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Une photographe fait le tour du monde pour exposer le côté sombre des zoos

« Les zoos sont faits avant tout pour divertir les gens, pas pour prendre soin des animaux. »

par Fadwa Lapierre
06 novembre 2017, 9:25pm

Orang-outan, Thaïlande, 2008. - Toutes le photos sont de Jo-Anne McArthur.

Il y a eu l'après- Blackfish (un film sur les orques en captivité diffusé en 2013) : quelques jours pendant lesquels on a maudit nos parents de nous avoir emmenés à Marineland. Ensuite, le débat autour du gorille nommé Harambe, qu'on a abattu pour protéger un bambin tombé dans son enclos. On a aussi vu les images de l'ours polaire amorphe sous la canicule à l'Aquarium du Québec ou celles du chameau rebelle du Zoo de Granby qui était écœuré de transporter un enfant sur son dos. Malgré les petites polémiques, ces attractions touristiques demeurent parmi les plus populaires.

Depuis 10 ans, la photographe et activiste Jo-Anne McArthur a visité les zoos et aquariums de 25 pays pour documenter le sort des animaux en captivité. Ses photos troublantes se trouvent dans son livre Captive, publié l'été dernier. Elle dit ne pas gagner sa vie avec ses photos d'animaux, mais faire du bénévolat pour leur bien-être. « Sur le site weanimals.org, j'ai mis plus de 7000 photos disponibles gratuitement. Si le monde ne pouvait pas les voir, ça n'aurait aucun sens », explique-t-elle.

VICE : Parle-moi de ta démarche et de ce qui t'a motivée à te lancer dans un tel projet?
Tout le monde va au zoo, pour avoir du plaisir, pas pour développer une conscience sociale. À chacune de mes visites, j'entendais les parents chuchoter : « Oh, ce pauvre animal, il fait pitié, on va en voir un autre. » On doit arrêter de chuchoter. Il faut se rendre compte et montrer publiquement que ce ne sont pas des endroits adéquats pour les animaux.

J'ai visité les meilleurs et les pires zoos du monde. C'est vraiment facile de montrer la cruauté. Même dans les meilleurs, les espaces sont très restreints. J'ai passé des jours à observer les animaux. On remarque vite leur ennui, leurs gestes répétitifs imposés par leur environnement restreint les rendent dépressifs.

Bébé lion, Cuba, 2008.

Même un animal en liberté peut faire une mimique donnant l'impression qu'il ne va pas, selon les circonstances. Ton travail n'est pas biaisé par la mise en scène?
C'est vrai, je contrôle le moment précis où je prends la photo, je choisis volontairement les côtés négatifs. Les zoos font la même chose, en ne montrant seulement que le beau, allant même jusqu'à peindre des paysages de jungle ridicules dans les cages. Ce n'est pas parce que tu passes une belle journée à entendre les oiseaux gazouiller dans des installations colorées que les barreaux n'existent pas. On nous prend pour des caves en essayant de nous distraire pour qu'on ne voie pas le problème.

Python birman, Canada, 2008.

Ce n'est pas de l'anthropomorphisme, de dénoncer la dépression des animaux?
Je ne suis vraiment pas d'accord, les animaux ont des émotions complexes comme nous! Avec les connaissances comportementales qu'on a acquises, on réalise que l'être humain a plein de points communs avec les autres espèces animales. Quand tu vois un animal dépressif, eh bien il est dépressif! On est dans le déni. On ne veut juste pas croire qu'on est capable d'autant de cruauté.

Ours malais, Thaïlande, 2008.

Outre le côté activiste, tes photos, d'un point de vue strictement artistique, sont magnifiques. Pourquoi ce souci du détail?
C'est important pour moi de créer des photos très belles, pour qu'on ne détourne pas la tête, même quand le propos est dur. Il faut des éléments artistiques pour que les gens prennent le temps d'observer l'image. Dans mon cas, l'appareil-photo est plus un outil de changement qu'un outil créatif. On peut bien écrire des livres, passer des lois, mais les images parlent davantage. Le message est efficace.

Après avoir visité tous ces zoos, crois-tu que leur mission première de préservation est essentielle?
Oui, mais actuellement les zoos sont faits avant tout pour divertir les gens, pas pour prendre soin des animaux. Ils dépensent plus d'argent en marketing qu'en préservation. Les projecteurs sont tournés vers eux, ils savent qu'ils doivent apporter des changements. Leur modèle est archaïque. Ça va prendre du temps, mais les choses changent.

Girafe, Allemagne, 2016.

À force de prendre des photos difficiles, on t'a diagnostiqué un trouble post-traumatique?
Pour d'autres projets, j'ai visité plusieurs fermes et abattoirs dans le monde. J'ai vu des choses terribles. C'est difficile d'être témoin de cruauté et de ne pas pouvoir agir. Tu entres en contact avec l'animal et tu le laisses à sa vie misérable. J'ai été traitée pour dépression et trouble post-traumatique.

Je n'ai pas été capable d'arrêter parce que je sais que mes photos ont un impact. Des millions de personnes les ont vues. J'ai décidé de ne pas vivre dans la frustration pour ma santé mentale. Je me concentre sur le changement parce que les animaux ont besoin de moi.

Voici quelques photos de son oeuvre:

Éléphant d'Asie, Danemark, 2016.
Lions, Lithuanie, 2016.
Chimpanzé, Danemark, 2016.
Grand dauphin, États-Unis, 2012.
Éléphant, France, 2016.