Musique

Évitez d’interroger Iceage sur sa démarche artistique

Le groupe danois nous parle de son leitmotiv créatif dont le mot d’ordre est de se couper les tripes et de regarder ce qui en ressort.

par Alexandre Demers
10 juillet 2018, 1:04pm

Photo par Steve Gullick

Tout droit sorti des rues de Copenhague, le quatuor Iceage se démarque depuis près d’une dizaine d’années sur la scène musicale internationale grâce à une proposition inspirée de l’énergie sombre et brute du post-punk britannique de la fin des années 70. Reconnue pour son côté transgressif, la formation a intégré d’occasionnelles touches de country, de jazz et de no wave à sa musique, et s’est ainsi taillé une place parmi les groupes les plus fascinants et adulés de son genre.

De passage au Canada pour une série de concerts, on a pu attraper Elias Bender Rønnenfelt, le leader et parolier du groupe, pour discuter de son désir de secouer les règles des genres, de cette façon de fonctionner en solitaire qui distingue Iceage du lot, et de cette démarche qui a teinté la création de son quatrième album, qui porte le nom Beyondless.

Photo par Steve Gullick

D’aussi loin qu’il se souvienne, Elias a toujours fui les conventions. « Je déteste les groupes qui interprètent un genre musical », affirme-t-il d’entrée de jeu, d’un ton irrité, pour expliquer la vision progressive de Iceage. « Je parle des groupes qui voient un style particulier et qui ne font que recréer ses codes ou qui vont carrément l’imiter. Ce qui nous intéresse, c’est l’expression totalement libre de quelconques restrictions au niveau des idées. C’est à partir de cette mentalité que notre groupe avance », souligne-t-il.

Iceage a fait une entrée remarquée avec sa signature post-punk rageuse sur l’album New Brigade en 2011. À ce moment-là, la bande d’Elias s’est promenée dans les zones hardcore sur son album autoproduit You’re Nothing, puis il a poussé son art encore plus loin sur Plowing Into The Field of Love, paru en 2014, en raffinant la composition et les thèmes tout en flirtant occasionnellement avec des sonorités country. La progression stylistique s’est faite sans se soucier de l’avis des puristes.

Elias lève les yeux au ciel lorsqu’on le questionne sur l’intention derrière la démarche artistique du groupe. « Je pense que, plutôt que de mettre l’accent sur l’innovation au sens propre, la force du groupe, c’est simplement d’utiliser la musique comme cadre pour transformer une émotion en quelque chose de tangible. Dans ma démarche personnelle, le mot d’ordre est de couper mes tripes et de regarder ce qui en ressort. »

À toutes ces raisons qui expliquent le désir du groupe de faire les choses autrement et de ne pas se plier aux codes, Elias ajoute même la nature solitaire de la formation. Originaires du Danemark, donc relativement loin des scènes DIY traditionnelles européennes et américaines, les membres du groupe n’ont jamais eu à se conformer aux mœurs pour lui obtenir sa place. Le terme outsider est mis de l’avant. « À mes yeux, c’est une bonne position dans laquelle se retrouver. En tant que groupe et même en tant qu’individus, on n’a jamais appartenu à quoi que ce soit d’autre qu’à notre propre univers. Personnellement, dans le paysage musical actuel, je ne ressens aucune parenté avec aucune garde de nouveaux groupes. Je préfère me tenir debout dans ma propre bulle. »

Ouvrir la porte du studio

Après une pause de quelques années durant lesquelles les membres du groupe se sont ressourcés à leur façon en attendant d’avoir quelque chose à dire, ils se sont retrouvés avec cet éternel désir d’aller en terrain inexploré. Cette fois-ci, la démarche passait par l’ouverture de leurs studios à des artistes invités. Un exercice complètement inespéré pour une formation hermétique comme Iceage. « Les chansons qu’on a écrites au cours des derniers mois nous ont emmenés complètement ailleurs. Une vision qui dépassait tout ce qu’on avait déjà fait. C’est à partir de celle-ci qu’on a invité certaines personnes à se joindre à la création. »

Sur les chansons Pain Killer et Showtime, le groupe continue de voir grand en faisant judicieusement usage de cuivres et de cordes. Sur la première, Pain Killer, Elias fait équipe avec la pop star Sky Ferreira. Les musiciens approfondissent l’exploration du country sur Thieves Like Us, une chanson assumée tout droit sortie d’un honky tonk américain.

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Beyondless est un album glauque traitant de la nature humaine qui poursuit originalement et efficacement la quête exploratoire sans barrières qu’Iceage s’est donnée dès ses premières minutes d’existence. Le tout a pour résultat un album pas mal plus accessible dans sa présentation et son intention, chose qui aurait été difficile à imaginer à l’époque de New Brigade.

Le nouvel album de Iceage, Beyondless, est en vente en magasin et en ligne.

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