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Prescrire du cannabis est un mystère pour les pédiatres, selon un sondage

Même si des mineurs consomment du cannabis à des fins médicales, une grande partie des pédiatres canadiens ignore complètement comment en prescrire.

Justine de l'Église

Justine de l'Église

Photo : WeedPornDaily via Flickr

La moitié des pédiatres canadiens interrogés dans le cadre d’un sondage disent avoir rencontré des enfants et des adolescents qui avaient consommé du cannabis à des fins médicales, que la provenance en soit légale ou non.

Le hic : la majorité des pédiatres interrogés ignorent comment s’y prendre pour en prescrire.

Les résultats du sondage réalisé par le Programme canadien de surveillance pédiatrique témoignent d’un besoin de formation chez les professionnels de la santé. On y indique qu’ils serviront à recommander « des investissements en recherche sur l’innocuité, l’efficacité, la posologie et les indications potentielles justifiant l’utilisation de cannabis à des fins médicales pour les enfants et les adolescents ».

Une méconnaissance du cannabis

En 2016, l’année précédant le coup de sonde, un peu plus du tiers des pédiatres se sont fait demander une ordonnance de cannabis. Mais sur les 835 répondants, seulement 34 ont indiqué en avoir prescrit, révèle le sondage.

Il en ressort très clairement qu’une grande partie des pédiatres se trouvent pris au dépourvu devant de jeunes patients en quête de cannabis médical.

Seulement la moitié des médecins interrogés (51 %) étaient au courant qu’ils pouvaient autoriser un enfant à consommer du cannabis à des fins médicales.

Une situation que dénonce Shantal Arroyo, directrice de la clinique la Croix verte, qui conseille quotidiennement des patients sur les usages médicaux du cannabis depuis maintenant dix ans.

« C’est extrêmement déplorable quand un médecin dit : “Je sais pas comment faire, je suis pas au courant”, juge-t-elle. Ça fait quand même 17 ans qu’on a un programme d’accès au cannabis médical au Canada. »

Outre cela, une nette majorité des pédiatres interrogés avouent n’avoir aucune connaissance ou presque sur les raisons de prescrire du cannabis à des fins médicales à un enfant ou à un adolescent. Et quels produits utiliser, avec quelle posologie? Comment procéder ensuite pour l’autorisation, et faire un suivi de l’efficacité du traitement? Il s’agit d’un mystère pour neuf répondants sur dix.

Pas surprenant

Une telle situation n’a rien d’étonnant pour Shantal Arroyo. Elle pointe du doigt un climat « d’ignorance et de désinformation, qui fait en sorte que les pédiatres ont peur [de prescrire] ».

Consultant scientifique pour la clinique la Croix verte, François Olivier Hébert ajoute qu’en conséquence du manque d’accès à la substance, les patients se retrouvent à s’automédicamenter.

Ce qui est loin d’être idéal, selon celui qui est également docteur en biologie moléculaire et génomique fonctionnelle, car les patients peuvent alors avoir entre les mains des produits qui ne sont pas tout à fait appropriés à leur problème de santé.

« Tout dépend de la condition du patient, qui peut-être aurait besoin d’une crème en application topique ou d’un suppositoire, mais qui va chercher des fleurs séchées, et qui en fume au mauvais moment », illustre-t-il.

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À l’affût de toute la littérature scientifique qui touche de près ou de loin les effets thérapeutiques du cannabis, M. Hébert dit travailler à mettre sur pied des formations destinées au domaine médical. Mais encore, il observe que les professionnels de la santé ont des sentiments partagés par rapport au savoir qu’il peut leur transmettre. Réticence, scepticisme, ouverture, curiosité, il reçoit un peu de tout.

Dans la même veine, le sondage note que moins de la moitié des pédiatres (46 %) « jettent un regard plutôt positif sur l’utilisation de cannabis à des fins médicales pour certaines affections, malgré l’absence de données scientifiques solides sur son innocuité et son efficacité ».

Justine de l'Église est sur Twitter.

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