N'importe quoi

Comment regarder de la porno en prison

Dans beaucoup de prisons, les commodités les plus précieuses ne sont pas les cigarettes ou la drogue, mais la porno.

par Seth Ferranti
13 juillet 2016, 2:31am

Dans beaucoup de prisons, les commodités les plus précieuses ne sont pas les cigarettes ou la drogue, mais la porno. Ce ne sont pas tous les prisonniers qui se défoncent, mais tous se branlent, à cause de la solitude, de la libido ou simplement pour passer le temps. Pendant mes 21 ans derrière les barreaux aux États-Unis, ce qui m'a le plus manqué, surtout parce que je n'avais pas droit aux visites conjugales, c'était la compagnie d'une femme.

Le matériel porno le plus courant en prison, ce sont les photocopies de pages de magazines érotiques. Ceux qui montrent des mannequins sans nudité sont aussi assez populaires. Souvent, ce sont les agents des services correctionnels qui les font entrer pour se faire un peu d'argent. Les prisonniers payent plus de 200 $ pour un magazine entier en bonne condition. Le propriétaire du magazine fait ensuite des copies en noir et blanc qu'il revend 20 $ chacune. Des copies de copies de pages doubles ou de certaines filles sont aussi vendues. Et les prisonniers les échangent quand ils en ont assez de « leurs filles ».

L'autre forme de divertissement sexuel populaire, ce sont les séries de photos imprimées à partir d'internet que les amis ou la famille envoient par la poste. Les DVD de porno, extrêmement rares en prison, rapportent plusieurs centaines de dollars à l'agent qui les fait entrer. Et des téléphones avec des vidéos se vendent plus de 500 $.

« On paye des prix indécents », m'a dit un prisonnier au téléphone. « Mais regarder un peu de porno, c'est ce qu'on peut espérer de mieux. »

Comme toutes les prisons américaines ont banni la porno, les prisonniers font des pieds et des mains pour conserver et cacher leur collection. Selon le règlement de l'établissement, les punitions varient : confiscation du matériel, périodes d'isolement, transferts et de nouvelles accusations pour la possession ou la contrebande de matériel explicite. Dans certaines prisons, même la masturbation sans porno est une infraction.

Nous avons parlé à plusieurs prisonniers pour en savoir plus et pour leur demander ce qu'ils pensent de devoir éviter de se faire prendre à faire ce que le monde libre fait chaque jour impunément.

PRISONNIER 1
31 ANS
CONDAMNÉ À 10 ANS DE PRISON POUR DISTRIBUTION DE MÉTHAMPHÉTAMINE

Certains prisonniers ont un bon train de vie grâce au marché de la porno. Ils ont des clients réguliers, puisque plusieurs en sont dépendants. J'avais un numéro de Just 18datant de 1999, usé et dont plusieurs pages manquaient. Je le louais. Les prisonniers me payaient 1,50 $ pour 30 minutes. Ça devient coûteux pour un masturbateur en série. D'autres, des déviants, avaient un sérieux problème de dépendance à la masturbation. J'essaie de rester loin d'eux. Le numéro de Just 18, j'ai fini par le vendre 100 $ juste avant mon transfert dans une autre prison.

Dans une autre prison, un copain avait une copie de Buttman. Comme neuf : il était conservé dans une enveloppe en plastique. Il l'a vendu 200 $ juste avant de partir. Un autre prisonnier, qui avait été transféré de FCI Texarkana à Beckley parce qu'il s'était fait prendre à faire entrer un ordinateur, le louait 5 $ l'heure. Il avait aussi des centaines de vidéos pornos téléchargées. Quand il s'est fait de nouveau prendre, il est retourné en cour et le juge a prolongé sa peine de 6 mois.

Des gars vendent aussi des photos que leur envoient leur famille ou leurs amis. Les prisonniers les vendent une dizaine de dollars chacune. Ceux qui en ont assez de leurs photos les échangent contre de nouvelles filles. Le prix d'une photo dépend du derrière de la fille. Il y en a qui vont faire des demandes spéciales pour avoir des filles en particulier. J'ai même vu des types finir par tomber amoureux de l'une d'elles, comme si c'était vraiment leur copine.

PRISONNIER 2
46 ANS
CONDAMNÉ À LA PRISON À VIE POUR TRAFIC DE STUPÉFIANTS

Dans la rue, on peut se procurer des magazines pornos pour à peu près 10 $. Mais, en prison, le prix d'un numéro récent de Blacktail coûte de 200 à 300 $. C'est de la contrebande et les magazines seront confisqués si on les trouve. On pourrait même avoir un rapport d'incident, être mis en examen ou envoyé au trou juste pour possession de matériel porno. Pour protéger ta collection, tu dois « déguiser » ton magazine avec la couverture d'un magazine accepté.

Quand je vendais des magazines, je devais numéroter les pages moi-même parce que je jure que des gars sont capables d'arracher des pages de façon à ce qu'on ne s'en rende pas compte. Et même si on s'en rend compte, on ne sait pas toujours qui l'a arrachée. Je ne laisse que quelques prisonniers louer mes magazines et je vérifie que toutes les pages y sont avant et après chaque location pour éviter les malentendus.

J'ai une photo d'une jolie fille qui a l'air de venir d'un pays exotique avec un dildo dans la bouche. Son regard dit tout. Par sa façon d'être assise, elle m'invite à lui faire plaisir. Je l'ai eue contre un sac de café et je ne laisse personne l'emprunter. Je pense écrire quelque chose de vague mais précis au marqueur à l'arrière, comme « New York », juste au cas où je ne la retrouverais pas après une fouille de ma cellule. Mettre son propre nom sur une photo, c'est débile. Mais j'ai vu des gars le faire pareil et même ajouter leur numéro de prisonnier sur leurs précieuses possessions.

PRISONNIER 3
38 ANS
CONDAMNÉ À 18 ANS DE PRISON POUR VOL DE BANQUE

En 14 ans de prison, je me suis retrouvé dans plusieurs établissements et j'ai vu les mêmes photocopies en noir et blanc partout. Elles sont de plus en plus mauvaises, mais je continue de les acheter. C'est les seules chattes que j'aurai. Il y a différentes façons d'en faire entrer dans la prison, comme la poste. Mais la façon principale, c'est la façon traditionnelle : par les policiers et les agents des services correctionnels. Ils font de fausses couvertures et les font passer avec d'autres magazines.

On trouve les photos noir et blanc partout. Les gardiens s'en foutent et n'y touchent pas parce qu'ils comprennent qu'on n'a pas vu de chatte depuis que Bush a été élu président. Si un homme condamné à la prison à vie est obsédé par Pinky [une star du porno], tu ne veux pas être celui qui s'oppose à ça.

Il n'y a pas de porno internet en dedans. On n'a accès à rien, alors ce n'est pas une option. J'ai eu la chance de mettre la main sur un téléphone il y a quelques années. Il contenait tellement de porno que j'ai presque fait une crise de cœur. Les gars se servaient du téléphone pour leurs activités illicites, et moi, tout ce que je voulais, c'était regarder de la porno. Ils me disaient : « On peut voir le véhicule de surveillance autour de la prison sur Google Earth! » Et je répondais : « On s'en fout! Regarde la quantité de porno! »

PRISONNIER 4
40 ANS
CONDAMNÉ À 35 ANS DE PRISON POUR EXTORSION

Quand tu te retrouves dans cette jungle de béton, ta copine, c'est ta main. Elle est toujours là à tes côtés et tu peux toujours compter sur elle. Quand je suis arrivé, il n'y avait que des Smooth et Straight Stuntin' [magazines 13 ans et plus, sans nudité], avec des modèles comme Buffie the Body, Maliah, CoCo, Rosa Acosta et Vida Guerra. Les gars voulaient l'exclusivité des photos de ces femmes. On échangeait les magazines avant le verrouillage des cellules et on relâchait le stress et la douleur mentale refoulés.

Quand un de mes copains est arrivé dans notre unité, on avait une boîte de DVD pleine de porno. On installait un lecteur DVD, que quelqu'un avait fait passer, sur une caisse devant une chaise, et les gars faisaient la file pour se branler. C'était juste à côté de là où on jouait au poker. C'était le meilleur des deux mondes et il ne restait qu'à choisir son poison.

C'est un gros marché en dedans. Chaque fois que quelqu'un a besoin de changer les idées, je lui conseille de prendre quelques magazines ou photos pornos, un peu de lotion et des kleenex, de placer une serviette devant la fenêtre de sa cellule et de se mettre au travail. Après, on se sent mieux.

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