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On s’est fait passer pour 100 sénateurs voulant publier de la publicité sur Facebook

Et Facebook a approuvé toutes les fausses publicités soumises.
01 novembre 2018, 4:38pm
On s’est fait passer pour 100 sénateurs voulant publier de la publicité sur Facebook

L’article original a été publié sur VICE News États-Unis.

L’une des principales tentatives de Facebook pour rendre les publicités politiques plus transparentes a été l’obligation d’indiquer « Payée par » suivi du nom du commanditaire en haut de chaque publicité, afin que les utilisateurs sachent qui paye pour les publicités politiques qu’ils voient dans leur fil de nouvelles.

Mais, à la veille des élections de mi-mandat aux États-Unis, un test de VICE montre que cette fonction est facile à manipuler et il semble que n’importe qui peut mentir à propos du commanditaire d’une publicité politique, voire faire croire que quelqu’un paye pour la publicité.

Pour tester l’outil « Payé par », VICE a soumis de fausses publicités au nom des 100 sénateurs américains, y compris Mitch McConnell, le chef de la majorité, et Chuck Schumer, le chef de la minorité. Facebook n’a pas de parti pris : les 100 publicités ont été approuvées, montrant que quasiment tout le monde peut publier une publicité supposément « payée par » un politicien américain.

De plus, nos fausses publicités devaient être publiées par des pages Facebook de faux groupes politiques tels que « Cookies for Political Transparency » ou « Ninja Turtles PAC », en dépit de quoi Facebook les a approuvées. Dans le cadre du test, VICE n’a publié aucune publicité sur Facebook : nous nous sommes contentés de recevoir l’approbation de publier des publicités avec la mention « Payée par ».

Ce test fait suite à un précédent test de VICE effectué la semaine dernière, par lequel nous avons reçu l’approbation pour la publication de publicités politiques au nom de Mike Pence, vice-président des États-Unis, de Tom Perez, président du Comité national démocrate, et même du groupe État islamique. Par contre, une tentative de publier une publicité prétendument payée par Hillary Clinton a été refusée. Facebook avait déclaré que ces publicités n’auraient pas dû être approuvées.

Ces tests montrent que le respect de l’obligation imposée est totalement volontaire, et qu’un outil conçu par Facebook pour que les utilisateurs fassent davantage confiance à la publicité peut aussi être un vecteur de désinformation, et une autre façon pour des groupes malveillants de se jouer du média social.

« Si Facebook prétend vérifier qui paye pour les publicités politiques, il doit le faire réellement, nous a dit le sénateur démocrate de l’Oregon, Ron Wyden. Il est clair qu’il faut faire beaucoup plus pour lutter contre les contenus faux et frauduleux, autant dans les publicités payées que dans les publications virales. »

Facebook a admis que les 100 publicités prétendument « payées par » des sénateurs américains n’auraient jamais dû être approuvées non plus. Mais la compagnie affirme que son outil « Payé par » a accru la transparence de la publicité politique et elle rappelle que ce n’est qu’un de ses moyens mis en œuvre. Il y a aussi la possibilité d’effectuer des recherches dans les archives de publicités.

« Nous savons que nous ne pouvons pas y arriver seuls, et en conservant ces publicités pendant sept ans, des individus, des régulateurs, des tierces parties et des groupes de surveillance peuvent exiger que ces groupes rendent des comptes », a dit Rob Leathern, chef de gestion de produit chez Facebook, par voie de communiqué.

Facebook a lancé l’outil « Payé par » en mai « pour aider à prévenir les abus, en particulier pendant les élections ». Rob Leathern avait alors souligné son importance : « Il vous aidera à voir qui paye pour la publicité. Ce qui est particulièrement important lorsque le nom de la page ne correspond pas au nom de la compagnie ou de la personne qui paye l’annonce. »

Rob Goldman, vice-président de Facebook, a récemment répété ce message il y a quelques jours. « Pour ce qui est de la publicité sur Facebook, les gens devraient pouvoir dire qui est l’annonceur et quelles sont les publicités qu’il publie, en particulier si ce sont des publicités politiques », a-t-il écrit le 27 octobre.

En annonçant de nouveaux moyens d’accroître la transparence ou lutter contre l’influence étrangère, Facebook avait fait une mise en garde : « Ces changements ne préviendront pas totalement les abus. Nous sommes confrontés à des adversaires intelligents, créatifs et bien financés qui changent de tactique quand nous détectons des abus. Mais nous pensons qu’ils contribueront à éviter l’ingérence dans les élections par le biais de Facebook. Et c’est pourquoi ils sont si importants », avait écrit Rob Leathern.

Toutefois, pour se faire passer pour 100 sénateurs, il n’a pas été nécessaire d’être intelligent, créatif, ni même particulièrement bien financé. Pour obtenir l’approbation de publier une publicité « payée par » un sénateur, il ne nous a en général fallu que quelques minutes. Nous avons utilisé dix fausses pages Facebook, sans contenu, et modifié la mention « Payée par » après chaque approbation.

Pour publier une publicité avec la mention « Payée par » sur Facebook, il faut aussi soumettre un nom d’entreprise, avec une image d’un permis de conduire valide et les quatre derniers chiffres d’un numéro d’assurance sociale.

Facebook avait lancé une campagne publicitaire intensive pour présenter ses nouveaux outils de transparence politique, dont la mention « Payée par ».

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« D’aussi loin que je me souvienne, chaque publicité à la radio ou à la télévision qui porte sur la politique se termine toujours par une divulgation du commanditaire », a dit Sarah Clark Schiff, chef de produit chez Facebook, dans une vidéo publiée la semaine dernière. « Et il n’y a jamais rien eu de systématique pour rendre aussi visibles les personnes qui payent pour le contenu politique payé sur Facebook, jusqu’à aujourd’hui. »

En fait, dans le cadre de notre test, il y a une tentative de publication d’une fausse publicité avec mention « Payée par » que Facebook n’a pas approuvée. Elle était « payée par » Mark Zuckerberg.