Trump veut que le Canada augmente ses dépenses militaires. Ça changerait quoi si on l’écoutait?

On a posé la question à une personne qui sait de quoi elle parle.

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juil. 11 2018, 8:57pm

Photo : EPA/Valda Kalnina

À l’occasion du sommet de l’OTAN à Bruxelles, Donald Trump a été particulièrement virulent à l’égard de ses alliés, qu’il presse d’investir plus dans la défense.

Avec les méthodes courtoises qu’on lui connaît, le président américain s’est servi de Twitter pour déverser une partie de son fiel.

« Les alliés doivent payer PLUS, les États-Unis doivent payer MOINS. Très injuste! »

« Beaucoup d’alliés dans l’OTAN, qu’on est censés défendre, non seulement ne respectent pas leur engagement de verser 2 % (qui est un minimum), mais ils sont en retard dans leurs paiements de plusieurs années. Vont-ils rembourser les États-Unis? »

En amont du sommet, Trump a envoyé des lettres à ses homologues de l’OTAN, les sommant d’atteindre leurs objectifs d’investir l'équivalent de 2 % de leur PIB dans leur budget de défense. Le chef d’État américain a réitéré cette demande mercredi, et a même proposé de faire passer les dépenses à 4 %.

En 2014, les 29 pays membres de l’OTAN se sont entendus sur les 2 % à atteindre d’ici 2026-2027. Le Canada est toujours loin du compte. Malgré des investissements substantiels annoncés l’an dernier dans la défense, le Canada n’atteindrait que 1,4 % du PIB à échéance.

De leur côté, les États-Unis dépensent déjà 3,5 % de leur PIB en défense, annuellement.

Selon l’OTAN, il faudrait que le Canada investisse 45 milliards de dollars cette année pour atteindre sa cible; le manque à gagner est d’environ 17 milliards de dollars.

Même si Justin Trudeau a assuré ne pas avoir l’intention de doubler le budget militaire, on s’est demandé de quoi aurait l’air le Canada s’il s’affairait à respecter cette exigence. Nous avons posé la question à Stéfanie von Hlatky, professeure agrégée de la Queen’s University, en Ontario et chercheuse associée au Center for International and Defence Policy.

VICE : La critique de Trump, elle est juste?

Stéfanie von Hlatky : Si on s’en tient juste à la mesure de 2 %, c’est sûr qu’on voit beaucoup de variations entre les États. Maintenant, Trump est obsédé par cette mesure-là. Il la traite quasiment comme des dettes que les autres alliés ont envers les États-Unis, parce qu’ils dépensent beaucoup plus, entre 600 et 700 milliards de dollars par année. Mais ils ont beaucoup plus d’obligations dans le monde. Il y a une grande proportion du budget militaire qui ne contribue pas du tout directement à l’OTAN.

C’est quoi l’intérêt pour Trump de marteler l'importance du 2 %?

La raison est légitime, ce n’est pas nouveau. Tous les présidents, de mémoire, ont passé ce message. Ils remarquent une asymétrie entre ce que l’Europe et les États-Unis dépensent pour assurer la sécurité régionale et mondiale.

Il y a eu un tournant en 2014, les dépenses militaires ont effectivement augmenté. C’est l’année où la Russie a annexé la Crimée, ç’a été un peu un wake up call au niveau des dépenses militaires. Les pays en masse ont commencé à augmenter leurs effectifs. C’est quelque chose que Trump devrait remarquer, mais on dirait qu’il refuse de le faire.

Si on investissait beaucoup plus dans les Forces armées, de quoi auraient-elles l’air, du jour au lendemain? Aurait-on plus de soldats, plus de matériel militaire?

Il y a des plans pour faire accroître le personnel militaire, qui représente la moitié du budget militaire canadien. Il y a aussi un besoin énorme d’équipement, on l’a vu avec toute la saga des acquisitions du F-35, on a besoin des chasseurs. Les Forces armées canadiennes vous diront qu’ils ont besoin de meilleur équipement, de nouveaux armements et avions de chasse, de toute sorte d’équipements.

Qu’est-ce que ça changerait dans l’échiquier militaire? Est-ce que d’être plus militarisés voudrait nécessairement dire qu’on serait impliqués dans plus de conflits?

Je ne suis pas sûre que le Canadien moyen verrait nécessairement un grand changement dans le niveau des activités. C’est surtout pour suivre le pas des dépenses reliées au personnel militaire, et pour pouvoir investir dans les équipements militaires qui ont été lésés pendant des années. Il y a beaucoup de rattrapage à faire avant de penser à vraiment augmenter la présence du Canada à l’étranger.

Augmenter les effectifs militaires nous permettrait peut-être d’envoyer un peu plus de troupes ou de faire des contributions plus conséquentes dans d’autres théâtres, mais ne veut pas forcément dire qu’on va participer à plus de conflits. Il y a un coût de transaction : plus tu as de missions, plus tu as d’exigences au niveau de la formation des troupes, d’équipements, de logistique pour les déplacer…

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D’où viendrait l’argent?

C’est une question qu’il faut se poser en tant que contribuables canadiens; ce qu’on dépense en défense, on ne pourrait peut-être pas l’investir en éducation, ou en santé...

Mais en même temps avec l’environnement de plus en plus incertain qu’on a sur la scène mondiale, avec la Corée [du Nord], la Russie, la Chine, c’est quand même important d’être capables de façonner ces grands enjeux mondiaux au niveau de la sécurité internationale. Et ça, on peut seulement le faire si on a ses propres moyens.

Cette entrevue a été légèrement abrégée par souci de clarté et de concision.

Justine de l'Église est sur Twitter.

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