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Cannabis

Comment dire à vos enfants que vous fumez du pot?

Comme les politiques, les opinions sur le cannabis évoluent, et les parents qui en consomment explorent diverses façons d’informer leurs enfants des méfaits et des bienfaits.

par Hannah Hickok
07 mai 2019, 1:24am

Photo via Stocksy

Avec les nouvelles lois sur le cannabis et les progrès de la recherche, les conversations sur le cannabis à la maison changent, et rapidement. Beaucoup de parents veulent renseigner leurs enfants au sujet de la drogue, mais se demandent quelle est la bonne approche. C’est même un peu plus complexe quand les parents consomment des produits au THC ou au CBD, mais tentent de faire comprendre les risques de la consommation de drogue à leurs enfants.

« J’ai des enfants de neuf et 12 ans, et je parle souvent du cannabis », dit Ashley Kingsley, cofondatrice d’Ellementa, un réseau mondial pour le bien-être des femmes par le cannabis basé en Alaska (où la consommation récréative de cannabis est légale depuis 2015). Elle fume du cannabis hybride avec des proportions égales de CBD et de THC et des produits comestibles avec THC. Pour elle, le cannabis maintient son corps en homéostasie. « Je parle à mes enfants des propriétés et des usages médicaux de cette plante. Je réponds à leurs questions avec honnêteté. Le cannabis m’a sauvé la vie et je le célèbre chaque jour. »

Aliza Sherman, aussi cofondatrice d’Ellementa, a constaté que des parents sont plus ouverts que d’autres. « Certains parents que je connais cachent qu’ils consomment du cannabis, d’autres sont désinvoltes et en parlent ouvertement, mais l’opinion générale sur les parents qui consomment du cannabis est encore assez négative », dit Sherman, qui consomme des produits au CBD. Comme beaucoup d’autres parents qui consomment du cannabis, elle sait très bien comment aborder la question avec ses enfants.

« Mettre l’accent sur les bénéfices pour la santé change vraiment la conversation, dit-elle. Beaucoup de parents, surtout les mères, prennent maintenant du cannabis à cause de problèmes de sommeil, de douleur chronique, de santé reproductive ou pour réduire le stress. Je suis une meilleure conjointe, mère et personne quand je n’ai pas de douleur et que j’ai eu une bonne nuit de sommeil. Le CBD m’aide à améliorer ma santé et ma vie, y compris l’éducation des enfants. »

Les scientifiques ont déjà établi un lien entre la consommation de cannabis des parents et leurs enfants : des données publiées le mois dernier par l’Université de Montréal indiquent que les enfants à l’âge où ils sont à l’école secondaire dont les parents consomment du cannabis sont sept fois plus susceptibles d’essayer le pot que ceux dont les parents n’en consomment pas. Bien que beaucoup de textes d’opinion soutiennent que le cannabis peut faire de vous un meilleur parent, des études avertissent des risques de problème de santé mentale chez les enfants qui grandissent dans un foyer ouvert au cannabis.

Ce que mentionne Sherman au sujet du cannabis est étayé par des études. Mais la recherche sur le cannabis est sévèrement limitée sur les plans de l’échantillon, de la durée et de la portée. Jonathan Stea, un psychologue clinique de Calgary, dit que les subtilités du cannabis et de la biologie humaine font en sorte que ce champ d’études est exceptionnellement complexe.

« On doit susciter des discussions et l’intérêt des chercheurs à propos de la consommation de cannabis et les troubles psychologiques pour savoir avec plus de certitude si le cannabis a sa place dans notre boîte à outils basés sur la science, dit-il. Les effets néfastes associés à la consommation du cannabis sont d’une moins grande ampleur que plusieurs autres substances, mais il est important de se rappeler qu’il peut être néfaste et addictif pour certaines personnes, tout comme l’alcool. »

Qu’importe les habitudes de consommation de cannabis des parents, en parler aux enfants est la clé pour l’intégrer à la vie familiale d’une façon sécuritaire. Il y a toujours eu un manque d’outils d’éducation pour les parents dans ce domaine, mais, récemment, des ressources sont apparues, comme The Cannabis Craze: A Practical Guide for Teens et Parents and Splimm , un magazine sur le cannabis destiné aux parents. Néanmoins, les recherches montrent que les parents ont envie et besoin de plus de ressources à ce sujet, comme des séances d’information dans des espaces communautaires, à l’instar de ce que proposent des commissions scolaires de Calgary.

« Comme je le dis toujours, c’est une conversation qu’on n’a pas qu’une fois », dit Rebecca Eckler, une chroniqueuse et blogueuse qui a écrit quelques livres sur les enfants. Elle consomme des produits au THC et au CBD, a deux enfants, de 15 et 6 ans, et observe que les parents qui fument du pot sans raison médicale ne veulent pas toujours l’admettre ouvertement. « C’est une conversation continuelle, qu’il vaut mieux commencer tôt que tard, de nos jours, comme c’est si facile maintenant de se procurer du cannabis. » En parlant de son adolescente, elle ajoute : « Même si c’est devenu légal, c’est toujours illégal d’en consommer pour elle, parce qu’elle est mineure, et je le lui rappelle constamment. »

Stea croit qu’être honnête et ouvert plus tôt que tard est la meilleure approche en ce qui a trait à la consommation de cannabis sous toutes ses formes. « Avoir un dialogue nuancé à propos du cannabis aide davantage que de faire la morale, dit-il. Il est important de dire que des substances peuvent être légales, mais quand même associées à des problèmes de santé. Ensuite, la conversation porte sur les façons de réduire les risques : ne pas conduire avec les facultés affaiblies, limiter la fréquence et la quantité, ne pas s’en servir pour chasser des émotions négatives, et d’autres conseils basés sur la science. »

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Il ajoute que « de plus en plus de personnes commencent à comprendre que le cannabis est en fait un mot parapluie qui désigne une plante très complexe qui contient plus de 500 composés identifiés. Quand on connaît mieux la composition du cannabis, il est difficile de l’étiqueter comme bon ou mauvais. Les médecins prescrivent le cannabis pour traiter une myriade de problèmes de santé, comme le stress post-traumatique, la dépression et la douleur chronique. »

Chez elle, pour les conversations à ce sujet, Sherman a établi trois règles : être honnête, mais discret; s’appuyer sur des faits vérifiés; et demeurer ouvert à la poursuite de la conversation, et relax, pour que l’enfant soit moins porté à le faire en cachette s’ils essaient le cannabis sous une forme ou une autre.

« Ceux qui sont pour la transparence maintiennent une bonne relation et le lien de confiance entre eux et leurs enfants. Montrez-leur que vous les respectez, informez-les et encouragez-les à s’informer eux-mêmes et à vous parler s’ils ont quelque question que ce soit, dit-elle. Dans dix ans, peut-être, mes enfants vont consommer du cannabis pour leurs propres raisons. Je ne consomme pas du cannabis en groupe, alors je ne pense pas qu’on va s’asseoir ensemble et fumer, mais j’espère qu’on va continuer à en parler d’une façon saine et ouverte à mesure qu’ils grandissent et deviennent adultes, et que je pourrai être là pour les aider à prendre des décisions éclairées chemin faisant. »