Musique

Mike Shabb est l’avenir du rap québécois

Il arrive parfaitement à mélanger ancienne et nouvelle école, en alliant le boom bap à des sonorités plus trap.

par Maxime Albors
14 juillet 2017, 7:15pm

Photo : Philippe Manh Nguyen

Du haut de ses 19 ans, Mike Shabb est en quête de sommets. Alors que rappeurs, producteurs et maisons de disques lui font les yeux doux, son premier album #Northwave est prévu pour la fin de l'été. Beaucoup voient en lui le premier rappeur de la province à véritablement s'exporter aux États-Unis.

Parmi les amateurs de rap keb, beaucoup se souviennent de ce fameux show de novembre 2016 où, entre autres, Rymz, Shash'U et Lary Kid avaient mis le feu au Métropolis. Mike s'en souvient aussi parce qu'il a eu la chance de monter sur scène ce soir-là. « C'est mon meilleur show à date, c'était la première fois que je performais devant autant de monde, il devait y avoir 3000 personnes. J'ai seulement fait deux chansons, mais la réaction de la crowd était incroyable. Les gens connaissaient mes paroles par cœur, ça m'a donné une motivation folle. Ce show-là m'a donné encore plus confiance en moi, ç'a été comme un tournant important dans ma carrière. Depuis cet événement, mes shows sont de plus en plus lit! »

« Ce qui me plaît aussi avec ce quartier, c'est que je passe inaperçu, alors qu'à Sherbrooke les cops pouvaient me prendre la tête alors que je marchais tranquillement dans la rue. »

Originaire de Sherbrooke, il s'est installé il y a un an à Montréal pour ses 18 ans. Le Yung Shabbo, comme l'appellent ses acolytes, a posé ses valises à Hochelaga, un quartier qui l'inspire pour écrire ses paroles. « Passer de Sherbrooke à Hochelaga, c'était un sacré changement. Sherbrooke, c'est une ville bien relax où les gens n'ont pas vraiment de problèmes d'argent ou de drogue. À l'inverse, Hochelag, c'est rempli de gens qui galèrent et j'ai l'impression que ça m'incite à me donner à fond dans tout ce que je fais pour ne pas finir comme eux. Ici, je sens qu'il y a une certaine électricité dans l'air et ça me donne une grande énergie. Ce qui me plaît aussi avec ce quartier, c'est que je passe inaperçu, alors qu'à Sherbrooke les cops pouvaient me prendre la tête alors que je marchais tranquillement dans la rue. »

Le quartier n'est cependant pas sa seule source d'inspiration : « C'est beaucoup d'ego trip aussi, je me vante souvent dans mes chansons. Tout le monde fait ça, c'est l'essence même du rap. Ça a commencé dans les années 80 avec Grandmaster Flash ou Slick Rick, qui avait plus de chaînes que les trois membres de Migos réunis. Après, même si je me vante, j'essaye de rester real : dans une track, je peux dire que j'ai des nouvelles sneakers aux pieds et que c'est ma mère qu'il me les a achetées. » Ces références old school veulent dire beaucoup pour ce jeune artiste issu de la culture boom bap. « J'ai grandi avec un père qui écoutait beaucoup de rap des années 90. J'écoutais Biggie, Wu Tang, Onyx, Mobb Deep, bref beaucoup d'artistes de la côte Est. D'ailleurs ma première mixtape, ce n'était que du boom bap. Et puis à un moment donné j'ai décidé de me mettre au goût du jour sans pour autant copier ce qui se fait en ce moment. »

Une passion pour le rap qui l'a rapidement amené à créer ses propres beats. « J'étais juste tanné de rapper sur des beats que je trouvais sur YouTube, alors j'ai décidé de vendre mon scooter pour 1000 dollars et j'ai acheté une machine pour commencer à produire. Avec le recul, c'était un très bon investissement; j'ai déjà remboursé mon achat. » À l'instar d'un Mike Will Made It (rappeur d'Atlanta qui a produit des instrumentales pour Rae Sremmurd, Gucci Mane, Kendrick Lamar et Beyoncé), il produit aussi pour d'autres artistes comme Husser, Kris The $pirit, Gabe 'Nandez et plusieurs autres MC.

Ce qui est fascinant avec sa musique, c'est qu'il arrive parfaitement à mélanger ancienne et nouvelle école, en alliant le boom bap à des sonorités plus trap. C'est peut-être d'ailleurs l'un des rares rappeurs du moment qui peut réconcilier la jeune génération et celle (un peu plus vieille) qui affirme que « le rap, c'était mieux avant ». Pour Vnce Carter des Dead Obies, le jeune rappeur représente à lui seul la relève d'Hochelaga. Husser de The Posterz ne tarit pas non plus d'éloges à propos du jeune prodige : « En plus d'avoir un flow wavy, il produit des beats de haute qualité, il est destiné à faire de grandes choses. » Même son de cloche chez l'illustratrice Pony qui confie être « obsédée par lui ».

Un engouement qui s'explique par le fait que Mike Shabb est un véritable autodidacte qui sait tout faire ou presque, car, il faut le rappeler, il est à la fois rappeur et beatmaker. « J'ai commencé à rapper à partir de l'âge de 14 ans. C'est un ami à moi qui m'a encouragé à me lancer, il me disait que j'avais l'image d'un rapper : "Tu devrais t'essayer, t'as un afro pis toute!" J'ai suivi son conseil et j'ai commencé à écrire mes propres lyrics, et c'était déjà meilleur que les siens. Ensuite, j'ai commencé à enregistrer et depuis ce temps-là j'ai jamais arrêté. »

La prochaine étape pour lui, c'est la parution de son album #Northwave, prévue pour la fin de l'été. « Ça fait un peu plus de six mois que je travaille dessus, mais je suis vraiment picky avec ma musique, donc je peaufine le moindre détail afin d'avoir un produit final qui me plaît à 100 %. Ça va être un très gros projet. » Pour le moment, il a sorti deux singles dotés de deux vidéos : « Mama's Boy » et « Lizard » qui comptent à eux deux plus de 30 000 visionnements sur YouTube. L'album sera intégralement autoproduit par ses soins. « Ça me plaît de pouvoir à la fois produire et rapper, ça me donne un contrôle total sur ma musique. Parfois, c'est difficile de trouver chez les autres beatmakers la vibe exacte qui me correspond, c'est pour ça que je fais mes propres instrus. Personne ne reproduit exactement le son que je veux et, comme je dis souvent, on n'est jamais mieux servi que par soi-même. »

Pour ce jeune rappeur qui fait de la musique d'Atlanta à la sauce d'Hochelaga, l'avenir s'annonce radieux. Il vient d'ailleurs de signer son premier contrat sur le label Make It Rain Records, division de Bonsound spécialisée en rap, R'nB et musique électronique. Il y rejoint notamment Ouri et Yes Mccan, de quoi mettre définitivement Hochelaga sur la carte du rap game…

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