« Sans weed, je ne peux pas poursuivre ma carrière de footballeur »

On a parlé à Mike James, le joueur de la NFL qui demande de pouvoir consommer du cannabis.

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août 10 2018, 7:42pm

Mike James s'est cassé la cheville en novembre 2013, alors qu'il jouait pour les Buccaneers de Tampa Bay. Photo: La Presse canadienne 

Les Alouettes de Montréal ont invité VICE à passer la saison 2018 au sein de l’équipe. Notre dossier spécial sur la culture du football est disponible ici.

Quand on demande à Mike James de décrire les douleurs d’un joueur de footballeur, il prévient : « Ça va être long. »

« T’as mal aux genoux, à la cheville, des douleurs dans le dos, mal à la tête, mal aux épaules en permanence et des vertiges. Il y a aussi les troubles du sommeil, la sensibilité à la lumière, l’anxiété, la perte de mémoire. Je suis sûr que j’en oublie. »

Mike James est le premier joueur de la NFL à soumettre officiellement à la Ligue une demande d’autorisation de consommer à des fins thérapeutiques. En mai dernier, la Ligue a refusé une première fois sa demande, mais les conversations se poursuivent. Car Mike ne compte pas baisser les bras. À 27 ans, le joueur, agent libre de la NFL, pense à son futur. Il ne peut pas continuer sa carrière sans cannabis.

« Être footballeur, c’est une vie de douleur permanente. Vous vivez soit dans la souffrance, soit dans la récupération, avec pour seul but d’essayer de vous sentir mieux pour le prochain match. C’est un jeu extrêmement violent et je ne veux pas avoir à reprendre des opioïdes pour pouvoir continuer à jouer. »

Tout a commencé en novembre 2013. Mike James joue alors pour les Buccaneers de Tampa Bay. Lors d’un touché, il se casse la cheville, et on lui prescrit des opioïdes pour la première fois. Ce sera le début d’une année de dépendance cauchemardesque. Mike en veut toujours plus, il prend des pilules en cachette, parfois plus d’une vingtaine par jour. « Tu es complètement mou, tu ne manges pas bien, t’es plus vraiment là. Et surtout, je n’arrivais plus à m’occuper de mes enfants et à passer du temps avec ma femme. »

Je ne connaissais pas grand-chose au cannabis, mais pour moi c’était vraiment une drogue de rue, avec un côté dangereux.

C’est justement sa femme, Aubrey James, qui sonne l’alarme. Elle l’encourage à prendre des médicaments alternatifs à base de cannabis. À ce moment-là, Mike a une vision clichée du weed. « Je ne connaissais pas grand-chose au cannabis, mais pour moi c’était vraiment une drogue de rue, avec un côté dangereux. »

En Floride, où vit Mike, les dispensaires sont légaux. Un médecin lui prescrit une ordonnance pour une combinaison de CBD et de THC, et le changement est immédiat et radical. « Tu es mille fois plus efficace. Le plus important pour moi, c’était surtout que je n’étais plus léthargique. Je pouvais faire tout ce que j’avais à faire, et j’ai retrouvé une vie de famille normale, et toute mon énergie. »

Photo: Instagram/mj2life

C’est à ce moment-là que Mike James réalise l’ampleur du problème d’opioïdes au sein de la NFL. « La NFL fait du mal à ses joueurs en leur interdisant le cannabis. On ne se sent pas en sécurité avec leur système médical. On vous donne des antidépresseurs contre les maux de tête, du magnésium pour la sensibilité à la lumière, des opioïdes à n’en plus finir… Il n’y a pas de solutions de rechange offertes aux joueurs. »

Un des problèmes les plus graves selon Mike, c’est que les joueurs sont prêts à tout pour jouer le maximum de matchs. « Bien sûr qu’on veut être sur le terrain le match suivant, on veut ramener de l’argent à nos familles, on veut vivre notre passion. On est prêts à tout, mais on risque nos vies chaque jour. »

Le cannabis est interdit au sein de la NFL, mais Mike nous explique qu’un grand nombre de joueurs en consomment malgré tout. Le test de dépistage de la NFL a lieu une fois par an, toujours à la même période, juste avant que la saison ne commence. Les joueurs le savent et arrêtent de consommer avant le test, avant de reprendre le reste de la saison. « Tout le monde le sait, ce n’est un secret pour personne. »

La vérité, c’est que tu peux jouer dix fois mieux sous l’influence de la marijuana que des opioïdes.

Pour Mike James, le changement peut se faire à travers un travail d’éducation. « Il faut combattre les clichés. Le plus gros cliché, c’est que les joueurs vont jouer complètement high, et ça, c’est de la bullshit. Qu’est ce que vous croyez? Les joueurs ont envie de bien performer aussi! Et la vérité, c’est que tu peux jouer dix fois mieux sous l’influence de la marijuana que des opioïdes. »

Mike James a envie de créer un précédent et d’ouvrir la voie pour permettre à d’autres joueurs d’éviter les problèmes de santé et de dépendance dont il a souffert.

« Je l’aime, ce métier, j’aime le jeu, c’est ma passion, je veux pouvoir continuer ma carrière. Mais ça ne peut pas continuer comme ça. Je reçois beaucoup de soutien de la part des autres joueurs. Eux aussi ont envie de défier l’establishment, parce que ça leur semble juste et vital. C’est une question de santé. La NFL met ses joueurs en danger, tout simplement. »

Mike James participera à une rencontre sur le cannabis dans le monde du sport ce mercredi 22 août, à Québec.

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