Est-ce que l’abolition des gras trans vous affectera vraiment?

Au revoir, chère huile partiellement hydrogénée.

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21 septembre 2017, 9:36pm

Santé Canada annonçait la semaine dernière avoir « pris la dernière mesure menant à l'interdiction des huiles partiellement hydrogénées (HPH) », principale source de gras trans artificiels dans l'alimentation des Canadiens. Bien que naturellement présents dans plusieurs aliments, les gras trans peuvent poser certains problèmes de santé, notamment cardiovasculaires. Ces gras haussent le taux de cholestérol nuisible dans le sang des consommateurs.

Le gouvernement canadien travaille sur ce projet d'interdiction depuis 2005. La même année, on décidait d'indiquer le taux de gras trans sur la fiche diététique de la plupart des produits alimentaires. Parmi les recommandations du ministère de la Santé à l'époque, on donnait l'occasion aux entreprises de modifier leurs recettes, sur une base volontaire, afin qu'elles ne contiennent plus de gras trans ou d'HPH.

Cependant, nous savions depuis les années 50 que les gras trans étaient nocifs pour la santé. En 1994, on estimait qu'ils causaient la mort de près de 20 000 Américains par an. Depuis le milieu des années 2000, la plupart des grandes compagnies de l'industrie de l'alimentation ont progressivement retiré les gras trans artificiels de leurs produits.

Est-ce que leur abolition officielle aujourd'hui aura une incidence sur l'alimentation quotidienne des Canadiens? Oui, une grande, selon Maria Ricupero diététiste à l'Hôpital général de Toronto.

« Le problème avec les gras trans, c'est que ce sont des gras qui, à l'état naturel, sont bons pour la santé. Ils sont liquides à l'air ambiant, et en y ajoutant des molécules d'hydrogène, on modifie leurs propriétés, explique-t-elle. La science nous prouve qu'il n'y a aucun effet bénéfique à l'hydrogénation des gras; on a seulement des preuves du contraire. »

Si l'on pense que les gras trans ont disparu de notre alimentation à cause de toutes les étiquettes « SANS GRAS TRANS » que l'on peut voir dans les rayons des supermarchés, on se fourre le doigt dans l'œil. D'après Mme Ricupero, on les trouve encore dans de nombreux produits populaires, comme les biscuits, les croustilles et les coquilles à tacos.

« Les manufacturiers ont trouvé des failles dans le système, me confie la diététiste. Si un produit contient moins de deux grammes de gras trans par portion, il peut bénéficier de l'étiquette « SANS GRAS TRANS ». Le problème, c'est que personne ne mange jamais vraiment qu'une seule portion. » La nouvelle réglementation devrait donc mettre fin à ce problème.

Les gras trans artificiels ont d'abord été inventés comme une alternative aux gras naturels comme le beurre et l'huile d'olive, au tournant du siècle dernier. L'hydrogénation est une option peu coûteuse qui peut transformer, par exemple, de l'huile végétale en margarine, qui peut en presque tout point remplacer les graisses animales. Son potentiel de « tartinabilité » en a aussi fait une technique de choix pour les producteurs de beurre d'arachide, tout en prévenant qu'une nappe d'huile se forme à la surface du pot.

Si l'interdiction de commercialiser des produits contenant des gras trans est une belle victoire, un autre enjeu se posera d'après la diététiste : son utilisation dans les restaurants. En effet, de nombreux restaurants se servent d'huile partiellement hydrogénée dans leurs friteuses, car elle agit comme stabilisateur et se conserve plus longtemps, en plus de soutenir des températures plus hautes.

Il est toutefois important de noter que les gras trans qui seront interdits à compter de septembre 2018 seront ceux provenant d'HPH. Les aliments contenant des gras trans provenant de produits laitiers et de la viande pourront toujours être commercialisés, mais le taux de gras trans par portion devra être indiqué sur la fiche diététique.

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