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      Hiroshima en Irak

      May 31, 2012

      On n'a pas l'habitude de commencer nos articles par des mises en garde mais certaines photos de la galerie sont vraiment pénibles. On en a même mis certaines de côté tellement elles étaient trop atroces. Nous vous en présentons quelques-unes ici car nous pensons qu'il s'agit d'un sujet important.

      Vous vous souvenez peut-être de Karlos Zurutuza ; au moins de son reportage sur le cimetière de Wadi Al-Salam, de son guide des hotels en zones de guerre et, si vous vous intéressez un peu à ce qui se passe dans l'actualité du monde, vous avez sûrement déjà eu vent de son travail. Pendant son récent voyage en Irak, Karlos a trouvé un sujet qui, même dans le bourbier d'horreurs que représente l'actualité irakienne, se distingue comme étant particulièrement infernal. On a discuté avec lui à propos des conséquences de la guerre sur la santé des Irakiens et, plus particulièrement, sur celle des enfants de Falloujah.

      VICE : Salut Karlos et merci pour ces photos. Où étais-tu la première fois que tu as couvert cette histoire ?
      Karlos Zurutuza : J'ai couvert ça pour la première fois à Basra – l'endroit qui a été le plus affecté par la guerre ces trente dernières années du fait de sa position aux frontières de l'Iran et du Koweït. C'est un putain de bordel. J'étais déjà allé à Falloujah avant mais je n'avais pas pu pénétrer dans l'hôpital. La dernière fois que j'y suis allé, j'ai réussi à rentrer. Fallujah est particulièrement intéressant parce qu'on l'a appelée « la Hiroshima irakienne » – la ville a été anéantie en 2004, durant la Bataille de Falloujah. Il y a eu deux combats. Le second a été le plus meurtrier. Tout a commencé quand ils ont trouvé ces quatre corps.

      Les corps des agents de sécurité ?
      Oui, des types de la sécurité pendus à un pont. Après ça, quelqu'un a décrété que Falloujah était un bastion d'Al-Quaida et ils se sont mis à utiliser toutes sortes d'armes. Au début, la coalition a nié avoir utilisé du phosphore blanc à Falloujah. Ensuite, ils ont prétendu que c'était seulement pour « éclairer les cibles ». Le phosphore blanc, en gros, c'est du métal fondu. Vous pouvez aisément imaginer le genre d'effet qu'il peut avoir sur le corps humain. Il y a aussi le problème de l'uranium appauvri mais les États-Unis ont nié l'avoir utilisé. Pourtant, il existe un lien évident entre l'augmentation des cas de cancer et l'uranium appauvri retrouvé dans cette zone.



      HComment as-tu réussi à rentrer dans l'hôpital ? Les médecins voulaient-ils que les gens sachent ce qu'il se passait ?
      Il y a eu toutes sortes de réactions. Tous les médecins voulaient cette horreur mais plusieurs d'entre eux avaient peur de perdre leur job. Il a fallu passer à travers tout le processus bureaucratique, demander des permissions, ce genre de trucs. Falloujah est une ville sunnite dans une région sunnite, Anbar. Les Sunnites sont assez négligés par le pouvoir chiite iraquien et une partie de leur détresse vient des effets de la guerre sur les gosses de Falloujah.

      C'est la première génération d'Irakiens nés après l'invasion alliée, n'est-ce pas ? Quelles sortes de maladies observe-t-on chez eux ?
      Cancer, leucémie et malformations de naissance. Le nombre de cas a augmenté de façon dramatique.



      Même pour ceux qu'on a emmenés à l'hôpital, j'imagine que le niveau de soin est assez limité à cause de la situation ?
      Oui. À Basra par exemple, la femme de George Bush, Laura Bush, a fait construire un nouvel hôpital. Donc ils construisent l'hôpital et ça a l'air vraiment bien de l'intérieur, je veux dire, je n'ai jamais vu d'hôpitaux aussi clean en rentrant chez moi. Le problème, c'est qu'il n'y a aucun équipement de radiothérapie !

      J'imagine que sans équipement, les médecins ne peuvent pas faire grand chose pour les gosses.
      Il y a cette ONG appelée Children's Cancer Organization créée par un type qui essayait de financer des voyages en Iran, en Jordanie et en Syrie pour les enfants. L'Iran est le pays où le traitement est le moins coûteux. En Irak, le seul endroit où vous pouvez accéder à une thérapie, c'est à est Bagdad – mais la liste d'attente est interminable et les malades ne peuvent pas attendre. Il y a des enfants qui sont nés avec le cancer.



      C'est cela qui l'a poussé à créer une ONG ?
      Oui, c'est ce qui l'a motivé. Le problème ici, c'est que de nombreux parents amènent leurs gosses à l'hôpital mais beaucoup d'entre eux viennent de zones rurales et ils ne peuvent pas se permettre de faire l'aller-retour. Les femmes restent à l'hôpital mais les hommes doivent continuer à travailler. Les femmes y passent même des mois entiers et, très souvent, les familles tombent en lambeaux à cause de la maladie. La plupart des malades ne peuvent même pas supporter un voyage en bus d'une demi-heure, c'est une tragédie. Ce n'est pas seulement une question de santé, c'est toute la société qui se désagrège à cause de ça ; les locaux n'ont aucune ressource. Aussi, beaucoup de ces parents ont honte de la maladie de leurs enfants.
          
      Le gouvernement américain a t-il nié avoir utilisé ces armes, les effets de ces armes ou les deux ?
      Ils ont nié les deux. Il n'admettront jamais avoir utilisé de l'uranium appauvri. Même l'OTAN a demandé une enquête sur l'usage de ces armes – évidemment, il n'y a pas eu de suite. Quand j'étais en Libye et que j'ai visité les endroits détruits par les bombes, j'étais conscient de ça. Je ne voulais rien toucher là-bas. Il y avait des gens qui sautaient sur les tanks pour faire des photos, déconner, etc. En assistant à ça, je me disais : « tous ces trucs sont forcément toxiques, j'en suis sûr et certain ».

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      Thèmes: Karlos Zurutuza, Iraq, Basra, Fallujah, the Iraqi Hiroshima, Sunni, Children’S Cancer Organization, Laura Bush

      Commentaires

      Êtes-vous majeur(e) ?

      Le truc que vous vous apprêtez à regarder est susceptible de heurter la sensibilité de tout un tas de gens, de juristes et (à coup sûr) de votre mère, du coup on préfère s'assurer que vous avez l'âge légal requis avant de vous laisser continuer.