Québec étudie la possibilité de permettre aux utilisateurs de tester leurs drogues

D'ici 2020, le MSSS prévoit recevoir des recommandations en vue de l'élaboration d'un projet pilote pour rendre accessibles les tests de drogues aux utilisateurs.

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mai 8 2018, 8:34pm

Le gouvernement du Québec vient de donner le feu vert à un projet qui pourrait éventuellement permettre aux utilisateurs de drogues de mesurer la pureté et la composition de celles-ci avant de les consommer. Le programme d’analyse de substances aura lieu dans la rue, mais aussi en milieu festif et dans la communauté LGBTQ+.

Il y a quelques semaines, l’Institut universitaire sur les dépendances et le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Centre-Sud-de-l'Île-de-Montréal publiaient une offre d’emploi pour un agent de recherche dans le cadre de cette étude de faisabilité.

Après de nombreuses demandes de VICE, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a finalement confirmé la tenue d’un tel projet, financé par le Programme sur l’usage et les dépendances aux substances (PUDS), sous la responsabilité de Santé Canada. Ottawa transfère de l’argent aux provinces pour « renforcer la capacité des organisations à offrir une réponse à l’usage de substances ». L’initiative vise notamment à contrer la crise du fentanyl au pays et s'ajoute à d'autres mesures visant à réduire les méfaits de la consommation comme les sites d'injection supervisée.

Au Québec, le MSSS assure donc la distribution de 9,3 millions de dollars à une vingtaine de projets choisis. L’étude sur l’analyse de substance aura un budget de quelque 100 000 $ sur la somme totale.

Les chercheurs se chargeront d’abord de réaliser une recension de la littérature et de consulter différents experts en la matière. Selon le calendrier, ils pourront procéder dès cette année à des analyses de substances dans les événements festifs, dans les endroits où des hommes ont des relations sexuelles avec d'autres hommes et dans les organismes communautaires en réduction des méfaits.

Les gouvernements fédéral et provincial ont signé cet accord au courant des derniers jours. D'ici 2020, le MSSS prévoit recevoir des recommandations en vue de l'élaboration d'un projet pilote pour rendre accessibles les tests de drogues aux utilisateurs, selon la porte-parole du MSSS, Noémie Vanheuverzwijn.

Sur le terrain, le CIUSSS travaillera en partenariat avec la Ville de Montréal, le GRIP Montréal, l’Institut national de santé publique du Québec et d’autres acteurs canadiens et internationaux.

On nous confirme que certains travaux ont déjà débuté. Toutefois, l’entente entre le CIUSSS et le gouvernement du Québec n’est toujours pas signée. Impossible donc de connaître les détails du projet.

D’ailleurs, en contactant l’Institut universitaire, c’est VICE qui a appris aux responsables du projet l’existence de l’accord entre le fédéral et le provincial, dont ils attendaient la signature depuis des semaines. Le gouvernement ne l’avait manifestement pas annoncé à son principal partenaire.

Il y a plus d’un an, VICE Québec dévoilait que Santé Canada n'était pas fermé à l'idée de permettre l'analyse dans les centres d'injection supervisée. Il semble que l’idée ait fait son chemin. À Ottawa, le site d’injection supervisée Sandy Hill Community Health Centre est tout récemment devenu le premier du genre à offrir l’analyse des substances par spectromètre à sa clientèle. Une pratique qui peut sauver des vies, alors que des milliers de personnes meurent toujours chaque année de surdoses d’opioïdes.

L'analyse de drogues se fait depuis des années en milieu festif, dans le cadre de sites mobiles. À moins d'obtenir une exemption, la pratique est illégale puisqu’elle demande nécessairement de manipuler des substances prohibées.

Depuis 14 ans, les autorités britanno-colombiennes tolèrent cette pratique au festival de musique électronique Shambhala. Le gouvernement de la province a d'ailleurs annoncé en juin 2017 un programme d'intervention contre la crise des opioïdes qui inclut notamment l'analyse de drogues.

Simon Coutu est sur Twitter.

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