Photo: Dominic Berthiaume 

VICTIME veut que vous sachiez que c’est un « vrai » groupe et non une joke

On fait le bilan avec le trio post-punk de Québec, et on a beaucoup ri.

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30 janvier 2019, 3:10pm

Photo: Dominic Berthiaume 

À la fin 2017, mon collègue Benoit vous présentait Fatigue, premier simple de l’album La femme taupe du groupe VICTIME, paru en février 2018. Il nous décrivait le groupe comme étant un nouvel espoir québécois. À en voir la feuille de route depuis cette sortie – Lucien du meilleur album post-punk au GAMIQ, une première tournée en France, des dates au Canada anglais, une cassette secrète et un move engagé à Envol et Macadam –, on ne peut que constater qu’il avait raison.

L’hyperactive formation de Québec est de retour en sol montréalais cette semaine dans le cadre de la 4e édition du Taverne tour pour nous présenter un mélange de nouveaux (et d’un peu moins nouveaux) titres de leur post-punk aussi sensationnel qu’imprévisible.

VICE a rencontré les membres de VICTIME pour faire le point sur cette dernière année et discuter de l’ambivalence de son caractère.

VICE : Vous avez sorti votre premier album La femme taupe en février 2018, puis une cassette « secrète » intitulée Mi-tronc, mi-jambe en juin de la même année. Vous avez déjà une autre sortie prévue pour le mois de mars, de quoi s’agit-il?

Simon Provencher : En fait c’est le même matériel : on ressort Mi-tronc, mi-jambe, mais avec un matriçage professionnel et une version digitale. Ce qui est arrivé, c’est qu’on avait besoin de nouvelle marchandise pour nos spectacles d’été. On avait enregistré ces chansons-là ben vite, fait que j’ai fait un matriçage maison aussi vite pour les cassettes. Ce qui sort le mois prochain c’est mieux parce que 1) c’est pas sur une cassette, 2) ç’a été matricé par un pro.

Au final, les 25 cassettes qu’on a faites, c’était un genre de présortie pour les chanceux (ou pas chanceux) qui l’ont achetée cet été.

Laurence Gauthier-Brown : La sortie au mois de mars, c’est surtout pour souligner notre signature chez le label français October Tone. C’est eux qui rééditent.

VICE : L’automne dernier, vous avez fait votre première tournée en France et vous avez pris part à l’October Tone party à Strasbourg. Ça avait l’air de quoi, ce party-là?

L. G.-B. : Eh boy…

S. P. : On était dans un spot à Strasbourg qui s’appelle le Molodoï, de loin le plus grand espace DIY que j’ai vu de ma vie, y avait genre deux scènes. Ils avaient concocté un cocktail à notre nom et il était gratuit pour nous toute la soirée. On dormait chez un gars qui apparemment était le fournisseur de LSD de la ville au complet. Après le spectacle, je me suis poppé ça et j’ai pas dormi pendant 24 heures. Le lendemain matin, on envoyait des messages gênants à notre gérante. On trouvait ça ben drôle.

Samuel Gougoux : Une chance qu’on ne jouait pas le lendemain… On a dû perdre de l’espérance de vie avec cette soirée-là. Je suis allé m’acheter des noix un moment donné.

L. G.-B. : Sam a mangé une bonne dizaine de pistaches avec l’écale.

S. P. : Y était comme « hiiii sont roughs les noix que je me suis achetées » [rire].

L. G.-B. : Après ce party-là, on est devenus des « vrais » amis.

S. P. : Oui, c’est là où j’ai arrêté d’appeler Laurence « madame ».

VICE : Sam, tu es le seul à détenir un permis de conduire dans le groupe. C’était comment, la tournée en France?

S. G. : L’esti d’enfer sur terre! Mais, au final, je suis habitué, puisque c’est toujours comme ça. Au moins, on avait loué une grosse Volvo : c’était comme nice, mais c’était beaucoup de route.

L. G.-B. : Mais non, j’ai commencé à conduire!

S. G. :

VICE : Est-ce que c’est pour ça que Laurence et Simon disent que Sam est le membre préféré du groupe?

L. G.-B. : Non, même pas.

S. G. : Je ne crois pas à ça. Ça sort d’où, cette histoire-là?

S. P. : Après les spectacles, tout le monde vient me voir pour me dire que Sam est beau et bon. Je suis comme : « Va dire ça à lui, pas à moi! »

L. G.-B. : Ça arrive trop souvent que des gens viennent me voir pour me dire qu’ils vont voler Sam pour leur groupe.

S. G. : Vous dites ça, mais y a jamais personne qui m’a approché pour ça!

VICE : Vous êtes un groupe à l’image des Mini-Wheats : vous êtes à la fois très sérieux et très nonos. Quelles sont vos limites? À quel moment c’est trop nono ou trop sérieux?

L. G.-B. : La limite du trop nono, c’est quand Sam dit que c’est trop nono.

S. P. : D’habitude, Laurence et moi, on s’en sacre un peu plus. C’est souvent Sam qui nous ramène sur terre en nous disant que VICTIME, c’est un « vrai » groupe et non une joke. Sam, c’est le cerveau du groupe.

L. G.-B. : Sam est plus « artistique » [rire].

S. G. : C’est tellement pas vrai! Ça a pas rapport!

S. P. : Des fois, il y a des titres de chansons qui ne passent pas au conseil comme Mojo tropical.

S. G. : Non. Ça, ça ne passe pas!

S. P. : On voulait appeler notre prochain album Blues de l’espace et prendre une photo avec Julie Payette pour la couverture, mais, depuis qu’elle est gouverneure générale du Canada, ça risque d’être dur.

VICE : Ça ne devient donc jamais trop sérieux?

L. G.-B. : On est tous à l’université. Le rythme de vie qu’on a en dehors du groupe fait en sorte qu’on « revient » à la maison après les spectacles.

S. G. : Ouais, ça c’est sérieux en crisse.

S. P. : Ma phrase classique quand je suis à Montréal, c’est : « Faut que je retourne à Québec après le show parce que je travaille demain matin. » Finalement, je suis scrap à 3 heures à Montréal, et tout chie…

L. G.-B. : Quand on jamme, en fait… On n’est plus au stade où on le fait parce qu’on est des amis et qu’on veut juste avoir du fun. Je ne dirais pas que c’est trop sérieux, mais ce l’est en même temps.

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Photo: Jacques Boivin

VICE : Lors de votre passage au festival Envol et Macadam l’automne dernier, vous avez fait une sortie remarquée en dénonçant la faible présence féminine dans la programmation. Vous aviez décoré la scène d’une grande bannière où l’on pouvait lire 214 hommes, 10 femmes. C’est sérieux ça, c’est engagé même. Est-ce que vous vous considérez comme un groupe engagé?

L. G.-B. et S. P. : Non.

S. G. : J’avoue que c’était un move engagé…

L. G.-B. : Ce n’est pas engagé parce que ce n’est pas quelque chose qu’on porte à bout de bras par nécessité. Tout ce qu’on fait n’est pas en lien avec cette cause-là. S’il y a quelque chose qui ne fait pas de sens, faut le mettre en lumière, c’est tout.

S. G. : Je pense que les individus de VICTIME sont engagés, mais le groupe ne l’est pas.

S. P. : On a tous des opinions politiques fortes, mais les textes et la musique de VICTIME ne sont pas militants.

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VICE : Est-ce que le Québec manque de groupes engagés?

L. G.-B. : Non. Je veux dire, ça ne sert à rien qu’un million de groupes rock de gars hétérosexuels blancs s’engagent dans quelque chose qu’ils ne sont pas. Laissons ça aux personnes concernées par les enjeux.

VICE : Si vous aviez à faire un album engagé, ce serait quoi le titre?

S. P. : L’opéra du mendiant [rire].

VICTIME sera en spectacle le 1 er février à la Casa del Popolo dans le cadre du Taverne Tour.

Le Taverne Tour se déroule du 31 janvier au 2 février 2019. Programmation complète et billets ici.

La sortie du EP Mi-tronc, mi-jambe est prévue pour le 8 mars 2019 sous étiquette Michel Records en format numérique et October Tone en cassette.