Art de vivre

Voici des concepts de magasins encore plus inutiles que les licornes

On a pensé à vous, et on a trouvé des idées vraiment innovantes.

par Sara Barrière-Brunet
30 mai 2019, 4:43pm

Montage par Mathieu Rouland

Un magasin sur le thème des licornes vient d’ouvrir à Montréal. En 2019. Après que la compagnie Starbuck a commercialisé un café « licorne », il me semble qu’on aurait pu décider collectivement que ça voulait dire que c’était mort, qu’on avait atteint le point de saturation des couleurs pastels.

Ce n’était pas nécessaire.

Puisque chez VICE, on a le cœur sur la main, on a décidé d’offrir gratuitement à de futurs investisseurs des concepts de magasin de tendances dépassées, pour qu’ils puissent espérer casher sur un concept mort depuis longtemps. Remerciez-nous plus tard. Et on va prendre une ristourne de 10 % sur chaque cochonnerie vendue et sur la vente finale de faillite.

La shop à moustaches

Ne détournez pas le regard. N’ayez pas honte. C’était une phase de votre vie. Celle où vous avez découvert le groupe indé Arcade Fire, où vous portiez le bonnet de laine, la chemise à carreaux et où vous vous êtes fait tatouer une moustache sur le doigt. Trop génial, ça vous rendait vraiment drôle et original de déplacer votre index sous votre nez d’une manière qui dit : « Heyyyyy, regarde, j’ai une moustache sous le nez! » Les photographes des soirées à la mode s’en délectent encore.

Pour rendre hommage à cette période glauque et totalement dépassée de votre vie, on va consacrer un espace hommage à la pilosité faciale. Sur le Plateau, évidemment. Oui, la déco sera néo-rustique avec des ampoules de type Edison. Oui, le personnel va porter la chemise de bûcheron et ledit tattoo. Oui, un photobooth sera placé à l’arrière afin d’immortaliser cette pointe d’humour qui vous rend si original.

Ah et on va vendre des tasses et d’autres objets inutiles sertis d’une belle moustache de dandy. Peut-être réussirons-nous à rassembler deux ou trois acheteurs ironiques.

Le stand à fidget spinners

C’était populaire il y a deux ans, pourquoi pas commencer à en vendre seulement maintenant?

La bébelle qui allait soigner l’autisme et rendre fous les professeurs d’école. Popularisé en 2017, et créé par Catherine Hettinger, une ingénieure et chimiste, le spinner est d’abord présenté comme un outil pour les enfants avec des problèmes de concentration. Parce qu’on sait tous que c’est vraiment thérapeutique de fixer un cossin qui tournoie sur son doigt. On devient tous comme un chat devant une toupie : idiot. Il a été prouvé par la suite que ces prétentions thérapeutiques n’étaient finalement que des prétentions.

Voilà qui semble être un modèle d’affaires viable. Imaginez donc un stand en pleine zone touristique du Vieux-Port qui vend tous les modèles. On en offrirait des personnalisés, avec seulement des noms anglophones populaires, dont toutes les déclinaisons de Steve, Steeve, Steven, Stephen, Stephan, mais jamais des affaires simples comme Michel ou Élise. Ainsi que d’autres fidèles à notre identité, étampés de slogans locaux comme CANNABIS QC, LA BELLE PROVINCE ou POUTINE, ou encore quelques symboles volés aux peuples autochtones. On prédit un succès foudroyant.

Un service de consultation pour chorégraphies de lipdub

Faire sa marque sur le web en 2019, ce n’est pas facile. La compétition est féroce. Pourquoi ne pas sortir du lot en ramenant sur la table un concept désuet qui a cessé d’intéresser tout le monde en 2008?

Bienvenue à notre service de création de chorégraphies de lipdub. Parce que, n’oubliez pas, ce format mêle trois tendances fortes : la vidéo (c’est tout ce que les jeunes regardent), la nostalgie (10 ans, c’est presque une éternité) et viralité (partage rapide et imprévisible d’un contenu sur les réseaux sociaux, selon Wikipédia).

Suffit de recruter quelques anciens du programme de communication de l’UQAM (vous n’avez qu’à visiter le comité de chômage ou la cellule anarchiste de votre quartier), et ils insuffleront vitalité et innovation 360° à votre lipdub. Rassemblez-les dans un loft du Mile-Ex au look industriel, et vous voilà avec un studio de danse d’où déborderont les idées fraîches de chorégraphies qui élèveront votre produit au rang des tendances périmées aussi vite que l’éclair.

Un magasin de cupcakes

Vous vous rappelez quand on a découvert Sex and the City et Magnolia Bakery? Révolutionnaire. Ces petits gâteaux colorés coiffés d’un crémage au beurre trop sucré se sont faufilés dans nos vies telles des anguilles malicieuses. On les trouvait partout, des partys de bureau aux showers de mariage. Comme si le fait de croquer dans un très petit gâteau trop sucré allait saupoudrer nos vies de paillettes magiques.

Maintenant que ces boutiques ont fermé, faute d’avoir su garder le trend en vie, ces gâteaux à la saveur de magie ne sont nulle part. C’est pourquoi il faut ramener le concept. Et pas avec une twist « moderne » sans-gluten-végane-bio, là. On parle de la vraie affaire full beurre, full colorant artificiel. Avec des thèmes vraiment actuels comme des cupcakes roses ou bleus pour les showers de bébé, parce que tout le monde sait que ces couleurs représentent vraiment adéquatement le genre. Et tout dans la boutique serait vraiment girly et mignon, parce que tout le monde sait que ce sont juste les filles qui aiment manger du gâteau en papotant. Hihihi.

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On termine avec quelques idées désuètes en vrac:

  • Un vape shop
  • Un magasin de CD
  • Une boutique de vêtements pour « métrosexuel »