Au 369 Tanjong Katong, un bâtiment destiné à la démolition a été ouvert aux graffeurs. Photo : KRINGE

Une brève histoire du graffiti à Singapour

Oui, ça existe aussi dans la cité-État propre comme un sou neuf.

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29 novembre 2018, 5:24pm

Au 369 Tanjong Katong, un bâtiment destiné à la démolition a été ouvert aux graffeurs. Photo : KRINGE

L'article original a été publié sur VICE Asie.

Les termes de vandalisme et de graffitis ne viennent pas forcément à l’esprit quand on pense à Singapour. Depuis le début des années 1990, la cité-État s’est taillée une réputation pour sa propreté – de la fameuse interdiction de la gomme à mâcher aux amendes pour des comportements répréhensibles mineurs tels que cracher par terre et jeter des détritus.

Creusez un peu plus l’histoire de la sous-culture du graffiti à Singapour et vous découvrirez qu’un petit nombre de graffeurs exerçaient jadis librement dans les rues impeccables de Singapour. Avant l’arrivée des fresques colorées et la commercialisation du « street art », il fut un temps où les jeunes étaient simplement inspirés par l’énergie du mouvement mondial du graffiti, qu’ils avaient connu dans des magazines de hip-hop et de skate.

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Le graffeur indonésien TUYULOVEME a laissé sa marque au 369 Tanjong Katong lors d'une récente visite. Il fait partie du crew local RSCLS. Photo : KRINGE.

SLACSATU, un graffeur singapourien, évoque ses premières expériences : « Nous avons trouvé de la peinture et l'avons essayée sur des cartons, mais nous avons rapidement ressenti le besoin de passer à un vrai mur, et c’est à ce moment-là que nous avons commencé à descendre dans les égouts pour nous entraîner. Il n’y avait pas besoin d’avoir une formation artistique pour s’y essayer, on y allait à tâtons. » À une époque où la culture du graffiti n'en était qu'à ses balbutiements à Singapour, un esprit communautaire commençait à s’esquisser parmi ses premiers praticiens.

Des crews tels que ZNC, OAC, PB et RSCLS se sont formés et ont compris qu'ils n'étaient pas seuls. « C’est comme ça qu’on se faisait des amis ou des ennemis à l’époque, sur les murs. On graffait ensemble, même sur les graffitis des autres, et c’est ce qui a déclenché les premières guerres de territoires à Singapour », ajoute SLACSATU.

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Les graffeurs se rassemblent généralement au Blackbook Studio, une boutique locale, pour graffer et passer le temps. Photo : KRINGE.

Il fallut toutefois peu de temps aux autorités pour s’en rendre compte et adopter des mesures de répression à grande échelle. Il en a résulté un accord permettant aux graffitis d'exister sur certains murs seulement – avec ceux-ci en place, les graffeurs auraient un lieu de pratique autorisé et aucune raison d'enfreindre la loi.

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Bien que ce compromis soit toujours en vigueur, il restreint la croissance de la communauté de manière évidente. SADAR, un graffeur de Toronto qui vit à Singapour depuis un an, déclare : « Bien que la communauté reste petite et soudée, peindre et repeindre les mêmes murs n’a plus rien de motivant ou de stimulant. En un sens, la scène graffiti de Singapour manque de charme, bien que son refus de disparaître complètement soit, en quelque sorte, une rébellion silencieuse.

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Le premier anniversaire du ZNC (ZincNiteCrew), le 26 juillet 1999, canal de Buona Vista. Photo : SLACSATU

Récemment, les occasions de peindre des bâtiments sur le point d'être démolis ont momentanément redonné vie à la communauté des graffitis, mais elles sont rares. En dépit de cette situation difficile, les graffeurs singapouriens sont déterminés à préserver ce qui reste de la communauté locale.

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L'un des deux murs légaux du Somerset Skatepark. Les pièces ont généralement une durée de vie de 1 à 2 semaines, parfois quelques jours ou moins. Photo : KRINGE.

Pour le moment, ils tirent parti de la situation géographique de la ville et sautent sur les vols low cost pour prendre part aux scènes de graffitis florissantes de leurs voisins de l’Asie du Sud-Est.