De plus en plus d’étudiantes canadiennes se font payer leurs études par un sugar daddy

On a parlé du phénomène à une étudiante qui se fait plus de 4000 $ par mois.

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sept. 6 2017, 2:54pm

Photo via SeekingArrangement

Des étudiantes universitaires canadiennes se tournent de plus en plus vers des sugar daddys pour payer leurs frais de scolarité, selon SeekingArrangement, un site de rencontres entre sugar babys et sugar daddys.

Lorsque l'étudiant universitaire moyen obtient son diplôme, il est endetté d'environ 26 819 $. Après quoi, dans la réalité économique d'aujourd'hui, il pourrait être sans emploi ou s'en dénicher un pour lequel il est surdiplômé.

Les données de SeekingArrangement montrent que le nombre d'étudiantes et étudiants universitaires canadiens qui s'inscrivent pour se trouver un sugar daddy ou une sugar mammy est passé de 150 000 en 2015 à 206 800 en 2016, une augmentation de 37 %. Ce sont en grande majorité des femmes : seulement 11 238 sont des hommes. (Au total, le site compte 631 678 utilisateurs, dont 65 % sont des femmes.)

Sur ce site, ces jeunes femmes et hommes trouvent des sugar daddys ou sugar mammys : « des hommes ou des femmes qui ont réussi dans la vie et savent ce qu'ils veulent ». Les « couples » formés déterminent ensuite les paramètres de leur relation et, la plupart du temps, le montant de l'allocation versée par celui ou celle « qui a réussi dans la vie ». Les étudiantes utilisent 39 % de l'allocation mensuelle pour payer leurs frais de scolarité, 30 % pour leur loyer et 21 % pour leurs livres.

« Certaines personnes trouvent que c'est une solution controversée. Mais, plutôt que d'attendre que le gouvernement agisse, ces étudiantes prennent les choses en main », écrit le fondateur de SeekingArrangement, Brandon Wade, dans un communiqué.

Parmi les universités canadiennes dans lesquelles étudient les nouvelles sugar babbys sur le site, on retrouve l'Université de l'Alberta avec 138, l'Université Ryerson avec 135 et l'Université d'Ottawa avec 132. Tandis que les universités desquelles on en compte le plus sont l'Université de Toronto avec 683, l'Université Ryerson avec 577 et l'Université de Guelph avec 554. L'Université McGill arrive au huitième rang avec 523, une hausse de 86 inscriptions en un an. Les domaines dans lesquels il y a le plus de sugar babys sont les soins infirmiers, les affaires et les arts.

Les étudiantes qui fournissent leur adresse courriel de l'université pour s'inscrire sont admises dans ce que le site appelle l'Université des Sugar Babys et elles obtiennent un abonnement supérieur gratuit.

Selon Statistique Canada, les étudiants de premier cycle ont payé en moyenne 5959 $ en frais de scolarités en 2014-2015, soit près de 200 $ de plus que l'année précédente. C'est en Ontario que les frais sont les plus élevés : la moyenne annuelle est de 7539 $. Parmi les diplômés du premier cycle, 60 % sont des femmes.

Dans ce contexte, il est facile de voir l'intérêt d'avoir un sugar daddy. Toutefois, la relation ne va pas toujours comme prévu.

Jenna*, 29 ans, nous a raconté qu'elle s'est trouvé un sugar daddy en 2015 pour l'aider à payer ses factures. À ce moment, elle avait un emploi d'adjointe à la production d'un designer de mode new-yorkais, et son loyer dans une maison qu'elle partageait avec des colocataires était de 1052,88 $ par mois et sa facture de téléphone était d'environ 150 $. « Je pouvais payer le loyer et ma facture de téléphone, mais je ne pouvais presque rien acheter de plus », raconte-t-elle.

Son premier sugar daddy, qui lui a dit qu'il avait déjà payé les études d'une femme, lui a offert de lui verser un salaire hebdomadaire. « C'était notre entente, mais je n'ai pas pu. Il était dans la cinquantaine et ne travaillait pas, et il n'était pas attirant. »

Peu de temps après, elle a choisi un promoteur immobilier de 48 ans. Il payait son loyer ainsi que ses repas et l'a emmenée en voyage sur l'île de Vieques, à Porto Rico. Il avait loué la Hix Island House, une maison de luxe dans laquelle aurait séjourné Lady Gaga. Il a aussi dépensé 1000 $ en jouets sexuels et en lingerie. En six mois, elle dit qu'il a dépensé en tout 25 000 $ pour elle. En échange, elle couchait avec lui de quatre à cinq fois par semaine. Normalement, elle avait le rôle de la dominatrice.

« On a des relations sexuelles avec quelqu'un pour de l'argent, dit-elle. C'est la définition de la prostitution. »

Les universités où il y a le plus de sugar babys. Capture d'écran : SeekingArrangement

Ça a mal tourné, raconte Jenna, quand son sugar daddy a commencé à faire fi de la nature de leur relation et vouloir qu'elle se comporte comme sa « vraie blonde ». « Il était jaloux et contrôlant, poursuit-elle. Dès que je n'étais plus avec lui, il m'appelait et me textait sans arrêt pour me poser une foule de questions sur ce que je faisais. Je me sentais interrogée. » Elle fait cependant remarquer que tous les sugar daddys ne sont pas comme lui.

Elle a aussi presque accepté de rejoindre une amie pour voir un autre client, qui leur offrait « 1000 $ pour faire de la coke et le sucer ». D'après elle, des étudiantes aiment l'attention et la grande vie, et il est ainsi possible pour elle de faire beaucoup d'argent.

Une porte-parole de SeekingArrangement nous a par contre assuré que la prostitution est strictement contraire au règlement du site.

« La prostitution est strictement une transaction dans laquelle quelqu'un paie pour des services sexuels, alors qu'une sugar baby entretient une relation avec un sugar daddy. Souvent, la relation évolue en histoire d'amour, et même en mariage », dit-elle.

Selon Doug Hoyes, cofondateur de l'entreprise en insolvabilité personnelle Hoyes Michalos, 60 % des personnes qui font faillite à cause d'une dette étudiante sont des femmes, et elles ont des dettes généralement supérieures à celles des hommes.

Il recommande aux étudiants qui entrent à l'université de penser sérieusement aux perspectives d'avenir dans le domaine qu'ils choisissent. « S'il n'y a pas d'emploi après ou si c'est un emploi qui ne permet pas de payer les dettes, vous devriez peut-être aller à l'école à temps partiel. »

Et peut-être serait-il aussi sage d'éviter ces domaines.

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