gatineau, ont pris l'habitude de travailler leurs morceaux à distance depuis un certain temps. « Pour nous, habiter dans des villes différentes n'est pas un handicap pour faire de la musique. Avec internet, c'est très facile. C'est sûr qu'on préfère être tous les trois dans la même pièce, mais bon, on fait de la musique depuis qu'on a respectivement 11 et 13 ans, ce n'est pas la distance qui va nous arrêter », ajoute Dumix.

Leur nouvel EP illustre plutôt bien cette relation avec internet. Plusieurs des chansons ont été réalisées à distance. « Par exemple, il y a des voix que j'ai enregistrées tout seul à Gatineau », raconte Tony $tone. Une recette similaire a été appliquée pour les trois featurings. « Les collaborations avec Kaytranada et Da-P ont été faites en ligne même si ce sont des gars qu'on connaît très bien. Parfois, c'est juste plus simple pour tout le monde. Le featuring avec Larce Blake, c'est uniquement grâce à internet qu'on a connecté avec lui. C'est un gars de Dallas qui nous a hit up sur SoundCloud. Au final, ce sont que des gens qu'on apprécie et qui pousse notre musique. Par exemple, Kaytra jouait déjà certaines de nos tracks quand il avait son show sur BBC Radio One en 2015. Il aime notre musique et nous supporte depuis le début. Son succès est inspirant parce qu'on voit que c'est possible de sortir du Québec », confie Rami.

Résultat : un EP abouti qui devrait piquer la curiosité à la fois des initiés et du grand public. « Ce projet, on l'a créé avant tout pour que les gens se sentent bien et qu'ils puissent danser dessus. Mes paroles sont assez freestyle, je parle de tout ce qui me tente, surtout de femmes et de fun. On a ajouté trois interludes pour y donner un peu plus de relief et raconter une histoire. Ce sont deux gars qui s'en vont à l'aventure, mais qui n'arrivent pas à la destination prévue et se retrouvent complètement perdus. J'aime voir ce projet comme un film », explique Tony.

Pour Planet Giza, Détour: Zayad City, c'est l'occasion d'ouvrir de nouvelles portes pour mieux entretenir ce vaste réseau développé sur le web. « Notre objectif avec cet EP est de tourner ailleurs qu'au Canada », espère Tony. « Étrangement, enchaîne Rami, il n'y a aucun label qui nous a approchés, on est un peu dans une zone grise. On a quand même énormément de views, et je pensais que ça aurait débouché sur plus d'opportunités. Pour être honnête, on ne se fait pas vraiment de souci, si la musique est bonne, ça va forcément exploser à un moment donné. »

Une liberté musicale complète qui n'est pas pour leur déplaire. « On a pas de label, pas de manager, tout sort en indépendant. Pour le moment, on n'a pas vraiment besoin d'une maison de disques. Le jour où on aura véritablement blow up, on y pensera. Paradoxalement, le fame, ça ne nous intéresse pas, on veut que ça soit notre musique qui soit connue, mais pas forcément nous en tant que personne », ajoute Dumix. Une chose est certaine, la musique de Planet Giza va continuer de voyager en ligne d'ici les prochaines semaines.