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Milo Yiannopoulos

La triste vérité au sujet de Milo Yiannopoulos

Alors que sa carrière tombe en ruines, il est important de se rappeler d'une seule chose

par Sam Kriss
27 février 2017, 6:30pm

(Top photo: Milo Yiannopoulos speaks at a press conference, on Tuesday the 21st of February, 2017. Photo: Mary Altaffer AP/Press Association Images)

Milo Yiannopoulos a essayé de cacher un secret sa vie durant. Ce secret, ce n'est pas la découverte récente de sa position obscène sur la pédophilie — dans une vidéo, il rejette « l'idée arbitraire et oppressive du consentement » — qui est en train de détruire rapidement sa carrière : démission de Breitbart, invitation à participer à la Conservative Political Action Conference retirée et publication de son livre par Simon & Shuster annulée.

Le secret de Milo, c'est qu'il est l'une des personnes les moins intéressantes au monde. Une réalité qu'il a passé chaque seconde de sa vie à essayer de masquer. C'est ce qui pousse un adulte qui s'habillait comme n'importe quel autre journaliste techno introverti à se pavaner dans des vêtements inspirés de Poochie, le chien avec de l'attitude dans les Simpsons ou des costumes du Triomphe de la volonté, le film de propagande nazie « commandé par le Führer ». C'est ce qui pousse un perdant réactionnaire ignoré dans les îles Britanniques à s'exiler aux États-Unis, où l'accent anglais passe souvent pour de l'intelligence. C'est ce qui le pousse à gesticuler sans cesse devant le monde en criant : « Regardez-moi! » Et il est condamné à continuer ce manège pour toujours, autrement le monde verra ce qu'il est : rien.

Écoutez ce qu'il dit réellement. Il pense que l'islam est « sinistre », que le féminisme est stupide, que le monde tourne autour de lui. C'est l'image du colonel à la retraite alourdi par les excès et aigri par les défaites, qui crache des bouts de choux de Bruxelles et des insultes contre les immigrants à la table, devant ses enfants qui ne savent pas où regarder, poussant les petits pois d'un côté et de l'autre de leur assiette.

La raison pour laquelle les commentaires de Milo sur la pédophilie lui ont causé autant de tort, c'est que c'est la seule opinion parmi toutes celles qu'il a exprimées que ne partage pas le pauvre type moyen. Il a bâti sa carrière sur sa réputation de supervilain de l'internet qui dit tout haut ce que le monde ne peut pas dire, mais énoncer des vérités défendues vous donnera une tribune seulement si vos vérités défendues ne sont qu'un ramassis de préjugés insipides. Milo a donc été forcé de nier qu'il avait défendu la pédophilie : « Si vous avez l'impression (à cause de ma formulation ou de modifications de mes propos) que je pense ces saletés dont on m'accuse, permettez-moi d'être clair : je suis complètement dégoûté par les agressions sexuelles d'enfant. »

Regardez où ça l'a mené. Son public accepte son racisme et sa misogynie, le monde lui pardonne ses crises au sujet d'un film qu'il n'a pas aimé, beaucoup de chroniqueurs n'en font pas de cas quand il encourage les étudiants à dénoncer aux autorités des camarades de classe qui semblent être mexicains. Mais ne pas y voir de problème quand un adulte baise des enfants, c'est le pas qu'il ne fallait pas franchir.

Il perd son contrat de publication, sa participation à la grande conférence conservatrice, son poste à Breitbart et probablement beaucoup de ce qui lui reste. Car une université qui invite un fasciste soutient la liberté d'expression, mais personne n'ouvre ses portes à quelqu'un qui pense que l'idée du consentement est « arbitraire et oppressive ».

Les partisans de Milo — des paumés à la face étrangement toujours moite — avaient recours à deux arguments pour défendre leur héros. Premièrement, ce n'est qu'un troll. Milo est un clown et un ironiste, il ne parle que pour attirer l'attention et provoquer. Si vous vous en faites avec ce qu'il raconte, vous faites son jeu. Deuxièmement, et c'est étroitement lié, les détracteurs de Milo alimentent sa popularité : sans toute l'indignation qu'il soulève, il ne serait qu'un troll parmi tant d'autres. Chaque fois qu'on le critique, on contribue à sa célébrité et on gonfle au passage son énorme ego. Par chance, ces deux arguments sont faux.

Tous les journaux ont décidé de le décrire comme un « provocateur. Ce n'en est pas un. Ce n'est ni un provocateur, ni un satiriste, ni un arnaqueur, ni un troll : Milo est un idiot. Il est incapable d'ironie. Il est trop m'as-tu-vu pour s'imposer la réflexion et la patience qu'il faut pour dire autre chose que ce qui lui vient instantanément à l'esprit. Lisez ses chroniques dans le Catholic Herald — elles sont supprimées, mais jamais rien ne disparaît pour toujours d'internet — et vous serez en terrain familier : les militants sont nuisibles, la gauche est bête, les médias sont biaisés et tout le monde est contre lui, le tout livré sans aucune vivacité d'esprit et sur le même ton pénible que tous les autres scribouilleurs passéistes imbuvables.

Le second argument en sa défense a le mérite d'être un peu moins inintéressant. Il ne faut pas écrire à son sujet, ne même pas prononcer son nom, parce qu'autrement chaque mention le renforce. Ses partisans affirment que c'est la gauche qui en a fait ce qu'il est devenu en le critiquant, et on acquiesce machinalement. Mais ce qui lui a donné cette importance, c'est plutôt son public américain et une élite conservatrice si intellectuellement démunie qu'elle a promu une poupée mannequin au rang de cerveau de l'opération.

Il ne sert à rien d'essayer d'ignorer Milo après qu'il est devenu ce qu'il est. Comme une chaîne de télé qui déciderait de ne plus accorder de temps d'antenne à Donald Trump maintenant qu'il insulte le monde avec un air de triomphe depuis le balcon de la Maison-Blanche. Par ailleurs, il est un peu moins aisé de soutenir que parler de lui l'aide à vendre des exemplaires de son livre depuis que la publication de son livre est annulée. Porter attention à Milo — pas approuver paresseusement quand il répète qu'il est insolent et irrévérencieux, mais porter vraiment attention — a marché. Milo disparaît, et vite : maintenant on le voit, bientôt on ne le verra plus. Il redeviendra ce qu'il a toujours été : un petit con prétentieux obsédé par lui-même, une petite voix pleurnicharde de plus dans le vaste chœur de l'insignifiance.

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