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Alt-Right

Des ex-néonazis expliquent les motivations des adeptes de l’alt-right

« L’alt-right n’existe pas. Ce n’est rien de plus que des suprémacistes blancs qui servent la haine dans un nouvel emballage et une forme moins impropre à la consommation humaine. »

par Annie Armstrong
28 février 2017, 12:00pm

Difficile de trouver vidéo plus satisfaisante à voir que celle de Richard Spencer, le suprémaciste blanc et fondateur de l'alt-right, qui reçoit un coup de poing en pleine face pendant une entrevue. Elle a déclenché un vif débat en ligne : est-il bien ou mal de battre un néonazi? Cependant, aussi cathartique que ce soit, casser la gueule à un suprémaciste blanc ne nous en dit pas beaucoup sur l'approche qu'il convient d'adopter.

Parler avec des ex-néonazis, par contre, le pourrait. Nous avons donc demandé à Angela King, Tony McAleer et Frank Meeink d'expliquer ce qui motive les adeptes des mouvements d'extrême droite, leurs raisons à eux de les avoir quittés et les risques qu'ils voient aujourd'hui. Les trois dirigent maintenant Life After Hate, un groupe sans but lucratif de réhabilitation d'autres anciens membres de groupes haineux. Bien que leurs expériences soient différentes — Tony McAleer recrutait des skinheads au Canada, Angela King était une suprémaciste blanche dans le sud de la Floride et Frank Meeink était à la tête d'un groupe skinhead en Illinois —, ils ont un point en commun : une connaissance profonde des conditions qui favorisent l'adoption des idéologies haineuses.

VICE : Qu'est-ce qui vous a incité à vous joindre au mouvement néonazi?
Frank Meeink : Le sentiment d'appartenance, de faire partie de quelque chose.

Tony McAleer : Le pouvoir, la notoriété, l'acceptation et l'approbation. Comme quand on va à l'épicerie et qu'on a vraiment faim. On achète du fast-food, non? J'avais émotionnellement faim.

Quand et pourquoi vous êtes-vous distanciés du mouvement?
Frank Meeink : En 1993. J'avais 19 ans. Ce n'était pas ce que j'avais imaginé. Je ne pensais pas que j'aurais déjà fait de la prison. Et des personnes ont commencé à me faire comprendre que, peu importe leur couleur de peau, ils vivent les mêmes choses que moi. Je parlais avec un jeune détenu noir à propos de nos blondes en dehors de la prison, et c'était comme si nous avions les mêmes sentiments et émotions. On se demandait tous les deux si elles allaient nous tromper et des choses comme ça. Mais ç'a été long.

Angela King : J'ai été condamnée à la prison dans un cas de crime haineux très médiatisé. Je m'attendais à être battue sans arrêt en raison de qui j'étais. Il y avait des femmes envers lesquelles j'aurais pu être très dure, peut-être violente, si on s'était rencontrées dans des circonstances différentes. Même si elles savaient qui j'étais, elles m'ont traitée avec gentillesse et compassion. Je ne savais honnêtement pas comment réagir. Toute ma vie avait été un mélange de colère, d'agressivité, de haine et de bagarre.

Elles y sont allées doucement avec moi. Elles m'ont posé des questions que je ne voulais pas me poser, parce que j'aurais dû admettre à quel point j'avais été une mauvaise personne. Une grande partie des groupes avec lesquels je me tenais était d'origine jamaïcaine. Une d'elles m'a demandé si je l'aurais traitée de négresse. Elle a dit : « Aurais-tu essayé de me blesser? Et si ma fille avait été là, aurais-tu essayé de nous tuer? » En prison, tu ne peux pas simplement t'en aller si tu es mal à l'aise.

Vous seriez-vous ralliés à l'alt-right?
Frank Meeink : Absolument. C'est le même mouvement. On l'a juste rendu présentable. Ils prônent exactement les mêmes choses que je prônais avant. Exactement les mêmes.

Angela King : L'alt-right n'existe pas. Ce n'est rien de plus quedes suprémacistes blancs qui servent la haine dans un nouvel emballage et une forme moins impropre à la consommation humaine.

Quand je suis sortie du mouvement néonazi à 23 ans, on nous disait qu'on était trop visibles. On a commencé à entendre : « Arrêtez de vous raser la tête, arrêtez de vous faire tatouer, arrêtez d'être aussi facile à reconnaître, arrêtez de commettre des crimes qui attirent l'attention négative sur nous ». C'est ce qu'on nous disait. Infiltrez-vous. Devenez policier, avocat, médecin. Participez à différents aspects de la société, et quand le temps sera venu, il y aura un but : une guerre raciale.

Tony McAleer : Quand je faisais partie du mouvement, j'étais connu pour faire paraître raisonnable ce qui était déraisonnable. S'il porte une chemise, une cravate et un veston, qu'il a fait des études, qu'il n'a pas de tatouage et qu'il devient présentable, un suprémaciste blanc paraîtra raisonnable. C'est ce que j'ai fait quand j'étais dans le mouvement. C'est drôle de voir, 20 ans plus tard, que le mouvement a exactement cette apparence.

Est-ce qu'il y a un risque que cette extrême droite suprémaciste et violente gagne plus de pouvoir?
Frank Meeink : Ils ont gagné du pouvoir. Ils y sont. Leurs membres principaux sont au pouvoir. Steve Bannon siège maintenant au Conseil de sécurité nationale. Richard Spencer se présentera quelque part, et il va gagner parce qu'il se présentera au bon endroit.

Tony McAleer : Regardez comment l'État islamique recrute les jeunes en Europe, ils ne promettent pas de faire d'eux des musulmans universitaires. Les recruteurs trouvent ces jeunes, presque délinquants, et ils leur proposent un but et un sens qu'ils peuvent trouver en rejoignant le groupe. C'est comme s'ils leur proposaient une fantaisie dans laquelle ils seraient des héros. On voit dans les affaires de l'extrême droite beaucoup d'images de Vikings. C'est un parcours de héros hypermasculin, et on aime en faire partie quand pas grand-chose ne va dans la vie.

Qu'est-ce qui motive l'alt-right à prendre la parole?
Angela King : Toutes les fausses nouvelles, je pense. Il y a des concentrations de gens au pays qui ne sont pas fondamentalement racistes ou haineux, mais qui ne mènent pas la grande vie. Au contraire, ils arrivent à peine à joindre les deux bouts. Évidemment, ceux qui se font appeler l'alt-right ont longuement réfléchi à la façon de les attirer. Leurs discours visent à diviser en deux clans : nous contre eux. Ils disent que les immigrants et les réfugiés sont nos plus grands ennemis, pas qu'ils fuient pour rester en vie, mais qu'ils viennent pour détruire les États-Unis.

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Les entrevues ont été légèrement éditées par souci de clarté et de concision.