Elon Musk n'en démord pas : « Mars sera colonisée en 2024 puis terraformée »

En dépit des problèmes scientifiques, techniques et éthiques considérables qui entravent son projet, Elon Musk n'entend toujours pas les critiques.

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04 octobre 2017, 8:19pm

Cet article a été traduit par Motherboard France.

Elon Musk a le ferme intention d'emmener l'humain sur Mars d'ici 2024, et insiste lourdement sur le fait que cette projection optimiste n'a rien d'une "faute de frappe" malheureuse.

Il a présenté son projet de manière la plus détaillée jamais faite jusqu'alors, à l'occasion d'une intervention baptisée "Making Life Multiplanetary" lors du dernier jour du Congrès international d'astronautique. Il s'agit essentiellement d'une mise à jour du plan qu'il avait présenté l'an dernier lors du même événement. Depuis 2016, Musk répète que l'entreprise SpaceX a conçu le vaisseau spatial qui permettra de réaliser une mission martienne habitée, et qu'il sait comment la financer.

Le "nom de code" du vaisseau spatial mystère qui sera utilisé à cette occasion est BFR, pour "Big Fucking Rocket".

Musk a déclaré que le BFR consisterait en une combinaison des caractéristiques des vaisseaux Space X existants – à savoir le Falcon 9, le Falcon Heavy et le Dragon – au sein d'une seule fusée. Le Falcon 9, par exemple, est réputé pour ses "atterrissages de précision" au cours desquels l'engin atterrit en position verticale plutôt que de s'écraser au sol.

L'entrepreneur a précisé que les investisseurs souhaitaient assister à une démonstration de vol du BFR avant d'allouer des fonds supplémentaires au projet, ce qui justifie la conception d'un engin spatial composé de pièces et de technologies existantes.

Afin de rendre la mission martienne moins onéreuse, Musk ajoute que le BFR sera d'abord mis sur orbite, où un petit véhicule spatial ravitaillera son réservoir avant son départ pour Mars.

Cette stratégie permettra d'optimiser le rendement énergétique de fusée, puisque la poussée nécessaire au décollage de la fusée sera moindre avec un réservoir vide qu'avec un réservoir plein. Le véhicule spatial accueillera ses 150 tonnes de carburant en orbite, tandis que le réservoir sera suppléé par des matrices solaires, qui se déploieront sur les flans du BFR entre la Terre et Mars. Une série de vidéos publiées lundi sur le compte Instagram d'Elon Musk illustre les opérations.

Représentation de la cabine du BFR et de la partie cargo. Source : "Making Life Multiplanetary."
Représentation du ravitaillement en carburant du BFR en orbite avant le départ pour Mars. Source : Compte Instagram d'Elon Musk.
Représentation du BFR logé sur l'ISS. Source : "Making Life Multiplanetary."

Lors de sa présentation, Elon Musk a décrit le moteur du BFR, son écran thermique ainsi que la manière dont il pourra être réutilisé. Il a également montré une brève modélisation vidéo d'un atterrissage de précision dans l'atmosphère de Mars.

La partie cargo du BFR est conçue pour héberger une centaine de personnes confortablement, au sein de 40 cabines séparées pendant une durée de 3 à 6 mois. Un abri anti-tempête solaire est également prévu, ainsi qu'une "zone de divertissement" (dont Musk n'a pas expliqué la nature exacte).

Plus important, Musk a expliqué que la construction du BFR commencerait dans six à neuf mois, en quel cas il serait prêt pour un lancement en 2022. Pour lui, ça n'a rien d'impossible.

« Je suis à peu près sûr que nous pouvons terminer l'engin pour qu'il soit prêt à être lancé d'ici 5 ans, ajoute-t-il. Cinq ans, c'est énorme. »

Puisque la Terre et Mars sont physiquement plus proches l'une de l'autre tous les ans, Musk a cité 2024 comme une date alternative. Cependant, le fond de sa vision est bien d'envoyer des humains sur Mars en 2024. Il prévoit de lancer deux BFR abritant des personnes, et deux autres contenant une cargaison.

Avec l'augmentation de la présence humaine sur le sol martien, la première ville martienne devrait émerger progressivement, selon Musk.

Représentation d'une base martienne avec cargo, mais sans humains, selon les projections de Musk pour 2022. Source : "Making Life Multiplanetary."
Représentation d'une base martienne étendue comportant des habitations humaines, dans les années suivant 2022. Source : "Making Life Multiplanetary."
Représentation d'une ville martienne. Source : "Making Life Multiplanetary."

Musk ne compte pas seulement utiliser la technologie BFR pour Mars. Il envisage d'établir une colonie lunaire baptisée "Moon Base Alpha", et d'utiliser le BFR comme une alternative aux avions commerciaux. Si cet usage parvenait à se répandre, les gens pourraient selon lui se rendre dans n'importe quelle ville terrestre en moins d'une heure.

Musk n'a pas annoncé d'agenda pour la construction de la Moon Base Alpha, ni pour la mise en place d'un système de vols commerciaux interplanétaires.

" On est en 2017, on devrait déjà avoir une base lunaire", clame Elon Musk. "Qu'est-ce qu'on fabrique ?"

Représentation de la Moon Base Alpha. Source : Compte Instagram d'Elon Musk.
Représentation de l'usage commercial du BFR. Source : "Making Life Multiplanetary."

Même si les têtes pensantes de SpaceX sont dévouées corps et âme à perfectionner l'ingénierie de la BFR, rien ne dit que le même investissement ait été fait pour résoudre les problèmes de gouvernance et surmonter les défis scientifiques et techniques liés à la fameuse "terraformation" de la planète rouge. Paradoxalement, tandis qu'Elon Musk ressassait ses plans démiurgiques, la Fédération Internationale d'Astronautique célébrait le 50e anniversaire du Traité sur l'espace extérieur, qui interdit aux entreprises de s'attribuer la propriété d'un territoire céleste pour le compte d'un État-nation.

Il existe néanmoins de nombreux précédents où des entreprises privées ont bouleversé le droit des États-nations. Par exemple, la Compagnie britannique des Indes orientales a colonisé de manière violente des territoires de l'Inde, avant que la propriété de ces territoires ne soit progressivement transférée à la Grande-Bretagne. Certes, le sous-continent indien n'a que peu de points communs avec Mars. Mais puisque SpaceX entretient déjà une relation de travailavec la NASA, on peut légitimement invoquer l'histoire de la colonisation pour analyser cette situation.

Musk n'a jamais expliqué clairement ce que serait la relation entre la colonie martienne et le gouvernement américain – pour peu qu'il y en ait une. Il a également utilisé le terme "colonie" à plusieurs reprises, un terme explicitement associé à la conquête et à la violence.

De plus, l'entrepreneur n'a jamais expliqué comment il comptait "terraformer" Mars – une opération encore très abstraite qui n'existe qu'en littérature de science-fiction – même s'il a mentionné la terraformation dans une vidéo Instagram publiée lundi. " Avec le temps, nous terraformerons Mars pour la transformer en un endroit agréable", dit-il. " J'ai une très belle image de Mars en tête."

Représentation d'une version de Mars possédant une couverture nuageuse, de la végétation et de l'eau liquide. Source : Compte Instagram d'Elon Musk.

Ce beau projet trouve pourtant ses limites : il est impossible de terraformer Mars. Pour qu'une planète puisse accueillir la vie, elle doit être capable de retenir des éléments cruciaux tel que de l'oxygène et une atmosphère. Or, une planète ne peut pas avoir d'atmosphère sans une magnétosphère, le champ électrique produit par les mouvements de convection de son noyau.

De fait, Mars ne possède une atmosphère extrêmement fine (c'est un euphémisme) car son noyau s'est refroidi. Pour faire simple, Mars ne possède pas une magnétosphère suffisante pour soutenir une atmosphère digne de ce nom.

Selon les connaissances scientifiques actuelles, il est impossible de changer la composition du noyau martien afin qu'il puisse générer la magnétosphère désirée. Mais même si Musk réalisait l'exploit de modifier le noyau de Mars (rappelons que nous connaissons déjà très mal le noyau de la Terre), est-il éthique de modifier à ce point l'état naturel d'une planète, comme nous l'avons fait chez nous ?

" Sur Mars, l'aube et le crépuscule sont bleu, et le ciel est rouge durant la journée", explique Musk au cours de sa présentation. " Sur Terre, c'est l'inverse." A-t-il considéré de renverser ce phénomène-là, également ?

En introduction de son intervention, Musk a brièvement justifié son désir que nous devenions une espèce interplanétaire.

" Je pense que, fondamentalement, le futur nous apparaîtra plus vaste et plus excitant si nous sommes une civilisation spatiale et une espèce multiplanétaire, plutôt que l'inverse", affirme-t-il. " Nous avons besoin d'être inspirés. Nous avons besoin de nous lever le matin en nous disant que le futur sera fantastique. C'est ce qui adviendra si nous devenons une espèce spatiale. Il faut croire en le futur, et se persuader qu'il sera meilleur que le passé".

Il faudra sans doute que les plans "excitants et intéressants" de Musk deviennent un peu plus précis, concrets et un peu moins denses en superlatifs, s'il veut convaincre qui que ce soit.

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